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Épisode 3 :

Villers-Côtterets et Compiègne : promenade dans les lieux de mémoire de l'orthographe française

53 min
À retrouver dans l'émission

Ce qui nous apparaît aujourd'hui figé, l'orthographe d'un mot, a en réalité été, et demeure, en perpétuel mouvement, soumis à l'usage mais aussi aux influences de la société qui l'emploie.

Cette émission vous emmène en promenade dans deux lieux importants de mémoire de l'histoire de l'orthographe : Villers-Côtterets, pour l'ordonnance royale de 1539 qui oblige l’administration et la justice à utiliser la langue française, et Compiègne, lieu mythifié où Prosper Mérimée aurait pour le plaisir de la Cour impériale de Napoléon III conçu et lu la fameuse dictée qui porte son nom. 

Villers-Côtterets : faire du français une langue officielle

L'ordonnance de Villers-Côtterets, qui comprend 192 articles, est un très long texte qui entend réglementer le domaine judiciaire. Entre autres, donc, elle présente de nouvelles dispositions linguistiques. Elle a été rédigée par le chancelier Guillaume Poyet, un fidèle du roi, personnage discret, mais qui a joué un rôle important dans le travail de réformation des années 1530. 

Cette ordonnance impose la "langue maternelle" du "françoys" comme langue officielle. Il faut savoir qu'au XVIe siècle, beaucoup plus de monde que l'on ne le croit parle en fait français (dans les villes, à la Cour...) - même si les langues régionales persistent bien sûr, et sont même bien vues par les intellectuels, qui y perçoivent un signe de la richesse de la langue française, dont la variété lexicale serait comparable à celle du grec par exemple. Toujours est-il que le français est, déjà à cette époque, la langue principale de communication, et d'écriture.

Ainsi peut-on interroger le statut d'acte fondateur de l'ordonnance de Villers-Côtterets : il ne faut pas surestimer son importance, puisqu'elle entérine donc plutôt un état de fait. En revanche, ce texte, qui a été imprimé et diffusé dans le pays, est bien le signe d'un volontarisme politique de la part de François Ier. À cet égard, il a participé à la construction, dès le XVIe siècle, d'une nation "France" et d'un sentiment national puissant. 

Compiègne et la dictée de Mérimée

Au XVIIe siècle est créée l'Académie française (1635), chargée de veiller sur la bonne langue française et son bon usage. C'est donc à cette époque qu'apparaît la notion de faute d'orthographe. 

Et avec la faute vient aussi la dictée. Cette dernière tient une place importante dans les divertissements de Cour. On sait en effet que les monarques français tenaient à accueillir le plus chaleureusement possible leurs invités, et qu'ils leur proposaient donc de nombreuses activités pour animer la vie de Cour : chasse, musique, lecture, conversation... mais aussi la dictée, qui était un amusement commun.

C'est ainsi que la fameuse dictée de Mérimée aurait été lue dans le Salon de famille ou le Salon de musique du Château de Compiègne, où l’impératrice Eugénie avait l'habitude de recevoir les invités qu'elle voulait particulièrement honorer, pour boire le thé. Même si on a depuis remis en cause la paternité de cette dictée, on suppose qu'elle est de Mérimée parce que c'était un Académicien, fin connaisseur des débats orthographiques de l'époque, qui nourrissait par ailleurs des liens étroits avec l'Impératrice, et animait souvent les divertissements de la Cour (il aurait été surnommé le "fou de sa Majesté l'Impératrice"). Reste la question de savoir pourquoi cette dictée a connu une si grande prospérité. On peut l'expliquer tout simplement par le goût des Français pour la difficulté, et par leur attachement viscéral à l'orthographe.  

Autant de raisons ayant participé à l'élaboration d'une véritable légende autour de cette dictée. Légende qui dit d'ailleurs que l’Empereur n'y aurait fait aucune faute... même si l'on peut en douter !

Un documentaire de Marie-Christine Clauzet et Anaïs Kien.

Avec :

  • Mireille Huchon (professeure et directrice du département de langue française à l'Université de Paris 4-Sorbonne)
  • Nicolas Le Roux (historien, maître de conférence à l'Université de Paris 4-Sorbonne)
  • Elisabeth Caude (conservateur des appartements au Château de Compiègne)
  • Catherine Stervino (de l'Office de tourisme de Villers-Côtterets)

C'est en balade que la Fabrique  vous entraîne aujourd'hui sur les traces de l'histoire de l'orthographe : à Villers-Côtterets, et Compiègne. La langue française de Villers-Côtterets à la dictée de Mérimée , par Anaïs Kien et Marie-Christine Clauzet. Un parcours dans l'histoire de la langue française : de l'ordonnance de Villers-Cotterets de 1539 qui impose l'usage du françoys dans les actes administratifs et judiciaires, jusqu'à la légende de la dictée de Mérimée, lorsque le débat orthographique s'introduit dans les salons de la cour du Second Empire, quelles ont été les évolutions des règles du bon usage de la langue française ? Voyage sur les lieux même de ces moments forts de l'orthographe, le Château François 1er où fut signée l'ordonnance, le Château de Compiègne où la Cour du Second Empire se divertissait avec les dictées, en compagnie de Mireille Huchon  (professeure et directrice du département de langue française à l'Université de Paris 4 - Sorbonne), Nicolas Le Roux  (historien, maître de conférence à l'Université de Paris 4 - Sorbonne), Elisabeth Caude  (conservateur des appartements au château de Compiègne) et Catherine Stervino  (de l'Office de tourisme de Villers-Côtterets).

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