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Au XVIe siècle, avec l'invention de l'imprimerie, des premiers débats apparaissent, autour de la question du maintien ou de la réforme de la graphie ancienne.
Épisode 4 :

La bataille de l'écrit et de l'oral

54 min
À retrouver dans l'émission

Ce qui nous apparaît aujourd'hui figé, l'orthographe d'un mot, a en réalité été, et demeure, en perpétuel mouvement, soumis à l'usage mais aussi aux influences de la société qui l'emploie.

Au XVIe siècle, avec l'invention de l'imprimerie, des premiers débats apparaissent, autour de la question du maintien ou de la réforme de la graphie ancienne.
Au XVIe siècle, avec l'invention de l'imprimerie, des premiers débats apparaissent, autour de la question du maintien ou de la réforme de la graphie ancienne. Crédits : Flickr/CC/Joel Montes de Oca

L'écrit contre l'oral ?

L'orthographe correspond à la façon normée d'écrire les mots. Si elle pose tant de problèmes aux élèves, petits et grands, c'est en grande partie parce qu'elle est parfois, voire souvent, en décalage avec la prononciation orale. Ainsi, comme le déclare l'historien du livre Frédéric Barbier, "L'écrit n'est absolument pas le décalque de l'oral. Et il n'a pas à l'être."

On assiste donc à une course infinie entre l'écrit et l'oral. La préface du dictionnaire de l'Académie française de 1878 témoigne de ce rapport concurrentiel, presque conflictuel, entre ces deux pans de la langue française :

L'orthographe est la forme visible et durable des mots, la prononciation n'est que l'expression articulée de l'accent qui varie selon les temps, les lieux et les personnes. L'orthographe conserve toujours un caractère et une physionomie de famille qui rattache les mots à leur origine et les rappelle à leur vrai sens, que la prononciation ne tend que trop souvent à dénaturer et à corrompre. Une révolution d'orthographe serait toute une révolution littéraire. Nos plus grands écrivains n'y survivraient pas.

Mais au fait, qui décide de l'orthographe des mots ?

Au XVIe siècle, avec l'invention de l'imprimerie, des premiers débats apparaissent, autour de la question du maintien ou de la réforme de la graphie ancienne. Mais les questions éducatives restent secondaires, et il n'y a pas d'instance officielle pouvant établir une norme de l'orthographe. Concrètement, ceux qui décident alors sont donc les professionnels de l'écrit : les membres des diverses administrations et les imprimeurs. Ce système ne permet pas encore d'établir d'orthographe unifiée, mais seulement une multiplicité de registres orthographiques. C'est avec l'école du XIXe siècle que se fixe définitivement l’orthographe française. Elle est désormais placée au cœur de l'enseignement, comme l'explique l'historien Jean-François Chanet : 

L'apprentissage de la langue française, à la fois l’orthographe et bien sûr la grammaire, qui est indissociable d'un éveil d'ordre esthétique à la beauté des textes, est l'un des piliers de l'enseignement primaire.

Derrière cet effort d'uniformisation de l'orthographe se trouve aussi un projet politique plus profond : c'est l'unification de la France qui est en jeu. On entrevoit ainsi tout le poids que peut avoir le choix des mots, et encore aujourd'hui il arrive souvent que les gens fassent une utilisation volontairement politique de l'orthographe, comme l'explique ici Martine Rousseau, qui tient le blog des correcteurs du Monde

Réalisé par Anaïs Kien et Amélie Meffre.

Invités : Susan Baddeley, Martine Rousseau, Frédéric Barbier, Jean-François Chanet, Jacques-Philippe Saint-Gérand. 

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