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Plan de Marseille en 1575, Braun and Hogenberg, Civitates Orbis Terrarum, II-12
Épisode 4 :

Quand Marseille regardait vers le Levant

53 min
À retrouver dans l'émission

Dès la fondation de Massalia par les Phocéens ? Après les croisades et les expéditions de Jacques Cœur dans l'empire ottoman ? Après les accords commerciaux passés entre François 1er et Soliman le Magnifique en 1536 ? A partir de quel moment Marseille porte-t-elle son regard vers le Levant ?

Au XVIIe et XVIIIe siècles, le commerce avec le Levant va assurer la prospérité de Marseille
Au XVIIe et XVIIIe siècles, le commerce avec le Levant va assurer la prospérité de Marseille Crédits : loonger - Getty

Quels regards Marseille a-t-elle portés vers le Levant ? Pourquoi et comment Marseille a-t-elle ouvert des routes de commerce vers l’empire ottoman et la Méditerranée orientale jusqu’au point de devenir un des très grands ports ? Qui en étaient les acteurs ? Comment commerçaient-ils ? Quelles étaient les tensions dans le domaine commercial mais aussi dans le domaine militaire avec les autres acteurs de ce monde méditerranéen ? Voici quelques unes des questions qu'Emmanuel Laurentin et Anaïs Kien posent à Gilbert Buti, Wolfgang Kaiser, Guillaume Calafat, Sébastien Lupo et Liliane Rada Nasser.

Emmanuel Laurentin : Où faire débuter l’histoire de Marseille et du Levant ? Les capitulations de 1536 ont-elles décidé du destin levantin de la ville ?

Gilbert Buti : Le terme de capitulation est trompeur, il ne doit pas être pris dans le sens contemporain, il ne s’agit pas d’une défaite, ces accords commerciaux sont en fait une succession de petits chapitres, de clauses qui établissent des relations marchandes entre Marseille et Constantinople. 

Wolfgang Kaiser : Les capitulations de 1535 sont un des grands mythes de l’historiographie française que de grands historiens ont essayé de combattre en vain ! Elles ne sont pas des traités signés par le roi de France et le sultan, il s’agit d’un acte de grâce unilatéral, c'est à dire d'un acte souverain du sultan qui donne le droit de commercer et accorde la liberté de circulation dans l’empire ottoman aux marchands. Il s’agit à cette époque pour Marseille – et pour la France - de se tailler une place à Istanbul à côté des Gênois et de Vénitiens qui dominent le commerce d’épices et le commerce avec la Mer noire depuis le haut Moyen Age. C’est par des moyens politiques, par l’amitié avec Suleiman, par des privilèges, des voies extra économiques donc, que la France essaie de de capter une partie du commerce, mais aussi d’offrir la protection par le pavillon français, y compris à des marchands chrétiens d’autres nations.

Quelle est la réalité de ces échanges ?

Wolfgang Kaiser : On importe des épices principalement, de la soie grège de l’Asie centrale, de l’espace iranien, mais on exporte peu à cette période, en dehors des draps du Languedoc : il y a une asymétrie entre importations et exportations. Au XVIe siècle, par rapport à Venise et Gênes, les premiers commerçants ont peu à offrir en échange, ce n’est qu’au XVIIIe, voire au XIXe siècle que Marseille va devenir l’atelier de la Méditerranée.

Wolfgang Kaiser : Comme l’écrivait déjà le gentilhomme huguenot François De la Noue (1531-1591) à la fin du XVIe siècle "Le commerce en Méditerranée, c’est notre Amérique." Malgré une conflictualité permanente en Méditerranée, et la menace des pestes qui sévissent dans certaines villes du Levant, tout le monde est intéressé par ce commerce. Et d’ailleurs, il ne concerne pas que l’empire ottoman. Si une partie des marchands est impliquée dans les routes vers Alexandrie et Constantinople, les réseaux corses notamment le sont davantage dans le commerce avec Tunis et Alger, qui ne représente encore que 1/10e du volume du commerce avec le Levant.

Guillaume Calafat : En effet, dès le début du XVIIe siècle, des traités de paix et de commerce vont être ratifiés avec les régences de Tunis, d’Alger et de Tripoli donnant aux Marseillais un avantage net dans les négociations commerciales en Afrique du nord. Les ports de Gênes, de Livourne ou de Villefranche sur mer - qui appartient au duché de Savoie - vont essayer par la suite de concurrencer Marseille mais n’auront pas cet avantage que représentent ces accords anciens. 

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