LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Filature de coton avec des mules à rotation automatique du type inventé par Richard Roberts en 1825, vers 1835. Les machines pouvaient être à eau ou à vapeur. En bas à gauche, un enfant est employé pour balayer sous les fils.
Épisode 1 :

Résister à la technique ou la dompter ? Les métiers face aux technologies

53 min
À retrouver dans l'émission

Rares sont les métiers aujourd'hui dont les machines sont absentes : la technique s'est peu à peu insinuée dans toutes les activités ; la maîtriser est un atout majeur sur le marché de l'emploi. Déjà au XIXème, peut-on critiquer la technicisation des métiers sans être qualifié de rétrograde ?

Filature de coton avec des mules à rotation automatique du type inventé par Richard Roberts en 1825, vers 1835. Les machines pouvaient être à eau ou à vapeur. En bas à gauche, un enfant est employé pour balayer sous les fils.
Filature de coton avec des mules à rotation automatique du type inventé par Richard Roberts en 1825, vers 1835. Les machines pouvaient être à eau ou à vapeur. En bas à gauche, un enfant est employé pour balayer sous les fils. Crédits : Ann Ronan Pictures/Print Collector - Getty

Pour ouvrir cette semaine consacrée à l'histoire des métiers, Emmanuel Laurentin reçoit François Jarrige, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne, grand spécialiste de l'histoire des techniques, de l'industrialisation, et des enjeux sociaux qui leur sont liés. 

Au XIXème siècle, le développement technologique s'accélère comme jamais auparavant, les nouvelles techniques gagnent tous les pans de la société et la modifient en profondeur, et en premier lieu, le monde du travail. Ouvriers, artisans, comment les travailleurs voient-ils leur activité et par conséquent tout leur quotidien modifié, et comment appréhendent-ils ces changements ? L'univers machinique nouveau a-t-il suscité des résistances, des enthousiasmes ? Comment les penseurs du travail s'en sont-ils emparés ? 

Il faut rappeler que le terme "révolution industrielle" est une invention d'économistes français des années 1830 observant ce qu'il se passe en Grande-Bretagne. La France à l'époque est considérée comme le pays de la révolution politique, là où la Grande-Bretagne est considérée comme le pays des transformations, des révolutions économiques. Adolphe Blanqui va populariser cette expression pour caractériser ces deux pays moteurs de changement. L'idée de révolution industrielle implique un processus extrêmement rapide et extrêmement radical de changement complet des conditions de production. C'est un terme idéologique, politique qui vise à décrire la situation britannique de façon inquiète, critique, pour éviter d'avoir en France les ravages sociaux qui caractérisent la Grande-Bretagne. A partir des années 1960-1970, cette idée de révolution industrielle qui s'était popularisée au XXème siècle, qui était devenu un récit dominant pour expliquer la modernité, intégré dans les manuels scolaires, ce récit donc a été remis en cause : il ne s'agit pas d'une révolution car le processus a été extrêmement lent, sur plusieurs siècles. François Jarrige

"Les briseuses de bras" est une formule qui revient souvent au début du XIXème siècle pour décrire les nouvelles grandes machines qui transforment, dans toute une série de secteurs d'activité, les conditions du travail. Ce lexique des bras renvoie bien à ce qui faisait la spécificité du monde des métiers sous l'Ancien Régime : l'incorporation d'un savoir faire, par un travail fondamentalement manuel : même si'l existe des outils par lesquels les travailleurs transforment la matière, ce travail reste essentiellement manuel et le produit d'un complexe savoir-faire transmis par l'imitation, par l'enseignement oral... Le monde du textile en Grande-Bretagne à la fin du XVIIIème va être le point de départ d'un certain nombre de transformations de l'espace productif : le travail, justement, doit être productif. Vont advenir toute une série d'inventions, les premières grandes innovations techniques comme les machines à filer viennent de là, ainsi que la surveillance par les contre-maîtres, la dangerosité et les nombreux accidents, bref, toutes les caractéristiques du grand monde usinier. François Jarrige

Intervenants
  • Maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne.
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......