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Vue d'un pont sur le Ba-Fing, ou Rivière noire, gravure des "Voyages dans les régions intérieures de l'Afrique" réalisés en 1795, 1796, et 1797 par l'explorateur écossais Mungo Park (1771-1806). Afrique, XIXème siècle. Paris, Société de géographie
Épisode 1 :

L'exploration de l'Afrique, un phénomène historique complexe

52 min
À retrouver dans l'émission

Nous interrogeons aujourd'hui la figure de l'explorateur avec Isabelle Surun : d'abord considéré comme un héros européen, puis comme l'accoucheur de la colonisation, l'explorateur peut aussi être vu comme un producteur de sources pour une histoire de l'Afrique encore à faire.

Vue d'un pont sur le Ba-Fing, ou Rivière noire, gravure des "Voyages dans les régions intérieures de l'Afrique" réalisés en 1795, 1796, et 1797 par l'explorateur écossais Mungo Park (1771-1806). Afrique, XIXème siècle. Paris, Société de géographie
Vue d'un pont sur le Ba-Fing, ou Rivière noire, gravure des "Voyages dans les régions intérieures de l'Afrique" réalisés en 1795, 1796, et 1797 par l'explorateur écossais Mungo Park (1771-1806). Afrique, XIXème siècle. Paris, Société de géographie Crédits : DeAgostini - Getty

Emmanuel Laurentin reçoit aujourd'hui Isabelle Surun, professeure d’histoire à l’Université de Lille 3 ; co-rédactrice en chef d’Outre Mers – Revue d’histoire, et autrice de Dévoiler l’Afrique ? Lieux et pratiques de l’exploration (Afrique occidentale, 1780-1880), (Éditions de la Sorbonne, 2018). Son ouvrage se propose de dessiner une troisième voie entre ce qu'Isabelle Surun définit comme les deux courants historiographiques majeurs et successifs de l'exploration : la tradition apologétique, qui fait de l'explorateur un fondateur d'empires ; et les études postcoloniales, ces dernières approchant les productions des explorateurs comme des discours faisant de l'Autre un objet, et l'explorateur un instrument de la prise de possession matérielle et symbolique de l'Afrique. 

Les fables que ces explorateurs inventent nous disent beaucoup de la manière dont ils imaginent être reçus dans les endroits où ils vont explorer. Le premier obstacle est celui de la religion : on peut se faire Turc, Egyptien, Maure, Marocain… Les premiers intermédiaires pour découvrir l’Afrique de l’intérieur avaient dit aux Français ou aux Anglais qu’il allait falloir se déguiser pour traverser le Sahara, se faire passer pour musulmans. Il y a eu cette conviction, presque chevillée, qu’on ne pouvait pénétrer dans l’Afrique occidentale sans cela. Ces formes de mimétisme, de transformation par l’habit ou la langue, par la religion est centrale. Certains sont allés assez loin dans ces formes de dissimulation, et René Caillié détient le pompon avec sa fable qu’il va tester à différentes étapes de son voyage (il modèle même son récit au fur et à mesure de son voyage et de ses interlocuteurs !). Isabelle Surun 

Ces expéditions ont permis de dessiner un canevas hydrographique et topographique des grands fleuves de l’Afrique Occidentale. On ne savait rien du Niger, ni ses sources ni son embouchure ni son cours ; on les localise. On comprend qu’il n’y a pas de chaîne continue de montagne qui empêche le Niger de se jeter dans le lac Tchad ou dans le Nil. Mais il s’agit d’une carte qui ne permet pas de mener de grandes opérations militaires : lorsque la conquête devient un objectif, par exemple pour les Français à partir des années 1870 en partant du Sénégal, il faut des cartes d’un toute autre échelle et il faut tout recommencer. Au niveau géopolitique, tout a changé entre ces premiers explorateurs et la conquête : on n’a plus les mêmes interlocuteurs, il faut renouveler tout ce savoir. Isabelle Surun

Intervenants
  • Professeure d’histoire à l’Université de Lille 3 ; Corédactrice en chef d’Outre Mers – Revue d’histoire

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