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Histoire des relations de l'armée à la nation 2/4

52 min
À retrouver dans l'émission

Boudarel devant l'histoire : l'inventaire impossible

Un documentaire de Séverine Nikel et Renaud Dalmar

Le 13 février 1991, au Sénat, lors d'un colloque consacré au Vietnam, Georges Boudarel, maître assistant à Paris-VII et historien du Vietnam, est violemment pris à partie par un ancien ministre de Valery Giscard d'Estaing. Jean-Jacques Beucler accuse : Boudarel est un criminel, il a « du sang sur les mains ». Il est le "commissaire politique " du camp 113, un camp du Vietminh où des dizaines de soldats français sont morts de privations et mauvais traitements pendant la guerre d'Indochine.

Dans les jours suivants, les réactions s'emballent, les témoignages à charge déferlent. Pendant plusieurs semaines, l'affaire occupe les gros titres de la presse. Lionel Jospin, ministre de l'Education nationale, qualifie Boudarel de « kapo ». André Méric, au secrétariat d'Etat aux Anciens Combattants, dénonce en lui un traître. Georges Boudarel reconnaît s'être rallié au Vietminh mais il se défend de tout crime. Et, s'il a rompu avec le communisme, il n'entend pas battre sa coulpe. On découvre le destin d'exception de cet inconnu, petit professeur communiste passé du lycée de Saigon à la haute région du Tonkin pour faire la rééducation politique de prisonniers mourant de faim et de maladie. Les anticolonialistes, Pierre Vidal-Naquet en tête, et nombre d'universitaires spécialistes de l'Asie pétitionnent en sa faveur. Les faits ont beau être amnistiés depuis 1966, une plainte pour crime contre l'humanité est déposée par l'association des anciens prisonniers de l'Indochine. On fait le parallèle entre Boudarel et Barbie, ou Touvier. L'avocat Jean-Marc Varaut tonne que « le Nuremberg du communisme » va commencer par la France… L'extrême droite se déchaîne.

La première guerre du Golfe vient d'éclater. Un peu plus d'un an après la chute du mur de Berlin, l'URSS est sur le point de s'effondrer. Le communisme est mort à l'Est. L'étoile des combattants du Nord-Vietnam a pâli depuis longtemps. L'heure est à la mémoire et à l'inventaire du passé, mémoire de Vichy et de la persécution des Juifs, mémoire des guerres coloniales, procès Barbie et Touvier. Les anciens combattants, eux, ont l'âge de la retraite. Ils se sont regroupés en associations. Certains espèrent une réhabilitation de la « sale guerre ». Les rescapés des camps du Vietminh viennent d'obtenir un statut analogue à celui des déportés de la Seconde Guerre mondiale. L'affaire offre une tribune à leurs souffrances.

Entre les accusations des anciens soldats et les justifications anticolonialistes, où est le vrai ? En 1991, l'engagement de Georges Boudarel est devenu incompréhensible. Quant à l'inventaire des responsabilités, il semble impossible : sur la question des prisonniers de guerre français et vietnamiens, comme sur celle du soutien de la gauche occidentale à des mouvements de libération devenus des dictatures. L'affaire, de ce point de vue, est un chassé-croisé de vérités partielles, de mensonges et de non-dits.

Avec Pierre Brocheux et Daniel Hémery, historiens de l'Indochine et du Vietnam, anciens collègues de Georges Boudarel à l'université Paris-VII, François Godement, sinologue, le général Guy Simon, président de l'Association nationale des Anciens d'Indochine, Wladyslas Sobanski, président de l'Association des rescapés du camp 113, et le lieutenant-colonel Pierre-Alban Thomas, ancien résistant, ancien officier en Indochine et en Algérie.

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