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Vikings arriving in Normandy in the 9th century, Illustration from French newspaper Le Petit Journal , 1911
Épisode 1 :

Jean-Marie Levesque : "La caractéristique des Vikings c’est leur discrétion archéologique !"

53 min
À retrouver dans l'émission

La Normandie et les Vikings, une histoire avec un H majuscule ? A rebours de l'imagerie forgée au XIXe siècle, qui culminera avec Astérix, les travaux des archéologues attestent des traces ténues des supposés envahisseurs scandinaves : aucune sépulture, aucun site d’habitat, à peine quelques objets.

Drakkars, casques à cornes, violence et hydromel : comment le mythe des Vikings s'est-il créé au XIXe siècle ?
Drakkars, casques à cornes, violence et hydromel : comment le mythe des Vikings s'est-il créé au XIXe siècle ? Crédits : WATFORD/Mirrorpix - Getty

Dans un musée consacrée à l’histoire de la Normandie, le visiteur s’attend à trouver des haches, des casques, des épées en bronze de ces célèbres Normands vikings supposés avoir semé la terreur dans la région de Bayeux entre le IXe et le Xe siècle. Or, la scénographie s'avère déceptive. A peine une salle est-elle consacrée aux découvertes archéologiques relatives à la présence de ces peuples nordiques sur le territoire normand. Alors où sont les Vikings ? Pour dissiper les malentendus, Emmanuel Laurentin s'entretient avec Jean-Marie Levesque, directeur du Musée de Normandie et spécialiste des usages politiques et sociaux de la figure du Viking.

Jean-Marie Levesque : En effet, la principale caractéristique des Vikings c’est leur extraordinaire discrétion sur le plan archéologique ! Les traces archéologiques de ces invasions scandinaves sont réduites à quelques fers de lance, une paire de fibules provenant d’un costume féminin provenant d’un port fortifié sur la Seine qui contrôlait le passage des Vikings... et un petit trésor viking. Mais aucune sépulture identifiée, ni aucun site d’habitat n'a été découvert sur notre territoire.

Si les Vikings ne sont pas dans l'archéologie, ils sont ailleurs...

Si l'archéologie a produit une sorte de dégonflement, de remise à l’équerre des invasions scandinaves en Normandie qui ramène celles-ci à un phénomène plus modeste que ce qu'on a longtemps cru, la peinture du XIXe siècle en revanche est riche de représentations, de fantasmes, qui a un temps tenu lieu d'historiographie, notamment parce qu'elle a été reproduite dans les manuels scolaires entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe siècle. Un des meilleurs exemples est cette toile du peintre Henri-Georges Charrier (1859-1924), Le reliquaire (raid de pirates normands), que commente Jean-Marie Levesque.

Jean-Marie Levesque : Le tableau de Charrier offre une bonne synthèse du mythe viking tel que l’a conçu le XIXe siècle : une ville incendiée, une flotte, des guerriers qui ramènent une captive, leur butin, tout en brandissant la tête d'un évêque empalée au bout d’une lance. Le peintre connaît son sujet puisqu'il a choisi pour habiller les guerriers des tenues issues d'une interprétation de la tapisserie de Bayeux. En revanche, pour ce qui est des bateaux, il a préféré rester dans le domaine du rêve en montrant des nefs à tête de dragon, de cheval ou de monstres marins qui ne tiennent aucun compte des leçons de l’archéologie, dont il était pourtant le contemporain, et à propos desquelles il aurait pu se documenter, les fouilles des sépultures de bateaux de Gokstad ou de Oseberg ayant déjà été menées à cette époque.

Emmanuel Laurentin et Jean-Marie Levesque devant le tableau de Henri-Georges Charrier, "Le reliquaire (raid de pirates normands)" (1910), conservé au Musée de Rouen.
Emmanuel Laurentin et Jean-Marie Levesque devant le tableau de Henri-Georges Charrier, "Le reliquaire (raid de pirates normands)" (1910), conservé au Musée de Rouen. Crédits : Renaud Dalmar - Radio France

D'Henri-Georges Charrier à Uderzo

Jean-Marie Levesque, directeur du Musée de Normandie, revient sur la façon dont en cinquante ans à peine, s'est cristallisée une imagerie qui va nourrir l’imaginaire des Français, depuis l'histoire de France racontée par Augustin Thierry et jusqu’aux albums d'Astérix dans les années 60, et sur le travail qui incombe aux historiens :

Ce catalogue de poncifs est un héritage dont les historiens ont eu bien du mal à se débarrasser ! Parfois même ils ont été tenté de renoncer. Mais il nous appartient de dissiper le malentendu, c'est là tout notre travail. Même s'il doit passer par le fait de confronter le public de notre musée à une certaine frustration, dans notre démarche forcément déceptive de diffusion d'une réalité historique au sujet de nos supposés ancêtres vikings ! Il n'en demeure pas moins que toute exposition sur le sujet suscite un vif intérêt. Le mythe est toujours vivace !

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