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Vikings arriving in Normandy in the 9th century, Illustration from French newspaper Le Petit Journal , 1911
Épisode 3 :

Du Danemark en Islande, écrire l'histoire des Vikings à domicile

51 min
À retrouver dans l'émission

Loin de leurs terres de conquêtes - attestées ou fantasmées, de la Normandie à la Russie - comment raconter la vie des Vikings en terre scandinave ? De la Norvège au Danemark, en passant par la Suède et l'Islande, sur quelles sources, écrites ou archéologiques, les historiens s'appuient-ils ?

Tête d'animal sculptée retrouvée dans les fouilles de l'épave du bateau d'Oseberg, IXe siècle (Musée viking d'Oslo, Norvège)
Tête d'animal sculptée retrouvée dans les fouilles de l'épave du bateau d'Oseberg, IXe siècle (Musée viking d'Oslo, Norvège) Crédits : PHAS/Universal Images - Getty

Que recouvre exactement le mot viking ? La dimension du territoire auquel on associe les Vikings donne une idée de la difficulté à formuler tout type d'interprétation d'ordre général : en effet, entre le nord de la Norvège, qui se situe au-delà du cercle polaire, et le sud du Danemark, la distance est équivalente à celle qui sépare le sud du Danemark du nord de l’Afrique. Le territoire scandinave est donc immense et toute tentative pour l'unifier - même si existe en son sein une unité linguistique - semble voué à l'échec. Peut-on affirmer pour autant que le mot viking renvoie davantage à une manière d’être, à un mode de fonctionnement qu'à un peuple, d’une civilisation ? Pour tenter de répondre à ces questions, Emmanuel Laurentin et Perrine Kervran s'entretiennent avec Anne Nissen et François Emion.

793. Le pillage de Lindisfarne : début de l'ère viking ou "effet de source" ?

Vue depuis la France, voire l’Europe occidentale, on a coutume de faire débuter la période viking par l’attaque de l’abbaye de Lindisfarne située sur les côtes de l'Angleterre. Une datation que l’archéologue Anne Nissen remet en question, y voyant seulement ce qu’elle appelle un "effet de source" :

Anne Nissen : Ce sont les sources écrites qui ont servi à fixer la périodisation de l'ère viking : elle commence donc quand les Scandinaves s’attaquent à ceux qui écrivent, avec l'attaque de cette abbaye en juin 793. Mais vu de Scandinavie, et si l'on se fie plutôt à l'archéologie, la période est envisagée tout à fait autrement. Dès la fin du IIe siècle de notre ère, on sait que la société proto-historique scandinave change profondément : de grandes forces traversent la mer pour tenter de s'attaquer à ce qui n'était pas encore le Danemark. L'archéologie atteste que ces défaites ont donné lieu à des sacrifices d'armes de grande ampleur, dans des lacs notamment. Ensuite, du roi danois Chlochilaïc, victime d'un raid viking vers 512, mentionné par Grégoire de Tours, et jusqu’à la fin du VIIIe siècle, les Scandinaves se tiennent tranquilles, et ils disparaissent des sources... jusqu'à Lindisfarne.

Le mythe d'une expansion causée par une explosion démographique ?

Phénomène de réchauffement climatique entraînant de meilleures conditions pour la culture du blé sur leurs terres, et donc un accroissement significatif de la population scandinave en l'espace de deux ou trois générations : cette interprétation qui imputerait aux conquêtes les Vikings au manque d’espace à partir de la fin du VIIIe siècle, est elle aussi battue en brèche par les travaux des historiens comme des archéologues. 

François Emion : A partir du Xe siècle, ce ne sont plus des raids auxquels on assiste mais à une véritable colonisation de la part des Norvégiens : îles Féroé, archipels écossais, l’Islande, les régions de l'Atlantique-nord, l’Islande et il semble que ce phénomène ait eu avant tout des raisons politiques. Les auteurs de sagas évoquent un changement politique en Norvège à l’articulation du IXe et du Xe siècle quand le roi Harald à la belle chevelure acquiert une nouvelle forme de pouvoir, amenant les chefs épris de liberté et d’indépendance à s’expatrier pour s’y soustraire.

Viking, l'autre mot pour dire expédition ?

Perrine Kervran : Le mot viking ne serait-il pas finalement un terme générique pour désigner un mouvement d'expatriation, d'abandon de ses terres, de voyage ?

Anne Nissen : Des expéditions plutôt violentes alors, au moyen de raids ! Dans ce sens oui, c’est même pour cela que des Slaves vont se faire traiter de "vikings" dans les sources parce qu’ils ont employé les mêmes méthodes, aussi brutales qu’efficaces. Il y a un lien entre le mot et une expatriation mais elle est le propre d’une élite marquée par une idéologie guerrière particulièrement fastueuse. L’archéologie atteste des pratiques funéraires qui mettaient en avant le guerrier. On a retrouvé dans des sépultures des fourrures, de l’ivoire de morse, ou encore à Uppsala, plus de 10 kg d’or qui date du début du VIe siècle, une copie d’un diadème impérial. On voit là des gens qui avaient l’ambition de paraître comme des grands chefs, voire comme des rois.

  • Extraits : Saga d'Egill, fils de Grímr le Chauve; relation de voyage d'un voyageur arabe en Scandinavie au Xe siècle;
  • Textes lus par Nathalie Kanoui
Intervenants

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