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L'histoire du cirque de l'Antiquité à nos jours
Épisode 4 :

La place du cirque dans l'Antiquité romaine

52 min
À retrouver dans l'émission

Contrairement à certaines idées reçues, le cirque n'était ni le lieu des supplices de chrétiens ni des combats de gladiateurs. A Rome, il pouvait contenir 150 000 spectateurs qui supportaient une des quatre factions qui s'affrontaient sur la piste pour des courses de quadrige ou des combats de boxe.

Gravure du XIXe siècle représentant le Circus Maximus de Rome
Gravure du XIXe siècle représentant le Circus Maximus de Rome Crédits : Print Collector - Getty

Du pain et des jeux ! La célèbre formule de Juvénal est souvent reprise pour évoquer en mauvaise part les jeux du cirque romain, qu'une légende tenace a associé aux combats de gladiateurs, voire à une imagerie romantique de vierges chrétiennes jetées en pâture aux lions. Et à ce titre jugés coupables d'aliéner le peuple au moyen de spectacles cruels. Jean-Paul Thuillier commence par rectifier cette confusion commune :

Jean-Paul Thuillier Il faut cesser de perpétuer un lieu commun erroné selon lequel les jeux du cirque seraient la honte de la civilisation romaine. Les ludi circenses - le spectacle le plus ancien que l’on connaisse - se déroulaient dans un édifice - le cirque - qui n’avait rien à voir avec les amphithéâtres. Et ces courses de chars n’avaient rien à voir avec les combats de gladiateurs qui se tenaient dans l'enceinte du Colisée notamment. Ou pour le dire autrement, il ne faut pas confondre Ben Hur et Spartacus !

Dans le Circus Maximus de Rome - un espace rectangulaire de 500 m de long, et plus de 100 m de large situé entre Palatin et Aventin - 150 000 spectateurs - soit le double de la capacité du Stade de France - venaient soutenir une des quatre factions (bleue, verte, blanche, rouge) représentées sur la piste. Le programme du spectacle était bien réglé et toujours identique : après la pompa , défilé d'introduction, celui-ci se prolongeait par des courses de quadrige, puis par des spectacles de voltige équestre avant les exercices du corps (course, boxe, lutte).

Les sommes mises en jeu dans les paris, et le culte dont bénéficiaient les meilleurs cochers permettent-elles d'établir des parallèles entre factions du cirque et clubs de football contemporains ? Voire entre factions et partis politiques ? Comment les spectacles de cirque, nés à Rome, ont-ils essaimé dans l’ensemble du monde romain ? Y a-t-il une différence réelle entre le cirque à Rome et le cirque exporté dans le reste de l’empire ?

Pour répondre à ces questions, Emmanuel Laurentin et Catherine de Coppet s'entretiennent avec Hélène Ménard, Jean-Paul Thuillier et Yann Rivière.

Une origine étrusque ?

Mais tout d'abord le cirque est-il né en Grèce ou dans la civilisation étrusque ? Les historiens n'ont toujours pas tranché ce vieux débat... Si Homère décrit déjà au chant 23 de L’Iliade une course de chars, les influences étrusques semblent avoir été plus déterminantes dans l'élaboration du modèle romain caractérisé par des spectacles de bige, trige, quadrige, ou de voltige, et par des courses de galop sur une distance de 5 000 m. En revanche, sur sa date de naissance, il semble que les sources permettent d'être un peu plus précis :

Jean-Paul Thuillier : La légende dit que les courses existent déjà dès l’époque de Romulus, puisque les Sabines sont enlevées à l’occasion d’un spectacle de ce genre …. Mais du point de vue historique, on a des représentations de ces courses dès la fin du VIIe siècle, sous le règne des Tarquin. Mais c’est sous la République, aux alentours des années 30 avant notre ère, avec les règnes d’Auguste et d’Agrippa, que des entreprises de spectacles vont leur donner un essor considérable.

60 jours de représentations par an

Le Circus Maximus, 60 jours de spectacles par an pour une capacité qui serait le double de celle du Stade de France vraiment ?

Hélène Ménard : Pline l’Ancien mentionne 150 000 places, et dans d’autres sources comme les Régionnaires de Rome, il est même fait mention d’une capacité de 350 000 places. A l'intérieur, on trouve des soldats placeurs qui veillent à ne pas laisser entrer le petit peuple dans les places réservées aux sénateurs ou aux chevaliers. Néanmoins, le cirque permet à une grande partie de la population d’accéder à un lieu collectif, qui dans une certaine mesure, à l’époque impériale, fonctionne comme une caisse de résonance : il donne la possibilité à la population d’interagir avec l’empereur. Et en retour, il permet à celui-ci d’être conforté, ou au contraire mis en difficulté comme on le voit avec Caligula, qui, vexé par le désintérêt des spectateurs à son égard, quitte le cirque… 

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