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L'avant-centre français Philippe Gondet trompe le gardien de but yougoslave Soskik, le 09 octobre 1965 au Parc des Princes à Paris, lors du match qualificatif pour la Coupe du monde de football.
Épisode 2 :

Footballerines, des femmes face à l'hégémonie masculine

53 min
À retrouver dans l'émission

Regardé au XIXème siècle comme une curiosité, remis - prudemment - au goût du jour après la Première guerre mondiale, le football féminin prend son essor après la Libération dans les pays où les femmes gagnent le plus tôt leurs droits et où la pratique masculine est faible. Et aujourd'hui ?

Le Preston Ladies Football Club en action à Bedford pendant un entraînement, le 27 mai 1939 // Mia Hamm, #9 de l’équipe américaine joue contre la Chine le 27 juillet 1998 pendant les Goodwill Games à Uniondale, New York.
Le Preston Ladies Football Club en action à Bedford pendant un entraînement, le 27 mai 1939 // Mia Hamm, #9 de l’équipe américaine joue contre la Chine le 27 juillet 1998 pendant les Goodwill Games à Uniondale, New York. Crédits : David Madison // Keystone, Hulton Archive - Getty

Si l'audience des matchs de football masculins s'est indéniablement féminisée depuis l'organisation de la Coupe du Monde en France en 1998, en sera-t-il de même avec l'organisation de la Coupe du Monde féminine cette année ? Assistera-t-on à une féminisation tant de l'audience que de la pratique du football ? On est d'autant plus en droit de se poser la question que le football féminin existe depuis la fin du XIXème siècle, et depuis 1917 en France, mais ne s'est développé jusqu'ici que de façon chaotique. Pour en discuter, Emmanuel Laurentin et Victor Macé de Lépinay reçoivent aujourd'hui Paul Dietschy, historien du sport et auteur d'une incontournable Histoire du football, Camille Martin, sociologue et dont la thèse récemment soutenue porte sur "Quand la puissance publique délègue l'égalité. Ethnographie de la politique de développement du football féminin en France (2011-2017)" et Thierry Terret, historien du sport, délégué ministériel aux Jeux olympiques et paralympiques.

En effet, si les premiers matchs féminins qui se déroulent dès 1895 en Angleterre réunissent plusieurs milliers de spectateurs, l'intérêt sincère le dispute alors à la curiosité malsaine de voir de jeunes bourgeoises se bagarrer sur le terrain. C'est après la Première Guerre mondiale que le football féminin connait ses premiers succès : suite à la diffusion du jeu auprès des munitionnettes, les Dick, Kerr's Ladies de Preston, dans le Lancashire (photo 1) connaissent par exemple un succès retentissant, accumulant les victoires et les spectateurs. En France, malgré les réticences des organismes sportifs inquiets que la pratique féminine menace leurs "fonctions procréatrices", de plus en plus de jeunes femmes des milieux populaires ou de la petite-bourgeoisie s'investissent. Le retour à l'ordre de la fin des années 1920 marque pourtant un premier coup d'arrêt au destin du football féminin.

L'équipe allemande célèbre sa victoire lors de la finale de la Coupe d'Europe féminine entre l'Allemagne et la Norvège au stade Bremer Bruecke le 2 juillet 1989 à Osnabrueck, en Allemagne.
L'équipe allemande célèbre sa victoire lors de la finale de la Coupe d'Europe féminine entre l'Allemagne et la Norvège au stade Bremer Bruecke le 2 juillet 1989 à Osnabrueck, en Allemagne. Crédits : Bongarts - Getty

Ce n'est qu'à la Libération que l'horizon s'embellit, sans surprise dans les pays ayant les premiers accordé le droit de vote aux femmes et travaillé en profondeur à l'égalité des sexes : les Etats-Unis et les pays scandinaves voient se développer une pratique amateur et universitaire de plus en plus intense. Les premières compétitions sont néanmoins organisées par des hommes d'affaires turinois, plus intéressés par le potentiel médiatique des matchs que par le féminisme, dans les années 1970, et les premières "Coupes du Monde féminines" attirent des foules monstres. A cette corrélation avec l'avancée des droits de la femme doit s'ajouter, concernant les pays sud-asiatiques ou les Etats-Unis, le terreau favorable que constituent des pays où la pratique masculine est peu développée. Le sport bénéficie ainsi d'une moindre connotation virile, d'autant qu'il est perçu comme moins violent que le football américain. Les compétitions mondiales organisées depuis les années 1990 par la FIFA et les tournois olympiques voient ainsi se dessiner la domination de trois pays : les Etats-Unis, l'Allemagne et la Norvège, véritables réservoirs de joueuses, et certaines sportives accèdent au statut de stars, comme la numéro 9 de l'équipe américaine Mia Hamm.

Sun Wen, #9 des Atlanta Beat s'étire pendant le WUSA Spring Training au Arco Olympic Training Center de Chula Vista, Californie.
Sun Wen, #9 des Atlanta Beat s'étire pendant le WUSA Spring Training au Arco Olympic Training Center de Chula Vista, Californie. Crédits : Todd Warshaw /Allsport - Getty

Textes lus par Mélodie Orru tirés de : Le Football-association, théorie et pratique du jeu de football, Maurice Pefferkorn. Editions Flammarion, 1921.

Archives sonores :
- France 24 / Ada Hegerberg ballon d’or le 3 décembre 2018
- France Culture/ La Fabrique de l'histoire du 30 juillet 2012, documentaire "Les filles de Reims, premières footballerines" de Perrine Kervran
- France Inter/ Marie Georges BUFFET au journal de 13h de Stéphane Paoli Journal 13h le 12 juillet 1999
- France Inter/ Le journal de 13h du 6 juillet 2012

Intervenants
  • Historien, spécialiste de l’histoire du sport. Recteur de l’académie de la Réunion.
  • Professeur d'histoire contemporaine à l'université de Franche-Comté, spécialiste de l'histoire du sport
  • Docteure en sociologie : "Quand la puissance publique délègue l'égalité : ethnographie de la politique de développement du football féminin en France (2011 - 2017)"

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