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Des ouvriers de la compagnie Socra, spécialisée dans la conservation d'oeuvres d'art, procèdent au retrait de la statue de l'apôtre Saint André de la cathédrale Notre-Dame de Paris, pour pouvoir procéder à sa restauration, le 27 mars 2019.
Épisode 3 :

Ce que conserver veut dire

51 min
À retrouver dans l'émission

L'actualité a porté auprès du grand public des débats qui secouent le monde du patrimoine, et interrogent les fonctions de conservation et de restauration dévolues à l'Etat. Quand la notion de patrimoine a-t-elle émergé, et comment a-t-elle évolué au fil du temps et de ses propres institutions ?

Des ouvriers de la compagnie Socra, spécialisée dans la conservation d'oeuvres d'art, procèdent au retrait de la statue de l'apôtre Saint André de la cathédrale Notre-Dame de Paris, pour pouvoir procéder à sa restauration, le 27 mars 2019.
Des ouvriers de la compagnie Socra, spécialisée dans la conservation d'oeuvres d'art, procèdent au retrait de la statue de l'apôtre Saint André de la cathédrale Notre-Dame de Paris, pour pouvoir procéder à sa restauration, le 27 mars 2019. Crédits : LUDOVIC MARIN - AFP

L'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris a indéniablement réveillé l'intérêt du plus grand nombre pour le patrimoine et son état actuel en France. L'heure est à l'état des lieux, et les débats entre spécialistes sur les politiques à mener se chargent d'une urgence nouvelle. Mais qu'est-ce que conserver veut dire ? Faut-il conserver ou restaurer, et comment ? Et surtout, qu'est-ce qui mérite de l'être ? Pour en discuter, Emmanuel Laurentin et Anaïs Kien reçoivent aujourd'hui sur le plateau de La Fabrique de l'histoire Guillaume Blanc, maître de conférences en histoire contemporaine et spécialiste de l'histoire et du patrimoine environnemental ; Lorraine Mailho, cheffe du département restauration du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France ; et Dominique Poulot, historien et historien de l'art, spécialisé dans l'histoire du patrimoine et des musées.

Où l'on verra qu'il pourrait être bénéfique de poser la question de l'histoire de l'art très tôt dans nos écoles, comme en Italie ou en Grèce, et que l'on fasse visiter les musées et fréquenter le patrimoine aux plus jeunes !

Les premiers parcs nationaux apparaissent aux Etats-Unis en 1872 avec Yellowstone. Cela dit, la nature offre un biais pour questionner le patrimoine peut-être encore plus explicite que les autres, tant on voit à quel point dans la nature on sélectionne, c'est un tri sélectif du passé conduit en fonction de critères contemporains. Par exemple, on a décidé de "rétablir l'équilibre écologique" dans les Cévennes et de réintroduire les castors, qui avaient disparu au XVème siècle. Pourquoi se référer au XVème siècle ? Il y a encore plus que dans le patrimoine bâti ou monumental ce tri du passé. On cherche à figer l'histoire humaine. Dans beaucoup de parcs aux Etats-Unis, au Canada ou aujourd'hui encore en Afrique, il s'agit d'exclure les hommes, de les expulser, et de re-naturaliser les territoires mis en parcs. Un geste humain par excellence : la conclusion paradoxale, c'est qu'il n'y a rien de plus humain que la nature... Guillaume Blanc

Il est vrai que l'ensemble de la communauté s'est professionnalisée, tout comme il est vrai que l'ensemble de la société française progresse dans les niveaux des diplômes et formations. La superposition des labels entraîne un paradoxe : on confisque l'accès, en identifiant on retire l'usage facile et quotidien. La professionnalisation est un bienfait mais pose la question de la possibilité de tout un chacun de s'exprimer, de revendiquer le patrimoine. Cette expression sur la conservation et la restauration est légitime, mais il faut écouter aussi nos 1500 restaurateurs professionnels... Lorraine Mailho

Les controverses et scandales autour du patrimoine débutent au XIXème siècle, quand Ruskin commence à poser la question de la restauration de Venise devant l'opinion européenne. Mais à l'époque c'est un milieu d'élite, d'hommes de lettres européens habitués au "Grand Tour" et qui dissertent à travers les pages des revues plus ou moins savantes. Ce qui se joue, pour aller vite, c'est une forme de démocratisation où chacun se sent propriétaire de son patrimoine ou du patrimoine le plus symbolique à ses yeux (de sa nation, de sa ville)... On pourrait même dire, c'est ce que soutenait mon collègue Daniel Fabre en anthropologue, que c'est l'identité qui est en jeu, c'est "l'histoire à soi". C'est une sorte d'identification, c'est n'est plus "à moi", c'est "moi". Je défends ce qui est "moi", mon identité, et donc c'est mon droit et pas seulement celui du restaurateur.  Dominique Poulot

Intervenants
  • Professeur des universités, enseigne l'histoire de l’art à l’Université Paris 1- Panthéon Sorbonne
  • Maître de conférences en histoire contemporaine et spécialiste de l'histoire et du patrimoine environnemental
  • Chef du département restauration du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF)

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