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Le criminel nazi Adolf Eichmann a été jugé pour crimes de guerre à Jérusalem du 11 avril 1961 au 15 décembre 1961 lors d'un procès historique

Quand l'actualité traverse La Fabrique

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Le criminel nazi Adolf Eichmann a été jugé pour crimes de guerre à Jérusalem du 11 avril au 15 décembre 1961 lors d'un procès retentissant qui a été entièrement filmé. Les historiens Annette Wievorka et Henry Rousso reviennent sur l'importance de ce procès pour l'histoire de la Shoah.

Le criminel nazi Adolf Eichmann a été jugé pour crimes de guerre à Jérusalem du 11 avril 1961 au 15 décembre 1961 lors d'un procès historique
Le criminel nazi Adolf Eichmann a été jugé pour crimes de guerre à Jérusalem du 11 avril 1961 au 15 décembre 1961 lors d'un procès historique Crédits : Gjon Mili/The LIFE Picture Collection - Getty

Le 23 mai 1960, à 16 h, le premier ministre israélien David Ben Gourion, monte à la tribune de la Knesset pour une annonce aussi brève que spectaculaire. Adolf Eichmann, le criminel nazi, a été capturé quelques jours plus tôt en Argentine où il se cachait et se trouve à Jérusalem pour y être jugé. Ainsi débute l’un des événements les plus marquants de l’histoire du jeune État d’Israël, qui prend immédiatement une dimension mondiale. Après Nuremberg, après les épurations qui ont marqué la sortie de guerre en Europe durant près d’une décennie après 1945, le procès Eichmann qui s’ouvre le 11 avril 1961, marque un nouvel épisode dans le jugement des crimes nazis. Presque intégralement filmé, abondamment commenté et controversé, offrant la parole à plus d’une centaine de survivants, le procès se concentre exclusivement – et pour la première fois – sur le seul volet de l’extermination des Juifs. Il érige la mémoire de la Shoah en problème public majeur en Israël et au sein des communautés juives du monde entier, même si c’est dans les années 1970 que cette mémoire prendra une dimension universelle.

Emmanuel Laurentin et Perrine Kervran s'entretient avec Annette Wieviorka, historienne de son ouvrage Eichmann, de la traque au procès  (André Versaille) et avec Henry Rousso, historien et commissaire de l’exposition "Juger Eichmann, Jérusalem, 1961"  au Mémorial de la Shoah à Paris.

Pourquoi on parle-t-on encore du procès Eichmann 60 ans plus tard ?

Henry Rousso : Parce qu’il représente un moment de mémoire exceptionnel. Alors qu’on aborde la fin du cycle de la mémoire avec la disparition des derniers témoins de la Shoah, le besoin s’exprime de revenir sur l’émergence et le déploiement de cette mémoire dont le procès Eichmann a été le moment inaugural. D’autre part, ce procès nous pose la question de la possibilité de juger des criminels de guerre, et du temps long pour la justice internationale. Comment organiser ce type de procès ? Quels sont les problèmes qu’ils posent ? Quel type de spectacle va s’y jouer ? Ce sont des questions qui se posent encore à nous aujourd’hui, comme on l’a vu avec les crimes de guerre perpétrés pendant la guerre en Bosnie.

Annette Wievorka : Les vagues du procès ont été considérables dans tous les domaines. Par la suite, Eichmann est pratiquement devenu un nom commun : il est devenu le criminel nazi par excellence. Alors qu’il avait des supérieurs au-dessus de lui comme Heinrich Müller ou Heinrich Himmler par exemple. Des études ont montré que les trois quarts des documentaires allemands portant sur le nazisme évoquaient la figure d’Eichmann.

Le premier ministre israélien Ben Gourion donne à ce procès un caractère très politique. En quoi consistait-il ?

Annette Wievorka : En effet, jusque là, les Israéliens ne s’était jamais vraiment intéressés à la traque des criminels nazis. Mais Ben Gourion va s’emparer de ce procès qui revêt pour lui une multitude de significations, parmi lesquelles celle d’affirmer qu’Israël étend son bras protecteur sur les Juifs, comme Moïse au Mont Sinai "hier, aujourd’hui, demain et toutes générations confondues" et que la justice va être rendue au nom des Juifs. Ainsi, juger l'homme qui était présenté comme "l’architecte de la solution finale" relevait aussi de cette volonté politique : en faisant d'Israël le juge de la Shoah, il s'agissait de consolider l’identité nationale, d’unifier la jeune nation.

Et les chroniques du vendredi...

  • La chronique « Inconnu de l’histoire » par Philippe Artières. Aujourd'hui le portrait de Laurent A.
  • Quant à Séverine Liatard, elle évoque le n°16 de la revue «Le Temps des Médias, printemps 2011, Espionnage» .
Intervenants
  • Historien, directeur de recherche au CNRS, président de la mission de préfiguration du musée mémorial dédiés aux victimes du terrorisme
  • Historienne, directrice de recherches au CNRS.

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