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Marceline Loridan-Ivens aux côtés de son mari le cinéaste Joris Ivens, l'écrivain Jean Lacouture et Zhou Enlai, premier ministre de la République populaire de Chine, Pékin, 29 juillet 1971

Quand Marceline Loridan-Ivens racontait la Chine des années 1970

51 min
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Un entretien inédit de Marceline Loridan-Ivens accordé à Alain Lewkowicz en 2006 et dans lequel la cinéaste revient sur ses séjours en Chine en 1972 et 1975 pour le tournage des douze documentaires de la série « Comment Yukong déplaça les montagnes » co-réalisée avec Joris Ivens.

Marceline Loridan-Ivens aux côtés de son mari le cinéaste Joris Ivens, l'écrivain Jean Lacouture et Zhou Enlai, premier ministre de la République populaire de Chine, Pékin, 29 juillet 1971
Marceline Loridan-Ivens aux côtés de son mari le cinéaste Joris Ivens, l'écrivain Jean Lacouture et Zhou Enlai, premier ministre de la République populaire de Chine, Pékin, 29 juillet 1971 Crédits : XINHUA / AFP - AFP

Entre 1972 et 1975, Marceline Loridan et Joris Ivens tournent Comment Yukong déplaça les montagnes, une vaste fresque documentaire de douze heures. Le titre, emprunté à une légende chinoise reprise par Mao, annonce le projet : donner à voir une société en marche vers l’égalité, affranchie des anciennes hiérarchies et où chacun participerait à la construction du bien commun. Au long de quatorze épisodes, les deux cinéastes filment la vie quotidienne dans une pharmacie, une usine de générateurs ou un village de pêcheurs. C’est le "film d’une époque" et à ce titre Marceline Loridan a toujours refusé de le remonter à la lumière de ce que l’on sait aujourd’hui de la Révolution culturelle. En 2006, au micro d’Alain Lewkovicz, elle revenait sur cette aventure chinoise.

Marceline Loridan-Ivens : En 1972, le discours de Mao Zedong c’était se mettre au service du peuple, changer les rapports sociaux en luttant contre l’égoïsme, en faisant appel à l’homme dans ce qu’il a de plus profond. A l’époque, ça nous parlait directement, pour nous l’égoïsme était la base de notre société aussi. On ne peut jamais filmer une révolution en train de se faire parce qu’on ne sait pas tout. Vous voyez ce que vous filmez mais vous ne voyez pas ce qu’il se passe à 25 mètres. Alors on a voulu aller filmer dans des unités expérimentales, plus avancées que d’autres, qui montraient le chemin, et à travers ça montrer les gens dans leur individualité, dans leur vie quotidienne. Sans plus de prétention. Et en essayant de répondre aux questions que se posaient les gens en France. On voulait faire du cinéma direct, filmer au plus proche des gens. Donc on cherchait à rester longtemps dans un lieu, à se faire accepter par les ouvriers chinois. On voulait donner de nous-mêmes avant de recevoir, c’était ça notre idée du cinéma.

Marceline Loridan-Ivens : Chaque personne a son chemin. Et la Chine était sans doute le seul chemin que je pouvais prendre après les camps. Avec la naïveté qui était la mienne, ce côté infantile qui fait qu’une partie de moi a gardé l’âge de mes traumatismes, c’est-à-dire 15 ans. La Chine est l’un des pays qui a sans doute le mieux compris la déportation. A chaque fois que des enfants voyaient mon numéro de matricule tatoué et que je leur racontais mon histoire, ils me parlaient des massacres de Nankin. Ce que j’ai aimé aussi chez les Chinois c’est qu’ils sont comme ma mère, ils savent cuisiner avec peu. Moi qui viens de la cuisine de l’émigration polonaise, je découvrais qu’en Chine, on mangeait les pattes de canard, comme chez ma mère ! J’ai aimé leur capacité à tout utiliser, à faire des plats exquis avec pas grand-chose. Avec Joris on a été accueillis avec une gentillesse, une générosité, une hospitalité extraordinaires. La Chine a été un grand moment de ma vie. Mais je n’ai jamais été une militante maoïste. A notre retour à Paris en 1975, nous avons été accusés de faire partie la Bande des 4, ce qui était une imbécilité considérable.

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