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La relève des savoirs dans La Fabrique de l'histoire...
Épisode :

La relève des savoirs... en histoire des femmes et du genre

52 min
À retrouver dans l'émission

La Fabrique consacre sa semaine thématique aux jeunes chercheurs et invite des doctorants : aujourd'hui, histoire des femmes et du genre.

La relève des savoirs dans La Fabrique de l'histoire...
La relève des savoirs dans La Fabrique de l'histoire... Crédits : Alan Varajas / EyeEm - Getty

Emmanuel Laurentin s'entretient avec Salian Sylla de sa thèse intitulée « If negroes were to vote, I would persist in opening the door to females ». Alliances et mésalliances autour du vote des femmes et des Noirs aux États-Unis, 1860-1920 » (Université Paris Ouest- Nanterre), avec Ilana Eloit-Seroussi de « Socio-genèse des identités collectives lesbiennes et leur interaction avec les mouvements sociaux et la théorie féministes dans les années 1970 et 1980 » (London School of Economics) et avec Camille Fauroux de « Les travailleuses civiles de France : des femmes dans la production de guerre de l'Allemagne national-socialiste (1940-1945) » (EHESS).

Comment le combat des femmes et celui des Noirs pour le droit de vote ont-ils eu partie liée aux Etats-Unis ?

Salian Sylla : Aux Etats-Unis, au XIXe siècle, le combat des femmes pour accéder à la citoyenneté et celui des Noirs pour le droit de vote sont liés dès le départ. Pendant la Guerre de Sécession (1861-1865), les militantes féministes ont mis entre parenthèses leurs revendications pour se battre pour l’abolition de l’esclavage. A la fin de la Guerre de Sécession, ce mouvement reprend et une organisation commune se met en place, qui milite à la fois pour le droit de vote des Noirs et pour celui des femmes. Toute la question est alors de savoir quelle devait être la priorité. Certains pensaient que la priorité devait être accordée aux Noirs parce qu’ils étaient le mieux placés sur le plan politique, et vis-à-vis de l’opinion publique aussi qui était mieux préparée à l’accepter, et enfin il y avait cette urgence à cause du phénomène du KKK qui commençait à apparaître dans certains états. Cette belle unité va exploser en 1869 quand le quinzième amendement de la Constitution des Etats-Unis va finalement accorder le droit de vote… aux seuls hommes noirs. Les femmes américaines devront attendre 1920 pour pouvoir voter.

Comment le travail sur les archives permet-il de reconsidérer à nouveaux frais le sort des 400 000 travailleuses civiles françaises en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale ?

Camille Fauroux : En effet, quand on se penche sur les archives, on découvre que, bien que ces femmes aient été recrutées au départ sur la base du volontariat par les usines allemandes - en particulier à Berlin par des usines comme AEG ou Siemens - elles ont ensuite été prises dans un système beaucoup plus large qui est celui du travail forcé des étrangers dans l’Allemagne nazie. Par conséquent, je préfère ne plus utiliser à leur sujet le terme de travailleuses volontaires qui a été utilisé pendant très longtemps à la fois par l’administration française et par l’historiographie parce qu’en réalité, elles vivaient dans des camps qui ressortissent à des dispositifs disciplinaires, et où des formes de contraintes très fortes s’exerçaient sur elles, de jour comme de nuit, notamment par la Gestapo : leur statut est finalement assez proche de celui des travailleurs forcés.

#travail forcé #prostitution informelle #Berlin 

Comment votre travail sur certaines archives vous a-t-il permis de déconstruire ce que vous appelez le "mensonge féministe" au sujet du MLF ?

Ilana Eloit : D’une part, on a souvent décrit le mouvement de libération des femmes comme un mouvement joyeux, fusionnel, porté par l’amour des femmes pour les femmes, en somme un discours positif qui rend presque nostalgique ! D’autre part, l’idée dominante dit aussi que c’est le MLF qui a permis de libérer l’homosexualité féminine. Or, dans les archives privées de Monique Wittig à Yale j’ai découvert une toute autre histoire. Le mouvement de libération des femmes s’inscrivait dans le cadre de l’universalisme républicain. C’était en tant que « femme » que l’on était féministe, et le désir de rendre visible toute différence était considéré comme facteur de division. Et les militantes qui privilégiaient une identification « femme » se sont opposées aux lesbiennes qui voulaient constituer des groupes parce que selon elles, elles divisaient le mouvement. Pour moi, il est important de désidéaliser les mouvements révolutionnaires, d’avoir un point de vue critique sur eux. Je ne voulais pas seulement pas seulement écrire une histoire des « femmes » mais m’interroger sur ce qu’on entendait par ces catégories, par ce terme de « femmes ». Qui étaient les femmes qui étaient représentées dans le féminisme à l’époque ? C’était important de faire une histoire critique des termes dans lesquels le féminisme s’est construit.

#Germaine Greer #Monique Wittig #MLF

Musiques diffusées

  • Louis Armstrong, Tears
  • Rose Avril, Laisse-moi croire au bonheur
  • Janis Joplin, A Woman Left Lonely
Intervenants
  • docteure en études du genre de la London School of Economics
  • agrégée, docteure en histoire (EHESS)
  • angliciste, spécialiste de civilisation américaine, docteur de l'Université Paris-Ouest-Nanterre

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