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Portrait d'Emile Zola par Edouard Manet, 1868, huile sur toile, 146 x 114 cm, Musée d'Orsay

Impressionnisme 2/4 : Tentative d’épuisement d’un tableau : le portrait d’Emile Zola par Edouard Manet, 1868

53 min
À retrouver dans l'émission

Troisième temps de la semaine consacrée à l'impressionnisme dans une exceptionnelle "Fabrique de l'histoire de l'art". A travers un documentaire immersif, plongez-vous dans l'univers artistique et mondain du XIXe siècle, et découvrez tous les secrets de la toile de Manet.

Portrait d'Emile Zola par Edouard Manet, 1868, huile sur toile, 146 x 114 cm, Musée d'Orsay
Portrait d'Emile Zola par Edouard Manet, 1868, huile sur toile, 146 x 114 cm, Musée d'Orsay Crédits : C.C

En 1865, Manet fait scandale au Salon avec L’Olympia, ce nu  réaliste d’une demi mondaine, dont la servante semble attendre le client  annoncé avec un bouquet. Elle a un corps jeune et mince, ce n’est ni  une Vénus, ni une femme idéalisée, ni une odalisque exotique. Pourtant,  Manet est un tranquille bourgeois qui veut être accepté par le Salon et  adoubé par l’Académie des Beaux-Arts.

L’année suivante les toiles de Manet sont refusées au Salon et un jeune  journaliste ambitieux, qui rêve de se tailler un nom par le biais de la  critique artistique, prend dans les pages de l’événement la défense de  Manet, qui d’après lui, aura sa place au Louvre comme héros de la  peinture naturaliste. Ce jeune journaliste de 26 ans est Emile Zola.

De tous côtés on me somme de m'expliquer. On me demande avec instance de  citer les noms des artistes de mérite qui ont été refusés par le jury.  Le public sera donc toujours le bon public. Il est évident que les  artistes mis à la porte du Salon ne sont encore que les peintres  célèbres de demain. Il faut se dire que toutes les personnalités,  Delacroix et les autres nous ont été longtemps cachées par les décisions  de certaines coteries. Je ne voudrais pas que cela se renouvela et  j'écris justement ces articles pour exiger que les artistes qui seront à  coup sûr les maîtres de demain ne soient pas les persécutés  d'aujourd'hui. J'affirme carrément que le jury qui a fonctionné cette  année a jugé d'après un parti pris. Tout, à côté de l'art français, à  notre époque, nous a été volontairement voilé. Emile Zola

Pour nous éclairer, l'historien de l'art Robert Kopp remet cette rencontre en contexte : "Manet  avait une grande ambition, devenir un peintre reconnu à travers le  Salon, cette exposition annuelle organisée par l'Académie des  Beaux-Arts. Il a réussi certaines années, et échoué à d'autres. La  première fois qu'il a réussi, c'était avec le portrait de ses parents en  1861. Et c'est probablement le premier tableau de Manet que Zola a vu.  Mais Zola ne prend la défense de Manet que quelques années plus tard, à  l'occasion d'un autre Salon, celui de 1866, où Manet n'expose pas. Et,  comme souvent dans les comptes-rendus de Salon, les écrivains parlent  aussi des tableaux ou des peintres qui ont été refusés."

Edouard Manet lui est reconnaissant et, pour le remercier, il peint  son portrait au moment où il organise son exposition personnelle, en  marge de l’Exposition Universelle de 1867. Un portrait qui pose Emile  Zola en tant qu’homme de lettres, en redingote bourgeoise, à l’air  sérieux, entouré de livres, de brochures et de plumes.

Zola vivait dans un décor très bourgeois et très ordinaire. Il s'habille  lui-même comme un bourgeois très ordinaire. Il n'y a pas vraiment de  singularité forte dans le décor de Manet, ni dans la façon de le  peindre. C'est peint comme tout le reste. Ce qu'on peut dire, c'est  qu'effectivement, être un peintre de la vie moderne dans les années  1860, c'est peindre aussi des morceaux du passé qui sont présents un peu  partout dans la société. Manuel Charpy

Mais ce portrait est aussi une forme d’autoportrait. Le peintre se  représente lui-même, il représente son univers pictural à travers des  reproductions : une estampe japonaise à la manière de Velázquez ou  encore un avatar d’Olympia, sa propre toile.

Il faut se souvenir que ses tableaux étaient peints pour l'espace public,  qu'il s'agit de manifester cette connivence au grand jour et d'en tirer  également peut-être un certain profit. Par ailleurs, Zola, en ces  années 1867-68, est devenu un journaliste à plein temps, voire un  journaliste politique. C'est aussi un moment très particulier du Second  Empire, où l'empereur a en quelque sorte libéré la presse. Si Zola et  Manet sont des républicains, bien sûr, le seul fait de les associer dans  un tableau fait époque. Stéphane Guégan

En tirant tous les fils du tableau, on devine que cette oeuvre permet  d’évoquer la figure de Manet et celle de Zola, leur soif de  reconnaissance, les stratégies mutuelles des écrivains et peintres du  Second Empire pour se faire connaître, l’importance des salons… Mais  aussi la vie des demi-mondaines, leur relations aux artistes, le  mobilier de l’époque, l’importance des antiquités et des objets  exotiques et anciens, et surtout le décor dans lequel vivent peintres et  bourgeois.

Cette toile porte également en elle l’histoire des séances de pose  interminables, où deux artistes très différents, et pourtant amis, se  découvraient mutuellement…

Avec Manuel Charpy historien de la culture matérielle, Anne Martin-Fugier, spécialiste de la vie d’artiste, Stéphane Guégan commissaire de l’exposition Manet du musée d’Orsay, Gabrielle Houbre historienne des femmes, Robert Kopp historien de l’art et Olivier Rolin écrivain et auteur d'Un Chasseur de lions, une rêverie sur un tableau de Manet.

Un documentaire de Perrine Kervran et Séverine Cassar

Une rediffusion du 24/05/2011.

Bruitage : Patrick Martinache

A découvrir : l'exposition Edouard Manet, initiateur de la peinture moderne au musée d’Orsay.

Intervenants
  • chargé de recherches au CNRS, spécialiste de l’histoire de la culture matérielle et de la consommation
  • Historienne et écrivaine
  • conservateur au département des peintures du musée d’Orsay
  • maîtresse de conférences en histoire à l'Université Paris Diderot-Paris 7 et membre de l'Institut universitaire de France
  • Professeur à l'université de Bâle, correspondant de l'académie des sciences morales et politiques et directeur de la collection Bouquins.
  • écrivain
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