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Ostalgie et folklore de RDA, patrie engloutie de l'internationalisme prolétarien
Épisode 1 :

Une patrie disparue, la RDA

52 min
À retrouver dans l'émission

Premier volet de cette série consacrée à quatre figures de l'internationalisme, un grand entretien avec Nicolas Offenstadt. En compagnie de l'historien, nous entamons une déambulation à la recherche des traces physiques de ce pays évanoui : la RDA.

Ostalgie et folklore de RDA, patrie engloutie de l'internationalisme prolétarien
Ostalgie et folklore de RDA, patrie engloutie de l'internationalisme prolétarien

Il reste peu de choses aujourd'hui de feue la République démocratique allemande (1949-1990). Enterrée par Helmut Kohl, elle a laissé peu de traces, et l’on s’est appliqué - ou l’on s’applique encore, pour peu qu’elles resurgissent - à faire disparaître. L’exemple le plus manifeste est la destruction en 2006 du Palast der Republik, siège de l’ex-Chambre du peuple. La RDA, avec l'URSS, étaient les deux pays-phares de l'internationalisme prolétarien. Le nouvel homme socialiste se devant d’être avant tout antiraciste et internationaliste. Retour sur une patrie disparue avec l'historien Nicolas Offenstadt, spécialiste d'"urbex" et familier de ces espaces urbains perforés par des friches, des no man’s land, et dont l'ouvrage Le pays disparu. Sur les traces de la RDA (Stock) a cherché à rendre compte de ces non-lieux, de leur histoire mais aussi de la manière dont ils font trace au présent.

Nicolas Offenstadt : Quand vous vous promenez en ex-Allemagne de l’Est, vous êtes frappé par cet espace public fait de vides et d’immenses ruines : des dizaines d’entreprises en ruines, d’anciennes maisons de la culture abandonnées, y compris dans des villes très touristiques comme Weimar. Et au sein d’un pays qui est très attentif à sa culture et à son passé, et qui économiquement a de gros moyens. Mais à côté de ces lieux abandonnés, vous trouvez aussi des traces de la RDA sous différentes formes. Ce mélange d‘abandon et de traces, de tout un déploiement statuaire communiste par exemple, je trouve ça fascinant.

Pourquoi a-t-on plus de traces d'une sorte de patriotisme de la RDA que de son internationalisme ?

Alors que cet internationalisme était clairement affiché par le régime au travers de nombreux festivals de la jeunesse et des étudiants, mais aussi de l’accueil de Chiliens après le coup d’Etat de Pinochet, d’Egyptiens avec des nasseriens ou encore de Vietnamiens, tout cela semble peu présent dans les traces retrouvées.

Nicolas Offenstadt : On peut dire que l’imaginaire de la RDA a avancé sur deux pieds. D’un côté, un nouveau patriotisme allemand repensé et qui récupérait ce qu’il y avait de meilleur dans « l’héritage » de la grande histoire du mouvement ouvrier : les grandes figures qui ont lutté depuis le 19e siècle, Ernst Thälmann, etc. mais aussi les martyrs du nazisme. De l’autre, un internationalisme qui incorporait aussi les grandes figures étrangères du mouvement ouvrier, comme le Bulgare Georgi Mikhailov Dimitrov ou les héros de la Guerre d’Espagne.  

Nicolas Offenstadt : Parmi les lieux qui portent encore trace de cet internationalisme, il y a la République des Pionniers-Wilhelm Pieck. C’était un grand camp de vacances, extrêmement prestigieux et réservé aux enfants "méritants" : il y avait un petit train, et plein de jeux. Y étaient accueillies aussi des délégations d’enfants étrangers. C’était un lieu qui était fait pour mélanger les enfants de RDA et ceux des pays frères. Ce centre de vacances - qui existe toujours - porte encore la trace de ce projet de solidarité internationale.

Comment se manifestait concrètement cette Volkssolidarität - solidarité des peuples - qui était le cœur de l'internationalisme prolétarien ?

Nicolas Offenstadt : L’histoire de la RDA est contemporaine de tous les mouvements de décolonisation, de toutes les luttes des peuples de ce qu’on appelait le « Tiers-Monde ». Alors on soutient tous les mouvements révolutionnaires partout dans le monde. Quand ils sont défaits, on accueille ceux qui sont en exil. Et quand ils arrivent au pouvoir, on instaure avec eux des relations d’Etat à Etat. C’était fondamental dans la vie des gens. Comment ça se matérialisait ? Tous ceux qui ont été enfants en RDA racontent qu’à l’école, ils étaient obligés de faire des quêtes pour la caisse de solidarité internationale. Il y avait la quête pour Angela Davis, celle pour les prisonniers chiliens, ou pour les mouvements ouvriers africains. Il y avait vraiment cette idée que la solidarité internationale c’était une dimension de l’internationalisme prolétarien et qu’il fallait la développer. C’était considéré comme une pratique, pas seulement comme un discours.   

La ville de Vinh, située à 300 km au sud de Hanoï, fortement endommagée par la guerre d’Indochine avant d’être bombardée par l’US AirForce, a été entièrement reconstruite avec l’aide de la RDA.
La ville de Vinh, située à 300 km au sud de Hanoï, fortement endommagée par la guerre d’Indochine avant d’être bombardée par l’US AirForce, a été entièrement reconstruite avec l’aide de la RDA. Crédits : HOANG DINH NAM / AFP - AFP

Musiques diffusées :

Intervenants
  • historien, maître de conférences à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne
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