LE DIRECT
Route romaine menant au Fort de Vindolanda, près du mur d'Hadrien (UNESCO World Heritage Site, 1987), Angleterre, Royaume-Uni, civilisation romaine, Ier - IIème siècles.
Épisode 1 :

Le droit romain sur l'île de Bretagne, ou de l'art de faire cohabiter les peuples

50 min

Celtes, Gaëls, Brittons, Belges, Angles, Saxons, Pictes, Calédoniens, Frisons, Gaulois... et Romains. Les îles de Bretagne, aux confins de l'Empire, où « Il n’y a plus de peuples au-delà, rien que des flots et des rochers » d'après Tacite, ont eu dès l'époque romaine à composer avec le continent.

Route romaine menant au Fort de Vindolanda, près du mur d'Hadrien (UNESCO World Heritage Site, 1987), Angleterre, Royaume-Uni, civilisation romaine, Ier - IIème siècles.
Route romaine menant au Fort de Vindolanda, près du mur d'Hadrien (UNESCO World Heritage Site, 1987), Angleterre, Royaume-Uni, civilisation romaine, Ier - IIème siècles. Crédits : Getty

Le droit romain, instrument de la colonisation de l'île de Bretagne

Emmanuel Laurentin reçoit ce matin Soazick Kernéis, professeure d'histoire du droit et du droit romain à l'université Paris-Ouest et directrice du Centre d'Histoire et d'Anthropologie du Droit (CHAD), pour ouvrir notre semaine consacrée à l'histoire de la Grande-Bretagne dans l'Europe et le monde. 

La conquête romaine n'est pas, loin s'en faut, le premier contact du continent avec les populations qui peuplent alors les îles Britanniques. Les Celtes, Gaëls ou Brittons, et les Belges, au sud-est de l'île, commerçaient depuis plusieurs siècles déjà avec Carthage et l'espace méditerranéen. Mais avec l'installation des romains au Ier siècle de notre ère, c'est à une toute autre échelle que le "vivre ensemble" doit être pensé... 

Soazick Kernéis aborde avec nous l'histoire de ce peuplement de la Bretagne celtique, l'arrivée des Anglo-Saxons, l'établissement des populations extérieures à l'Empire par l'Empereur et le statut inférieur de ces mêmes populations venues d'Ecosse ou d'Irlande, prévu par la loi romaine. L'occasion aussi de réviser nos classiques en envisageant la légende du roi Arthur comme témoignage de cette période romaine de la Grande-Bretagne. Et de faire un bond dans l'actualité de la recherche, en abordant les récentes découvertes du site archéologique de Vindolanda, un fort romain à proximité du mur d'Hadrien qui recèle de précieuses correspondances militaires...  

C'est quelque chose de très important, ce mélange des populations qu'opère l'Empire. Il y a effectivement des Bataves [en Bretagne], mais dès le IIème siècle on sait qu'ont aussi été installées des populations iranophones qui viennent de l’est de l’Empire, très prisées par l'armée romaine pour leurs compétences de cavaliers. On va appeler ces colonies d'Alains les cataphractaires ; mais on trouve aussi d'autres populations, notamment germaniques… Ce que je voudrais souligner - c'est vrai en Bretagne, mais aussi ailleurs - c'est qu'il y a un véritable cosmopolitisme. Et ce cosmopolitisme a des incidences juridiques et culturelles : on a pu dire qu'une bonne partie de la légende arthurienne, que l'image de cette épée fantastique d’Excalibur, du Graal, avait peut-être ses origines dans ces colonies iranophones. Soazick Kernéis

Ce que nous avons essayé de montrer dans cet ouvrage, c’est la diversité de l’héritage de Rome. Nous sommes juristes, historiens du droit, et évidemment nous ne remettons pas en question l’importance du droit romain. Simplement nous voulions montrer qu’à côté de ce droit et des formes juridiques ordinaires, il y a d’autres façons de penser la norme qui se sont développées en relation avec ces établissements barbares. C’est peut-être ce qui explique que le mot par lequel nous parlons aujourd’hui du droit n’est pas issu de « ius » mais d’un mot du latin vulgaire, « directum ». Peut-être faut-il y voir un héritage des populations barbares de l’Empire ? Soazick Kernéis

Hommage à Marcel Detienne

Écouter
7 min
Hommage à Marcel Détienne

Marcel Detienne est mort dans la nuit du 20 au 21 mars, à Nemours (Seine-et-Marne). Anthropologue comparatiste, grand spécialiste de la Grèce antique et ami et collaborateur de longue date de Jean-Pierre Vernant, il était professeur émérite de l'université Johns-Hopkins et directeur d'études honoraire de l'EPHE. Son attention aux gestes les plus infimes des Anciens et son attachement à déconstruire les lectures réactionnaires de la Grèce antique ont marqué la discipline. Christian Jacob, directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'EHESS, ancien élève de Marcel Detienne, vient rendre hommage à l'homme et à son oeuvre considérable sur notre plateau.

Marcel Detienne, comme il l’a bien expliqué dans son livre Comparer l’incomparable, est un technicien de laboratoire, un inventeur qui a pratiqué un comparatisme expérimental. Et il me disait souvent « Prenons quelques gouttes du Japon, d’Afrique, des cosaques d’Ukraine, mettons-les sur la Grèce et voyons ce qu’il se passe ». Une démarche extrêmement expérimentale, où il y avait parfois des trous, des changements de couleurs, de visibilité, et qui a donné lieu à tout un ensemble de livres remarquables. Christian Jacob

Une émission en partenariat avec

Retrouvez en fin d'émission la chronique de Jean-Marc Bastière, rédacteur en chef du mensuel Histoire & Civilisations, à l'occasion du n°48 consacré aux Omeyyades. 

Intervenants
  • Professeur d'histoire du droit romain à l'université Paris-Ouest. Directrice du Centre d'Histoire et d'Anthropologie du Droit.
  • directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l’EHESS

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......