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Le Président Emile Loubet arrive d'Afrique du Nord pour rencontrer le Roi Edouard VII le 6 juillet 1903, pour consolider "l'entente cordiale" entre les deux nations.
Épisode 2 :

L'anglophobie, rumeur populaire ou arme diplomatique ?

52 min
À retrouver dans l'émission

« L'Angleterre, ah, la perfide Angleterre, que le rempart de ses mers rendait inaccessible aux Romains, la foi du Sauveur y est abhorrée ». Si Bossuet vitupérait au XVIIème siècle contre la sécession anglicane, l'adjectif a fait long feu pour désigner ces voisins que l'on a adoré détester.

Le Président Emile Loubet arrive d'Afrique du Nord pour rencontrer le Roi Edouard VII le 6 juillet 1903, pour consolider "l'entente cordiale" entre les deux nations.
Le Président Emile Loubet arrive d'Afrique du Nord pour rencontrer le Roi Edouard VII le 6 juillet 1903, pour consolider "l'entente cordiale" entre les deux nations. Crédits : Michael Nicholson/Corbis - Getty

Deuxième temps de notre semaine consacrée aux relations entre la Grande-Bretagne, l'Europe et le reste du monde, Emmanuel Laurentin et Anaïs Kien reçoivent Fabrice Bensimon, professeur d'histoire et de civilisation britanniques, membre du Centre d'Histoire du XIXe siècle et Fabrice Serodes, enseignant à Sciences Po Lille, auteur d’une thèse intitulée “Anglophobie et politique : De Fachoda à Mers el-Kébir” (L’Harmattan).

Il n'y a pas une mais plusieurs anglophobies. Il y a la haine des Anglais, la haine de ce qui est anglais ; il y a la haine portée par les élites, la haine qui vient du peuple. La détestation de la "perfide Albion" a été alimentée par une longue histoire de conflits d'intérêts et de guerres sanglantes, de la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant à Mers el Kébir. Quelles sont les logiques à l'oeuvre dans la mobilisation des discours et des actes contre nos voisins Anglo-saxons ? Et existe-t-il en retour une francophobie ? N'y a-t-il que les Français pour avoir détesté si viscéralement les Anglais ?

En 1851, environ 20 000 britanniques vivent en France - une bonne partie est déjà retournée en Grande-Bretagne, moins à cause de la révolution de 1848 qu'à cause de la crise économique, faute d'emplois en France. Ils sont donc quelques dizaines de milliers sous la Monarchie de Juillet. "Britanniques", cela recouvre des catégories sociales très différentes : des rentiers qui vivent là, des aristocrates en villégiature, des banquiers, mais aussi des flux d'ouvriers qualifiés dans le textile, dans la construction ferroviaire, dans l'industrie du fer, dans plusieurs secteurs où les britanniques en raison de leur avance dans la révolution industrielle ont des compétences par rapport à la France. On ne peut pas alors parler d'anglophobie structurelle : il y a des manifestations suite à la crise de l'emploi contre les ouvriers étrangers par exemple, mais il y a aussi des traces d'intégration de ces ouvriers étrangers. Fabrice Bensimon

On pourrait avoir l'impression qu'en s'en tenant aux sources britanniques l'anglophobie ne serait qu'une construction pour tenir la France. Je crois qu'il faut distinguer ce qui est vrai dans ce discours, et on pourrait voir trois niveaux distincts. Il y a une anglophobie "viscérale", une haine de l'Anglais qui existe mais qui est extrêmement résiduelle, qui s'exprime peu dans les documents et même dans la rue. On trouverait à l'autre extrémité des manifestations anglophobes spontanées qui ne sont pas structurées à cette époque, des réactions lors de la crise de Fachoda qui mobilisent beaucoup par exemple à Bergerac ou à Saint-Malo où l'on manifeste contre l'arrivée de navires britanniques qui pavoisent après la délivrance de Lady Smith en 1900. Mais il y a bien quelque chose qui ressort, c'est cette anglophobie centrale, une anglophobie intellectuelle : la rivalité n'est plus morale ou économique comme à l'époque de la révolution (les économies française et anglaise divergeant beaucoup, si l'on considère la concurrence allemande par exemple) ; le front de l'anglophobie se déplace alors sur le terrain de la géopolitique. Fabrice Serodes

Intervenants
  • Professeur d’histoire et de civilisation britanniques à l'université Paris-Sorbonne, membre du Centre d’Histoire du XIXe siècle (Paris 1- Paris 4)
  • Docteur en histoire des Universités de Salford-Manchester et de Tours, enseignant à Sciences Po Lille

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