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Carte du monde montrant l'empire britannique, 1902 (possessions britanniques en rouge). Tiré du The Century Atlas of the World. [John Walker & Co, Ltd., London, 1902]. Artiste inconnu.
Épisode 3 :

Le choix du Monde ?

53 min
À retrouver dans l'émission

Il y eut Jean Cabot, puis la Compagnie anglaise des Indes orientales, puis tout un Empire, puis un Commonwealth - et une politique étrangère, le "splendide isolement". Mais le Royaume-Uni fit-il vraiment le choix de se tourner vers le monde plutôt que vers le continent ? Et qui fait vivre ce mythe ?

Carte du monde montrant l'empire britannique, 1902 (possessions britanniques en rouge). Tiré du The Century Atlas of the World. [John Walker & Co, Ltd., London, 1902]. Artiste inconnu.
Carte du monde montrant l'empire britannique, 1902 (possessions britanniques en rouge). Tiré du The Century Atlas of the World. [John Walker & Co, Ltd., London, 1902]. Artiste inconnu. Crédits : The Print Collector - Getty

En quelques siècles le Royaume-Uni s'est imposé comme une puissance coloniale, adoptant tour à tour le rôle de policier du monde faisant régner la Pax Britannica et la posture du "splendide isolement", en observateur détaché des guerres intestines européennes. 

Le Royaume-Uni ne s'est pourtant jamais construit sans l'Europe ou en dehors de l'Europe, loin s'en faut. Le Brexit n'est que la dernière occurrence d'une longue histoire de relations complexes et fluctuantes, une histoire elle-même sujette à de nombreuses polémiques et à autant de décentrages que l'Empire britannique compta de territoires. Emmanuel Laurentin et Anaïs Kien s'entretiennent avec Guillemette Crouzet, Clarisse Berthezène et Pierre Singaravelou pour ce troisième temps de notre série consacrée aux relations entre la Grande-Bretagne et l'Europe. 

Le mythe du "choix du monde"

On connait la célèbre formule de Lord Palmerston, maître d'oeuvre de la politique étrangère britannique durant une bonne partie du XIXe siècle : « L’Angleterre n’a ni d’amis ni d’ennemis permanents, elle n’a que des intérêts permanents ». Et ces intérêts permanents restent profondément ancrés en Europe ! On l’a vu avec la guerre de Crimée, par exemple, et l’intervention en Grèce au XIXème siècle. Guillemette Crouzet

Le récit qu’en font beaucoup de conservateurs, et pas seulement, c’est que la Grande-Bretagne n’est entrée dans l’Europe que pour des raisons économiques, en 1973 lors du choc pétrolier (et trop tard !), et qu'elle n’a pas d’autre intérêt dans l’Europe. Il me semble qu’il y en a d’autres, notamment sur le plan universitaire par exemple : la plupart des universités britanniques reçoivent énormément de subventions de européennes… Clarisse Berthezène

Grande-Bretagne, Royaume-Uni, Empire, Commonwealth, Union Européenne : des identités imbriquées

Alors que la « Britishness » s’est formée outre-mer pour se distinguer des autres populations de l’Empire, l’ « Englishness » c’est cette idée que c’est l’Angleterre qui est à l’origine du Royaume-Uni et de l’Empire, que c’est bien à Londres que se situent Westminster et le pouvoir : bref, que tout émane de l’ « Englishness ». On peut même arguer que c’est une des grandes questions d’aujourd’hui, si l'on considère que les Anglais ont beaucoup plus largement voté pour le Brexit que les Ecossais ou les Irlandais du nord... Clarisse Berthezène

Le Brexit a été interprété comme un renouveau de la culture impériale. Mais il peut aussi être interprété dans le même mouvement comme la résurgence d’identités pré-impériales, pré-britanniques. On voit bien la difficulté qu’on a à définir l’Englishness par rapport à la Britishness : on voit là une identité blanche, anglaise, qui se traduit par un fort essor du racisme en Grande-Bretagne. La campagne du Brexit s’est d'ailleurs traduite par le meurtre de Jo Cox la semaine du vote ! On a aussi observé une explosion des actes racistes, y compris concernant des Européens de l’est parce qu’ils parlaient polonais dans la rue... Pierre Singaravelou

Décentrer l'Empire

Cette historiographie britannique et anglophone a opéré un infléchissement dans les années 1990, qu’on a résumé par le titre de l'ouvrage de Durba Gosh et Dane Kennedy « Decentring Empire », qui se focalisait sur toutes ces circulations qui échappent à Londres et à la Grande-Bretagne. Dans tous les domaines on observe ces connexions plus ou moins intenses entre les différents territoires de l’Empire. Ces corpus de doctrine, ces savoirs-faire politiques ont circulé entre l’Inde, l’Egypte, l’Irlande – l’Irlande est un réservoir de colonisateurs et un pays considéré comme une colonie à maints égards ! Cette "imperial web" possède plusieurs pôles en Asie, en Amérique et en Afrique. Pierre Singaravelou

L’école historique indienne, née en inde mais qui s‘est beaucoup développée aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, cherche à « provincialiser l’Europe » en replaçant ces colonies au centre du récit, en écrivant leur propre histoire, appuyée sur des archives locales… C’est une véritable historiographie alternative. Clarisse Berthezène

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