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Emmanuel Macron aux côtés de Michèle Audin, fille cadette de Maurice Audin, assistant de mathématiques à la faculté d'Alger et membre du Parti communiste algérien disparu après son arrestation par des militaires français pendant la bataille d'Alger

Actualité de la guerre d'Algérie. Le 13 septembre, le Président de la République reconnaît la responsabilité de l'Etat dans la mort du militant anticolonialiste Maurice Audin

53 min
À retrouver dans l'émission

Le vendredi, l'actualité traverse la Fabrique. Aujourd'hui, une table ronde d'historiens commente les récentes déclarations d'Emmanuel Macron au sujet de la responsabilité de l'état français dans la mort du militant communiste Maurice Audin pendant la bataille d'Alger, en juin 1957.

Emmanuel Macron aux côtés de Michèle Audin, fille cadette de Maurice Audin, assistant de mathématiques à la faculté d'Alger et membre du Parti communiste algérien disparu après son arrestation par des militaires français pendant la bataille d'Alger
Emmanuel Macron aux côtés de Michèle Audin, fille cadette de Maurice Audin, assistant de mathématiques à la faculté d'Alger et membre du Parti communiste algérien disparu après son arrestation par des militaires français pendant la bataille d'Alger Crédits : Thomlas Samson - AFP

Que change la déclaration officielle remise par Emmanuel Macron à Josette Audin le 13 septembre ?

Raphaëlle Branche : Ce texte met fin à un mensonge d’Etat : il reconnaît la responsabilité de l’Etat c’est-à-dire du pouvoir politique dans la mort de ce militant en précisant – et c’est là sa véritable portée historique - que cette mort n’aurait pas été possible si les forces de l’ordre qui l’ont arrêté, torturé et exécuté n’avaient pas agi sur ordre. La vérité historique, elle, était connue depuis longtemps, grâce au travail de Pierre Vidal-Naquet qui a mené une enquête en 1958 et établi le premier mensonge qui a camouflé la vérité. Depuis, d’autres travaux ont été faits, des journalistes comme Nathalie Funès ont retrouvé des témoins, trouvé de nouvelles pistes mais on est toujours dans le même doute, doute dont d’ailleurs la formulation de la déclaration du Président de la République rend très bien compte : torturé à mort ou torturé et exécuté.

Les mots du texte lu par le Président de la République semblent avoir été soigneusement pesés et choisis.

Sylvie Thénaut : Il s'agissait en effet d'un exercice d’équilibriste difficile : aller vers une reconnaissance générale de la pratique de la torture et des disparitions à partir du cas de Maurice Audin. L'exercice est délicat parce que son cas ne permet pas d’exposer tous les mécanismes de la pratique de la torture pendant cette période. Dans le cas d’Audin, le contexte est celui de la bataille d’Alger, des pouvoirs de police à l’armée et de cette fameuse loi des pouvoirs spéciaux qui implique directement le pouvoir politique. Or si l'on regarde les pratiques de torture dans le cadre d’une opération de ratissage dans un village, là on a un contexte très différent. Il y avait donc un défi pour pouvoir généraliser à partir du cas de Maurice Audin, pour ne pas trahir la vérité historique tout en permettant cette reconnaissance générale. Ce qui a permis de relever ce défi, c’est que la disparation de Maurice Audin est un symbole. On peut aller au-delà de la bataille d’Alger, en s'inscrivant dans le cadre de la dénonciation de la pratique de la torture, dans le prolongement d'une figure emblématique comme celle d'Henri Alleg. Cette fonction symbolique fait qu’on peut généraliser à partir de son cas. Il fallait peser les mots aussi pour ne pas blesser. Les mots du texte sont faits pour ça : éviter de montrer du doigt des individus. Même si les individus restent responsables de leurs actes et chacun fera son examen de conscience. Mais il fallait sortir d’une culpabilisation générale. C’est pour tout cela que le travail sur le texte a été sérieux, soigné, long, et c'est ce qui lui a permis d’exister.

La déclaration d’Emmanuel Macron a-t-elle seulement une portée symbolique ?

Malika Rahal : Elle a une portée symbolique très forte bien sûr, mais j’y vois aussi une autre conséquence : celle d’une mise en cohérence. En Algérie, la responsabilité de l’Etat français dans la disparition de Maurice Audin, d’Ali Boumendjel et de tant d’autres au cours de la bataille d’Alger ne fait aucun doute. Ils sont honorés comme des martyrs. Cette reconnaissance politique met en cohérence le discours français avec cette réalité. Elle peut produire quelque chose de l’ordre d'un apaisement de l’autre côté de la Méditerranée.

#Ali Boumendjel

Quel type d’avancée cette déclaration signe-t-elle dans les politiques mémorielles ?

Patrick Garcia : Pour moi, il y a une espèce de logique irrésistible : à partir du moment où l’on est entré dans un politique de reconnaissance, avec le discours de Jacques Chirac au Vel d’Hiv le 16 juillet 1995. A partir de là, la reconnaissance s’impose, même si l’Etat se trouve déséquilibré, parce qu’il faut trouver comment sortir de la raison d’Etat, du mensonge d’Etat. Il n’y a pas de régression possible. Le terme de repentance est indu, il vient du vocabulaire religieux. La reconnaissance n’est pas la repentance, elle n’est pas une auto-flagellation. A quoi reconnaît-t-on une démocratie ? Au regard lucide qu’elle peut porter sur son passé. Ce mouvement de reconnaissance traverse toutes les démocraties à partir des années 1990. On est donc dans une logique, même si elle prend du temps. Le « dossier algérien » a été ouvert par Jacques Chirac, dont l’ambassadeur en Algérie a reconnu en 2005 que le massacre de Sétif avait été commis par la France. Avec la déclaration d’Emmanuel Macron, on entre dans une pleine et entière reconnaissance, elle ouvre une nouvelle séquence.

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Intervenants
  • Professeure d’histoire contemporaine à l’université de Paris-Nanterre
  • historien, professeur à l’université de Cergy-Pontoise, chercheur associé à l’Institut d’histoire du temps présent
  • historienne, chargée de recherche à l’Institut d’histoire du temps présent. Spécialiste de l’histoire algérienne depuis l’indépendance et du Maghreb contemporain.
  • Historienne, directrice de recherche au CNRS
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