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Affaire politique, militaire et religieuse qui divise profondément la France entre 1894 et 1906, l'affaire Dreyfus marque également un tournant dans la place accordée aux Juifs dans le récit national
Épisode 1 :

Judaïsme et citoyenneté dans les nations modernes

53 min
À retrouver dans l'émission

Emmanuel Laurentin s'entretient avec Dominique Schnapper, sociologue et politologue, directrice d'études émérite à l'EHESS et présidente du Musée d'art et d'histoire du judaïsme.

Affaire politique, militaire et religieuse qui divise profondément la France entre 1894 et 1906, l'affaire Dreyfus marque également un tournant dans la place accordée aux Juifs dans le récit national
Affaire politique, militaire et religieuse qui divise profondément la France entre 1894 et 1906, l'affaire Dreyfus marque également un tournant dans la place accordée aux Juifs dans le récit national Crédits : Chip HIRES/Gamma-Rapho via Getty Images - Getty

Le récit national français bien souvent se borne à considérer le rôle de la présence des Juifs à l’aune de ce qui s’est passé au moment de leur émancipation au XVIIIe siècle, au moment de l’affaire Dreyfus et enfin pendant la Seconde Guerre mondiale. Le moment semble venu pour les historiens aujourd’hui de remonter plus loin dans le temps et de prendre en considération la façon dont le récit national s’est tissé autour d’une présence continue des Juifs en France. Pour évoquer cette histoire au long cours, Emmanuel Laurentin s'entretient avec Dominique Schnapper, sociologue et politologue, directrice d'études émérite à l'EHESS.

Dominique Schnapper : Les Juifs m’ont paru être un cas emblématique des exigences - voire de l’épreuve - que comportaient la création des nations démocratiques. A savoir accepter les groupes particuliers avec leur histoire, leurs pratiques, leurs convictions religieuses, leur sens du monde, et en même temps les inclure pleinement en tant que citoyens dans l’espace public. Emblématique parce que la tradition juive était particulièrement ancienne et forte. Du côté des Juifs, c’était une remise en question de ce qui faisait leur monde, un monde où le politique et le religieux étaient totalement imbriqués jusqu'à former un « self-government », une entité proprement politique. La création de la nation démocratique impliquait pour les Juifs qu’ils renoncent à leurs dimensions politiques et judiciaires et réinterprètent le judaïsme en termes seulement historiques, spirituels et religieux : c’était donc une épreuve. Et du côté des créateurs de la modernité politique - dans le cas de la France, des révolutionnaires - il fallait accepter l’idée que la citoyenneté universelle s’applique à ces populations qui étaient à la fois étrangères, différentes, et en même temps modestes, voire misérables. Il a donc fallu toute la force de cette conviction idéologique sur l’universalité de la citoyenneté pour qu’elle s’étende même aux Juifs, même aux bourreaux… et même aux comédiens.

Colloque "Le Judaïsme : une tache aveugle dans le récit national" organisé les 17 et 18 janvier 2019 au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme.

Musiques diffusées

  • Mélodie "Meyerke mayn suhn" (arrangement M. Ravel), Orchestre de chambre Les Illuminations, dir. G. Bourgoin, Sofia Falkovitch
  • Leon Elgazi, "Hine ma tov", Orchestre de chambre Les Illuminations, dir. G. Bourgoin, Sofia Falkovitch
  • Milhaud, Poèmes juifs op. 34, Chant de Sion, par Irma Kolassi
Intervenants

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