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Un restaurateur à l'oeuvre sur un fragment d'une des métopes sud du temple du Parthénon, Musée de l'Acropole d'Athènes, 5 décembre 2011
Épisode 2 :

Le musée de l’Acropole à Athènes : un musée dans l'attente

51 min
À retrouver dans l'émission

Inauguré en 2009, le nouveau musée de l’Acropole a été conçu pour recevoir notamment les marbres du Parthénon pillés au XIXe siècle par Lord Elgin et conservés depuis au British Museum de Londres. La demande de restitution formulée par Athènes au musée britannique est toujours en cours...

Un restaurateur à l'oeuvre sur un fragment d'une des métopes sud du temple du Parthénon, Musée de l'Acropole d'Athènes, 5 décembre 2011
Un restaurateur à l'oeuvre sur un fragment d'une des métopes sud du temple du Parthénon, Musée de l'Acropole d'Athènes, 5 décembre 2011 Crédits : LOUISA GOULIAMAKI / AFP - AFP

Au début du XIXe siècle, la crainte de voir disparaître les racines de la civilisation européenne provoque l’apparition d’aventuriers qui se lancent dans le rapt d’œuvres de l’Antiquité grecque. Lord Elgin se voit en « sauveur » des marbres du Parthénon, postulant que le pays qu’il pille n’est pas capable de prendre la mesure de leur valeur. Ce discours de « s’approprier pour sauver » appartient-il au passé ?

Benoît de l’Estoile : On pourrait croire que le rapt des frises est de l’histoire ancienne mais en fait les termes du débat n’ont pas beaucoup évolué depuis 1801. L'idée selon laquelle les objets seront mieux préservés dans les musées occidentaux court des débats sur les antiquités égyptiennes jusqu’à celui sur la restitution des œuvres d’art africain à leurs pays d’origine aujourd’hui. Mais on voit bien avec l’incendie récent du Musée de Rio par exemple qu’il est nécessaire d’interroger cette justification que les musées occidentaux opposent pour continuer à être les détenteurs exclusifs de ces œuvres.

François Queyrel : Mais même à l’époque, il ne faut pas penser que le geste de Lord Elgin n’a suscité que de l’exaltation face à un héros venu sauver des œuvres en péril. En 1811, Byron, de passage à Athènes, se trouve face à un monument dépouillé : il a sous les yeux le spectacle d’une ruine qui est le produit d’une déprédation. Dans La malédiction de Minerve, il évoque un « temple vide et profané » et compare son contemporain à un « chacal » dont il rougit d’être le compatriote.

#Choiseul-Gouffier  #Lord Byron #Quatremère de Quincy #rapts bonapartistes

Les catégories juridiques avec lesquelles nous pensons ces questions sont-elles appropriées pour répondre aux problématiques de restitution ?

Benoît de l’Estoile : En effet, les arguments employés par les musées occidentaux sont « propriétaires légitimes et légaux », c'est à dire que tout ce discours se déploie dans les catégories du droit occidental, y compris les revendications de restitution. Or il est possible de concevoir ces questions dans des termes qui ne seraient pas forcément ceux du droit romain ou du Code civil, qui définissent la propriété sur le mode de l’exclusivité, de la jouissance absolue, du droit à disposer de l’objet. Marcel Mauss, par exemple, en s’appuyant sur le droit maori, a montré que pouvaient exister d’autres formes de relations. Pour penser ces enjeux, il apparaît nécessaire de découpler propriété, souveraineté et possession. On peut imaginer par exemple, selon la belle formule employée par Marie-Claude Tjibaou à propos des objets d’art kanak, que circulent des « objets-ambassadeurs » de la culture de leur pays : des œuvres qui peuvent revenir de façon temporaire dans leur pays d’origine pour ensuite continuer leur parcours.

François Queyrel : Il y a aussi l'idée intéressante de concevoir des musées temporaires afin d'abriter des œuvres de pays en guerre mais qui seraient destinés à y revenir ensuite, comme une sorte de dépôt temporaire. Comme ce fut le cas pour Guernica par exemple. Picasso voulait que le tableau revienne en Espagne une fois que celle-ci serait libérée du franquisme. Le fait que des objets soient fortement liés à l’identité d’un pays n'empêche pas qu'ils soient nomades.

#bronzes du Bénin #Gweagal Shield #James Cook

Liens

Colloque Les nouveaux enjeux patrimoniaux en contextes de crise. Les  dynamiques du droit dans l'évolution de la protection internationale du  patrimoine culturel, Unesco, 19 & 20 novembre 2018

Musiques diffusées

  • Melina Mercouri / Mikis Theodorakis, « Les cloches sonneront »
  • Nikos Papazoglou, « I Manges Den Iparchoun Pia »
  • Melina Mercouri, « Athènes ma ville »
Intervenants
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