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Dépouille et moulage du corps de Saartjie Baartman, surnommée la "Vénus hottentote" lors de la cérémonie de remise des restes de cette femme à son pays d'origine, ambassade d'Afrique du Sud à Paris, 29 avril 2002
Épisode 3 :

Que faire des restes humains ?

52 min
À retrouver dans l'émission

Depuis le retour en 2002 à l’Afrique du sud du corps de Saartjie Baartman, qualifiée au XIXe siècle de « Vénus hottentote », les demandes de restitution des restes humains conservés dans les musées européens se multiplient.

Dépouille et moulage du corps de Saartjie Baartman, surnommée la "Vénus hottentote" lors de la cérémonie de remise des restes de cette femme à son pays d'origine, ambassade d'Afrique du Sud à Paris, 29 avril 2002
Dépouille et moulage du corps de Saartjie Baartman, surnommée la "Vénus hottentote" lors de la cérémonie de remise des restes de cette femme à son pays d'origine, ambassade d'Afrique du Sud à Paris, 29 avril 2002 Crédits : JACQUES DEMARTHON / AFP - AFP

Une émission co-animée par Anaïs Kien

A partir du milieu du XIXe siècle en Europe, on commence à collecter et à conserver des restes humains. Pourquoi ?

Carole Reynaud-Paligot : Le début du XIXe siècle voit la naissance d’une nouvelle science qui va chercher à constituer à la fois un savoir sur l’humain et sur les races, en mesurant les crânes, les squelettes, les êtres vivants mais aussi les morts ! Et la France se veut le leader de ce que l’on nomme à l’époque l’anthropologie classificatoire et qui suscite l’enthousiasme des scientifiques dans toute l’Europe. A l’époque, on ne se pose aucune question juridique ni éthique : on s’empare des squelettes, on les mesure par milliers. On assiste à une véritable frénésie de mensurations. L’entreprise qui consiste à vouloir classer toute la diversité humaine représentait un défi considérable pour les savants de l’époque. 

#Néandertal #Cro Magnon #Cuvier #Broca

Alain Froment : Les réserves du Musée de l’Homme par exemple contiennent 30 000 pièces issues de restes humains dont la moitié seulement provient d’Europe (37% de France). Cette collection constitue le plus gros ensemble de restes humains d’Europe. Ils ont été principalement collectés au XIXe siècle par des médecins qui avaient des instructions en ce sens, ou par des archéologues. 

#Ötzi #chef kanak Ataï #résistants algériens #têtes maories

Sorte d'entre deux entre la chose et la personne, quel est le statut juridique précis des restes humains ? 

Alain Froment : En droit positif, soit vous êtes une personne, soit vous êtes une chose. Mais quand vous êtes un cadavre, vous n’êtes plus une personne mais vous n’êtes pas tout à fait une chose non plus ! Mais peut-être peut-on s'accommoder de ce flou juridique ? L'essentiel étant que, qu'ils soient anonymes ou pas, les restes humains sont régis par la loi de bioéthique, et à ce titre on leur doit respect et dignité, que ce soit dans le cadre de fouilles archéologiques ou dans la façon de les conserver ou de les montrer. 

Anne Lehoërff : Je pense au contraire que les archéologues d’aujourd’hui ont besoin d'avoir un cadre législatif plus abouti que celui qui existe et qui les oblige à travailler en composant avec pas moins de trois codes différents : le Code civil, le code funéraire et le code du patrimoine. Le clarifier permettrait une meilleure qualité du travail scientifique effectué sur ces vestiges paléoanthropobiologiques.

# Louise de Quengo #bataille du Mans

Le fait que cette question des restes humains soit devenue si sensible aujourd'hui signifie-t-il qu'il faille renoncer à ce type de collection ?

Anne Lehoërff : En effet, si l'on a assisté au cours du XXe siècle à une évolution du regard scientifique porté sur ces vestiges, c'est aujourd'hui une évolution du regard de la société sur la mort et les morts qui rend ces enjeux plus sensibles, que ce soit au sein des collections muséales ou des collections archéologiques.

Alain Froment : Tout reste humain est une archive pour l’humanité. A partir d’une simple dent, on peut raconter quelque chose grâce à son ADN, son usure, ses isotopes, etc. C’est pour cela qu'au Musée de l'Homme - même si l'on en expose peu, seulement deux momies et deux squelettes adultes - on conservera ces vestiges. Parce que les techniques d’étude évoluent, et que l'on ne peut pas préjuger de ce que l’on sera en mesure de faire dans cinquante ans ou cent ans.

#ostéobiographie #odontobiographie #ADN

Bibliographie

  • Marie Cornu, Le corps humain au musée, de la personne à la chose ? Dalloz, 2009

Musiques diffusées

  • Serge Reggiani, L'homme fossile
  • Claude Astier, La squelette
Intervenants
  • Médecin, spécialiste en anthropologie biologique, écologie humaine, épidémiologie de la nutrition et des maladies tropicales. Il a été responsable des Collections d’Anthropologie au Musée de l’Homme à Paris.
  • professeur d'archéologie à l'université de Lille en protohistoire de l'Europe
  • Historienne et sociologue rattachée à l’Université de Bourgogne

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