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La bactérie Yersinia pestis, responsable du virus de la peste
Épisode 3 :

Quelles traces les épidémies ont-elles laissées dans notre ADN ?

52 min
À retrouver dans l'émission

Troisième volet de cette série consacrée aux sociétés confrontées aux épidémies, un focus sur les apports de la paléomicrobiologie dans la compréhension de la transmission du virus de la peste, avec le biologiste Michel Drancourt et les archéo-anthropologues Stefan Tzortzis et Sacha Kacki.

La bactérie Yersinia pestis, responsable du virus de la peste
La bactérie Yersinia pestis, responsable du virus de la peste Crédits : BSIP/UIG - Getty

Comment l’archéologie et la paléobiologie nous aident-elles à comprendre les épidémies du passé ?

Avec Michel Drancourt, médecin et chercheur, spécialiste de paléomicrobiologie, Stefan Tzortzis, archéo-anthropologue, ingénieur d'études au Service régional de l'archéologie de la DRAC-Provence-Alpes-Côte d'Azur et chercheur associé au CNRS et Sasha Kacki, archéo-anthropologue, chercheur au sein du département d’archéologie de l’Université de Durham (Royaume-Uni).

Qu'est-ce que l'anthropologie biologique ?

Elle désigne l’étude biologique des restes humains retrouvés par les archéologues, et consiste à restituer leurs principales caractéristiques biologiques : âge, sexe, informations sur l’état de santé ou l’alimentation. Des données particulièrement importantes lorsque l’on s’intéresse aux épidémies. En effet, étudier les caractéristiques biologiques des individus inhumés dans les sépultures de catastrophes permet de formuler des hypothèses sur le type d’épidémie incriminée comme sur les facteurs qui ont contribué à la mortalité dans ces contextes de crise.                                    
Stefan Tzortzis

#sépultures de catastrophes #peste de Martigues #typhus

Qu'est-ce que la paléomicrobiologie ?

La paléomicrobiologie consiste à établir un diagnostic des maladies infectieuses non pas sur des patients vivants mais sur des restes humains que nous confient les archéo-anthropologues, en particulier à partir d'analyses de la pulpe contenue à l’intérieur des dents d'un squelette. Avec mes confrères, nous avons découvert que cette pulpe contenait une goutte de sang. A partir de là, on peut donc engager les moyens de l'analyse biologique courante et prouver, le cas échéant, que la bactérie Yersinia pestis était bien présente dans le sang d'un individu au moment de son décès.                                                      
Michel Drancourt

#peste antonine #peste de Justinien

La paléomicrobiologie semble rendre caduc ce qu'on avait communément admis au sujet de la peste...

Elle permet plutôt de revaloriser – ou de redécouvrir – des scénarios épidémiologiques délaissés. On a tous en tête par exemple le schéma du rat et de la puce, la seconde transmettant à l’homme la peste du premier. Mais il s'avère insuffisant pour expliquer ses ravages. Quand dans une ville comme Marseille en 1720 par exemple, la mortalité atteint 50% de la population en quelques mois, c’est inimaginable : là, le scénario du rat et de la puce ne tient plus. Il faut aller vers un autre scénario : comprendre que la peste a pu être transmise de personne à personne par des vecteurs beaucoup plus efficaces, les ectoparasites, c’est-à-dire les poux de corps ou les poux de tête.                    
Michel Drancourt

#zoonose #rat #puce #poux #Madagascar #Congo  #Marcel Baltazard

Permet-elle aussi d'écarter d'autres hypothèses communément enseignées à l'école : que le mauvais état sanitaire de populations fragilisées par les guerres expliquait l'hécatombe de la peste de 1348 par exemple ?

En effet, les données accumulées au cours de ces dernières années grâce à la paléomicrobiologie démontrent que les populations européennes du XIVe siècle ne présentaient pas un état de santé particulièrement dégradé. Les raisons de cette mortalité qui a pu atteindre 30%, 50% voire 60% de la population sont à chercher ailleurs. Mais elles ne sont pas non plus du côté de la virulence extraordinaire du virus, comme on l'a longtemps cru. On commence à avoir un certain nombre de génomes complets des souches bactériennes de la peste noire qui montrent son absence de virulence. L'explication de cette mortalité exceptionnelle serait plutôt du côté de la contagiosité du virus, de la rapidité de sa transmission entre personnes, notamment via les ectoparasites.                  
Sacha Kacki 

Bibliographie

Michel Signoli, La peste noire

La peste noireMichel SignoliPUF Que sais-je ? n°4148, 2018

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