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Javier Cercas, Le monarque des ombres (Actes Sud), Stefan Hertmans, Le coeur converti (Gallimard), Spike Lee, BlacKkKlansman

Pogrom médiéval, franquisme et Ku Klux Klan au programme de cette table ronde fiction

53 min
À retrouver dans l'émission

Une table ronde fiction co-animée par Séverine Liatard autour de deux romans de la rentrée : Le monarque des ombres de Javier Cercas et Le cœur converti de Stefan Hertmans et d'un film, "BlacKkKlansman. J'ai infiltré le KKK" de Spike Lee, avec Caroline Douki, Isabelle Heullant-Donat et Pascal Ory.

Javier Cercas, Le monarque des ombres (Actes Sud), Stefan Hertmans, Le coeur converti (Gallimard), Spike Lee, BlacKkKlansman
Javier Cercas, Le monarque des ombres (Actes Sud), Stefan Hertmans, Le coeur converti (Gallimard), Spike Lee, BlacKkKlansman

En ce premier vendredi du mois, retour de la table ronde fiction de La Fabrique de l'histoire qui fera la part belle au cinéma et à la littérature, en compagnie de Caroline Douki, Isabelle Heullant-Donat et Pascal Ory. Au menu de leurs échanges deux romans de cette rentrée littéraire, Le cœur converti de Stefan Hertmans, paru chez Gallimard Le monarque des ombres de Javier Cercas paru chez Actes Sud et BlacKkKlansman. J'ai infiltré le Ku Klux Klan, dernier film du réalisateur américain Spike Lee, Grand Prix au dernier festival de Cannes.

L'avis des critiques

« Je suis la diaspora des choses. » Stefan Hertmans

Caroline Douki : Indépendamment de la reconstitution minutieuse de la société médiévale, Stefan Hertmans déploie un rapport au passé particulièrement suggestif qui montre ce que la littérature peut apporter d’irremplaçable à l’Histoire. Si Javier Cercas pose avant tout des questions morales sur le passé de l’Espagne, Hertmans aborde pour sa part la question des traces du passé à travers une interrogation qui n’est jamais morale mais qui est une interrogation poétique. Il cherche à retrouver le passé par la contemplation poétique des choses et du paysage. Gommant avec son regard tout ce que la civilisation moderne puis contemporaine a ajouté, il décape le paysage et ce qu’il nous donne à voir, c’est presque rien : mais dans ce vide il y un rapport au passé qui est un rapport poétique, qui rend très tangible les temporalités historiques… et l’épopée de ces deux amants qui courent l’Europe au XIe siècle.

#Gueniza du Caire #Monieux #Rouen #Maison sublime

« Un littérateur pourrait répondre à ces questions car les littérateurs peuvent affabuler mais pas moi. L’affabulation m’est interdite. » Javier Cercas

Pascal Ory : Cercas affirme être une sorte d’enquêteur pointilleux sur ce grand-oncle, Manuel Mena, engagé volontairement dans la Phalange, et à la trajectoire fulgurante. Bien sûr, il y a ce regard complexe sur l’histoire politique de l’Espagne, sur la guerre civile mais pas seulement. C’est d’abord un livre sur sa mère. Le monarque des ombres c’est un peu Tout sur ma mère ! On l’appréciera d’autant plus si l’on a lu les précédents dont il constitue une sorte clé de voûte freudienne.

Emmnauel Laurentin : L’œuvre de Cercas se construit dans le temps et ce Monarque des ombres est une sorte d’aboutissement parfait de son travail de romancier d’histoire entamé avec Les soldats de Salamine en 2002.

Spike Lee : "Quand j'étudiais le cinéma, il ne faisait pas de doute pour nos professeurs que Le triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl était un film nazi. Mais quand on nous a montré Naissance d'une Nation, on nous a parlé de Griffith et de son invention du "Film Grammar", mais personne ne nous a jamais parlé des implications politiques et sociales de ce film alors qu’il est précisément responsable de la régénérescence du Klan aux Etats-Unis." 

Séverine Liatard : Ce qui m’a frappée dans le film c’est le montage parallèle de la scène où les membres de cette petite section du KKK de Colorado Springs visionnent ensemble Naissance d'une nation, avec celles qui montrent un vieux militant pour les droits civiques interprété par Harry Belafonte raconter à un public d’étudiants noirs le lynchage de Jesse Washington au Texas en 1916. Spike Lee nous parle bien du racisme qui habite cette nation depuis sa fondation.

Pascal Ory : Je me suis demandé dans quelle mesure Spike Lee ne parle pas de lui à travers le personnage de Ron Stallworth : sans doute se voit-il lui aussi comme un infiltré… dans le système hollywoodien !

Isabelle Heullant-Donat : C’est un film à la fois divertissant, instructif et engagé, dans lequel Spike Lee cherche toutes les alliances possibles pour lutter contre la discrimination raciale et l’actuel président des Etats-Unis. On voit que ce qu’il cherche, ce sont aussi les alliances entre l’anti racisme, l’anti machisme et l’anti homophobie.

Musique diffusée

  • "Sh'ma" mélodie traditionnelle juive du Caire, interprétée par Idan Irelander et The Ahavat Olam.

Chroniques

9H53
3 min

C'était à la une

« Dernières nouvelles des spectacles » (Paris Soir, 27 décembre 1938)

Bibliographie

BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan : Affiche

BlacKkKlansmanSpike LeeUniversal Pictures International France, 2018

Intervenants
  • Maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université Paris 8 (Vincennes-Saint-Denis), spécialiste de l’histoire des migrations internationales aux XIXe et XXe siècles
  • historienne, professeur en histoire du Moyen Âge à l'Université de Reims-Champagne Ardenne
  • professeur émérite d’histoire à la Sorbonne

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