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1915, le réalisateur américain Mack Sennett invente le genre cinématographique de la "California slapstick", comédies dans lesquelles il met en scène ses "Bathing Beauties" sur les plages californiennes
Épisode 1 :

Du sable entre nature et culture : la plage

53 min
À retrouver dans l'émission

La plage, espace naturel par définition ? Pourtant, à Paris, à Londres comme à New York, aménager une étendue de sable pour le loisir des citadins est l'une des dernières tendances d’un urbanisme qui entend implanter le divertissement au cœur des métropoles. Mais l'urbeach est-elle encore une plage?

1915, le réalisateur américain Mack Sennett invente le genre cinématographique de la "California slapstick", comédies dans lesquelles il met en scène ses "Bathing Beauties" sur les plages californiennes
1915, le réalisateur américain Mack Sennett invente le genre cinématographique de la "California slapstick", comédies dans lesquelles il met en scène ses "Bathing Beauties" sur les plages californiennes Crédits : Hulton Archive - Getty

Si les historiens ont été nombreux à se pencher sur l’histoire de l’émergence des parcs urbains, ils se sont peu intéressés au phénomène des plages urbaines. Emmanuel Laurentin s'entretient avec Elsa Devienne, maîtresse de conférence en études nord-américaines à l'Université Paris-Nanterre, qui a travaillé notamment sur l’histoire sociale et environnementale des plages de Los Angeles au XXe siècle.

La plage un objet d’études situé aux confins de l’histoire culturelle, économique, sociale, mais aussi de l’histoire environnementale et de celle des techniques ?

Elsa Devienne : J’ai voulu dans mon travail de thèse proposer un prolongement XXèmiste à l’histoire des plages qu’a écrite Alain Corbin, Le territoire du vide, L’Occident et le désir de rivages. Alain Corbin finissait son ouvrage en 1840 avec l’invention de la plage, c’est-à-dire l’apparition d’une représentation qui transforme le fait de se rendre sur la plage en un plaisir alors que jusque là la plage n’était vue que comme le lieu morne de la grève, un lieu isolé, lointain, effrayant, celui des naufrageurs, du déluge, etc. La plage n'est pas un espace naturel qui serait doté d'une quelconque fixité, au contraire elle est à partir du XXe siècle un territoire social qui se transforme en fonction des attentes et des exigences nouvelles de la société.

Les plages ont donc une histoire ? 

Elsa Devienne : Si l'on regarde l'exemple de Los Angeles sur lequel j'ai travaillé, on associe aujourd'hui spontanément la ville à Alerte à Malibu et à Pamela Anderson. Pourtant, Los Angeles est au départ une ville continentale, située à 25 km de la mer. Ce n’est qu’au XXe siècle que les élites locales vont vouloir se détacher d’un centre urbain devenu trop petit, et que la décision va être prise de planifier un étalement vers la mer. Cela correspond à un mouvement culturel d’un certain retour à la nature qui voit les élites souhaiter accéder au privilège de vivre près de la mer, tout en pouvant rejoindre la ville en tramway. Ainsi, les fameuses plages de Los Angeles se révèlent aussi peu "naturelles" que celles de Paris Plage ! Elles sont le produit de constructions urbanistiques, de rechargements artificiels en sable qui ont été faits dans l’immédiat après-guerre. A la fin du XIXe siècle, les plages de Los Angeles font entre 30 et 40 m de large, aujourd’hui elles font plus de 150 m de large, elles abritent des parkings, des maisons, et même des autoroutes ! C’est cela qui m’a intriguée. Comment cela a-t-il pu arriver ? Quels ont été les motifs, et les coûts, de cette transformation ?

Il a donc été question à un moment de l'histoire d'administrer le sable ?

Elsa Devienne : En effet. Cette "ruée vers le sable" va se traduire d'abord par une multiplication des clubs de plages privés dans les années 1920 dans lesquels se pressent toute la bonne société californienne comme les premières stars hollywoodienne. Un "lobby des plages" se crée alors, à l’initiative de propriétaires privés, d'urbanistes, de scientifiques et d'administrateurs locaux qui, ignorant de certaines réalités physiques des océans, se trouvent confrontés aux conséquences qu'entraînent la construction de ports de plaisance et de brise-lames notamment en matière d'érosion. Ils vont se rendre compte que des plages entières peuvent disparaître en quelques mois, comme ce fut le cas de la plage de la station balnéaire de Santa Barbara qui disparut totalement en 1936. Ce lobby s'est rapidement transformé en association pour demander à l’état de Californie une prise en compte à l'échelle fédérale du fonctionnement des marées, des courants sédimentaires, etc. Ce mouvement va essaimer au niveau national : une grande association des plages et des littoraux va être fondée en 1926. Mais c’est pourtant en Californie du sud qu’est née cette prise de conscience que la plage est à elle seule une infrastructure, qu’elle doit être préservée. Ce mouvement est concomitant avec l’essor des premiers mouvements environnementalistes : on se pose à cette époque pour la première fois la question de l’érosion des plages, mais aussi de leur pollution.

Intervenants
  • Chercheuse à Northumbria University, ancienne maîtresse de conférence en histoire et civilisation américaine à l’université Paris X – Nanterre.
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