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Épisode 2 :

Habiter le désert

53 min
À retrouver dans l'émission

De Sijilmassa à Tombouctou, en passant par les oasis de Kharga et Dakhla en Egypte, La Fabrique invite à parcourir les routes qui traversent le "Grand aride", le "Big Dry", du Néolithique à l'empire Songhaï, et à déconstruire au passage quelques idées reçues sur ce qu'habiter le désert veut dire.

Crédits : The Print Collector - Getty

Le désert de sable, un espace dépeuplé, caractérisé par une morne aridité, un "territoire du vide" ? Un espace solide ou liquide ? Un espace fluide irrigué d’un vaste réseau de routes ? Les espaces sahariens sont-ils tous similaires ? Les oasis se ressemblent-elles ? Peut-on faire naufrage dans le désert ? Comment s’y orienter ? Voici quelques unes des questions qu'Emmanuel Laurentin posera à ses trois invités, Gaëlle Tallet, maîtresse de conférences en histoire grecque à l’Université de Limoges et directrice de la Mission archéologique d'El-Deir (oasis de Kharga, Égypte), Abdel Wedoud Ould Cheikh, anthropologue, professeur émérite de l'université de Lorraine, spécialiste de la Mauritanie, et Michel Barbaza, professeur émérite d’archéologie à l’Université de Toulouse. 

Le désert, un espace fluide ? Si on coupe une route, la circulation reprend ailleurs ?

Abdel Wedoud Ould Cheikh : L’image de l’Internet est une bonne image pour décrire le Sahara. Ces espaces sont en réalité très connectés : la circulation des informations est très rapide - si un poème est dit du côté de Goulimine (Guelmim) dans le sud du Maroc, il est connu deux jours plus tard dans l’extrême sud-est de la Mauritanie - les modes s’y propagent rapidement, comme on le voit avec la mode du Melhfa, un vêtement que porte les femmes maures dans l’espace ouest-saharien. Quand un tronçon de ce réseau de mouvements caravaniers s’éteint en raison une épidémie, d’une sécheresse ou d’une guerre, il renaît ailleurs.

Gaëlle Tallet : Dans l'Antiquité, il n’y a pas de traversée directe du désert mais tout un réseau d’oasis qui fonctionnent comme des entrepôts, des lieux d’accueil où l’on s'arrête pour décharger sa caravane, où l’on vend ou acquiert de nouvelles denrées : c’est une circulation complexe, qui ne traverse pas forcément le désert d'un bout à l'autre. Et l'on est frappé par la sophistication de la culture qui se déploie dans ces oasis égyptiennes, notamment dans ces riches villas romaines avec des peintures à fresque qui à la fois témoignent d'une appartenance très connectée à l’empire romain - une intégration que l'on exhibe en utilisant la même céramique sigillée que partout ailleurs dans l’empire - et en même temps la revendication que l’on reste saharien, au travers d'une série de motifs et de thématiques qui apparaissent dans l’art de ces villas et qui sont proprement égyptiens ou libyens.

Michel Barbaza : Cette importance des réseaux et de la communication est un phénomène déjà attesté dès 5 000 ans avant notre ère. Dans ce Sahara néolithique, on a la preuve que des récits mythologiques circulaient déjà entre des populations pourtant très éloignées. Dans l'art rupestre saharien, on retrouve ainsi des thèmes similaires : comme par exemple ces bœufs gravés dans la pierre, typiques du style bovidien et que l'on retrouve dans l’ensemble du Sahara, et jusque dans le nord de la Mauritanie.

Awdaghust est une grande ville, bien fréquentée, dans les sables. Une grande montagne sans vie et sans végétation la domine. On y trouve une grande mosquée et de nombreux oratoires de quartier, bien fréquentés. Dans tous, on y trouve des maîtres du Coran. Autour de la ville, on trouve des jardins de dattiers, où on cultive le blé à la bêche. On arrose avec des seaux en cuir. Seuls les princes et les gens de qualité se nourrissent des produits de ces jardins. Le reste de la population mange du mil. Les concombres réussissent bien chez eux. On y trouve des figuiers de petite taille ainsi que des pieds de vigne. La culture du henné produit beaucoup. La ville possède des puits d’eau douce. L’élevage des bœufs et des moutons est des plus prospères On y trouve beaucoup de miel qu’on importe du pays des Soudans. Les gens vivent bien et sont riches. Al-Bakri, géographe et historien de l'Hispanie musulmane (circa 1014-1094)

Les textes, lus par Nathalie Kanoui, sont extraits de :

  • Strabon, Géographie, XVII, 3 (La Libye)
  • Ibn Battûta, Voyages. De l'Afrique du Nord à La Mecque (1352)
  • al-Bakrî, De Draa et Sijilmassa à Awdaghust
  • Wilfred Thesiger, Le désert des déserts, Plon (1959)

Liens

Bibliographie

Intervenants
  • archéologue, professeur émérite à l'Université de Toulouse
  • , anthropologue, professeur émérite de l'université de Lorraine, spécialiste de la Mauritanie
  • maîtresse de conférences en histoire grecque à l’Université de Limoges

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