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L'historien Jules Michelet (1798-1874) / Manet, L'Olympia 1863 (détail)
Épisode 17 :

Jules Michelet, le bal Blomet et la présence noire en France, du XVIIIe siècle à nos jours

52 min
À retrouver dans l'émission

Ce vendredi, actualité éditoriale avec la parution de l'oeuvre de Jules Michelet en Pléiade et la sortie du nouveau numéro du magazine L'Histoire qui consacre son dossier à 200 ans de relation entre la France et sa part noire.

L'historien Jules Michelet (1798-1874) / Manet, L'Olympia 1863 (détail)
L'historien Jules Michelet (1798-1874) / Manet, L'Olympia 1863 (détail) Crédits : Universal History Archive/UIG/DeAgostini - Getty

Première partie 

Publiée dans la Pléiade une première fois il y a 67 ans, L'histoire de la Révolution française, l'œuvre-phare de Jules Michelet revient dans la prestigieuse collection de Gallimard dans une édition entièrement revue, sous la direction de Paule Petitier, professeur de littérature à l'Université de Paris 7 - Denis Diderot. Cette nouvelle édition reproduit le texte de l'édition originale parue en sept volumes entre 1847 et 1853. A cette occasion, Emmanuel Laurentin s'entretient avec Paule Petitier de cette œuvre qui a connu une postérité spectaculaire, éclipsant celles des autres historiens du XIXe siècle, et allant jusqu'à devenir, après la mort de son auteur en 1874, le catéchisme de la Révolution française prêché par la IIIe République.

La Révolution française pour Michelet n'est pas seulement un événement ou une transition entre deux régimes. C'est le nom d'une dynamique d'universalisation, avec l'idée que les temps démocratiques seraient ceux d'une évolution perpétuelle vers la justice et la cité universelles, avec l'intégration de nouvelles populations ou catégories. La Révolution, c'est le nom de l'ère dans laquelle nous vivons et qui continue de nous travailler. Paule Petitier

Tout à l'heure, il sera trop tard. Le travail d'extermination se poursuit rapidement. En moins d'un demi-siècle, que de nations j'ai vu disparaître! [...] Où sont nos autres amis, les Indiens de l'Amérique du Nord, à qui notre vieille France avait si bien donné la main? hélas ! je viens de voir les derniers qu'on montrait sur des tréteaux... [...] puisse la France sentir à temps que notre interminable guerre d'Afrique [Algérie] tient surtout à ce que nous méconnaissons le génie de ces peuples; nous restons toujours à distance, sans rien faire pour dissiper l'ignorance mutuelle, les malentendus qu'elle cause. Ils ont avoué l'autre jour qu'ils ne combattaient contre nous que parce qu'ils nous croyaient ennemis de leur religion, qui est l'Unité de Dieu; ils ignoraient que la France, et presque toute l'Europe, eussent secoué les croyances idolâtriques qui pendant le Moyen Age ont obscurci l'Unité. Bonaparte le leur a dit au Caire; qui le redira maintenant ? Le brouillard se lèvera un jour ou l'autre entre les deux rives, et l'on se reconnaîtra. L'Afrique, dont les races se rapprochent tellement de nos races du Midi, l'Afrique que je reconnais parfois dans mes amis les plus distingués des Pyrénées, de la Provence, rendra à la France un grand service ; elle expliquera en elle bien des choses qu'on méprise et qu'on n'entend pas.

  • Jules Michelet, Le Peuple, Paulin, 1846

Seconde partie

Qui est la servante aux bras chargés de fleurs derrière l’Olympia de Manet ? Maria l’Antillaise photographiée par Nadar ? La Jeanne Duval de Charles Baudelaire ? Ou encore Joseph, acrobate originaire de Saint-Domingue, peint par Chassériau, Ingres et Géricault ? Qui sont ces noirs invisibles ou presque, souvent en arrière-plan ou dans la pénombre, mais si présents pourtant dans toute la peinture du XIXe siècle ? Ils sont les témoins muets d’une histoire longue : celle qu’entretient la France depuis 350 ans avec la part noir de sa population, une histoire indissociable de l’histoire de la traite et de l’esclavage mais qui est bien loin de se résumer à elle...

Emmanuel Laurentin et Valérie Hannin, rédactrice en chef du magazine L'Histoire, s'entretiennent avec Pap N'Diaye, historien, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris.

L'Histoire, mars 2019
L'Histoire, mars 2019

Pap N’Diaye : Au début du XXe siècle, la société française est certes plus accueillante à l’égard de sa population noire que la société américaine. Des soldats noirs américains de la Première Guerre mondiale décident d’ailleurs de rester en France après 1918 pour échapper à la rigueur de la ségrégation, et en particulier aux lynchages qui se multiplient à partir de 1919. Donc en comparaison avec les Etats-Unis, il y a bien sûr un air de liberté pour les Noirs en France dans la société de l’entre-deux guerres, une fluidité dans les relations sociales. Pourtant, au-delà de la négrophilie que l’on observe à partir de 1925, dans les arts du spectacle avec la figure de Joséphine Baker qui est une immense vedette – il faudra attendre le rock’n’roll des années 60 pour retrouver une telle passion autour d’une artiste, dans la peinture – on sait l’influence que les arts africains ont eu sur l’art moderne, mais aussi au travers du phénomènes des bals comme le bal Blomet, il y aussi une réalité plus terne : celle d’un prolétariat noir des grandes villes  – les dockers de Marseille ou le petit monde noir et métis de Paris  –  qui lui affronte quotidiennement des formes moins violentes que le racisme américain mais qui relèvent de discriminations très forts dans le monde du travail en particulier.

Emission en partenariat avec le magazine L'Histoire.

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Intervenants
  • professeure de littérature française à l'université Paris 7 - Denis Diderot.
  • Historien, spécialiste de l'histoire des États-Unis
  • Directrice de la rédaction du magazine L'Histoire
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