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Soldat français dans le camp de réfugiés tutsi de Nyarushishi (Gisenyi, Rwanda), 24 juin 1994
Épisode 27 :

25e anniversaire du génocide rwandais // Et côté fiction, le crépuscule de l'empire austro-hongrois, de l'Aéropostale et d'un champion olympique oublié

52 min
À retrouver dans l'émission

A l’occasion des commémorations liées au 25e anniversaire du génocide des Tutsi au Rwanda, le Président de la République doit annoncer aujourd'hui la constitution d’une commission d'historiens qui aura pour mission d'étudier les archives relatives au rôle joué par la France au Rwanda.

Soldat français dans le camp de réfugiés tutsi de Nyarushishi (Gisenyi, Rwanda), 24 juin 1994
Soldat français dans le camp de réfugiés tutsi de Nyarushishi (Gisenyi, Rwanda), 24 juin 1994 Crédits : Scott Peterson/Liaison - Getty

Actualité. France/Rwanda : quand la composition d’une commission d'enquête fait débat

A l’occasion des commémorations liées au 25e anniversaire du génocide des Tutsi au Rwanda, le Président de la République doit annoncer aujourd'hui la constitution d’une commission d'historiens qui aura pour mission d'étudier les archives relatives au rôle joué par la France au Rwanda. Or la composition de cette commission suscite déjà la polémique. Plus de 300 universitaires, enseignants et intellectuels ont signé une pétition pour dénoncer le fait que certains historiens spécialistes du Rwanda en auraient été écartés. L'historien Christian Ingrao, l'un des initiateurs de cette pétition intitulée "Le courage de la vérité", revient sur les enjeux que soulève la composition d'une telle commission.

Christian Ingrao : Pour moi, c’est le principe même de l’éviction qui est choquant. Cela donne un très mauvais signal, l’impression qu’en France on traite encore ce sujet par-dessus la jambe, comme un dossier géré au gré des circonstances, des rencontres. Il n’y a sans doute pas eu de réelle volonté d’évincer de cette commission Stéphane Audoin-Rouzeau et Hélène Dumas, deux excellents spécialistes du Rwanda et des violences de masse, mais une décision nonchalante, qui relève de l’ordre de la facilité. Or ce n’est pas ainsi qu’on gère un problème aussi grave que la mémoire d’un million de victimes et le deuil de 5 à 6 millions de personnes. C’est cette position de principe qui a motivé la rédaction du texte de cette pétition.

Une série TV peut-elle réhabiliter Catherine de Médicis  ?

Aux derniers Rendez-vous de l'Histoire de Blois en octobre dernier, une dizaine d'historiens et de scénaristes ont commencé à imaginer une série pour la télévision consacrée à Catherine de Médicis, reine qui souffre d'une image quelque peu ternie. Avant la diffusion prévue en 2021, Marjolaine Boutet vient raconter en avant-première les coulisses de l'écriture d'une série « shakespearienne » au parfum de Rois maudits !

Catherine de Medicis (1519-1589).
Catherine de Medicis (1519-1589). Crédits : The Print Collector - Getty

Et comme chaque premier vendredi du mois, la table-ronde fiction de La Fabrique...

Ce vendredi, Emmanuel Laurentin et Victor Macé de Lépinay entourés des historiens Anaïs Albert, Caroline Douki et Pascal Ory évoquent le roman de Fabrice Colin Le mirage El Ouafi, la bande-dessinée de Simon Roussin Xibalba et "Sunset", le dernier long-métrage du réalisateur hongrois László Nemes : trois œuvres qui entretiennent un "rapport distendu avec l’intelligence historique" selon Pascal Ory.

Budapest, 1913

Après Le Fils de Saul, Grand prix du Festival de Cannes en 2015, László Nemes revient avec un second long-métrage qui, au travers du personnage d'Irisz Leiter, une jeune orpheline à la recherche de ses origines, retrace les prémisses de la Première Guerre mondiale en Europe de l'Est.

Anaïs Albert : La question de László Nemes ici c’est celle de l’origine la violence, voire du mal. Irisz Leiter cherche à comprendre l’histoire de sa famille, notamment à travers le caractère violent de son frère. Sunset déploie d’abord un premier récit selon lequel la violence du peuple répondrait à la perversité des élites. Mais cette opposition simpliste peuple/élites va se dissoudre dans le dernier tiers du film dans lequel il devient impossible de discerner quel récit - le peuple, violent par nature, ou du fait des élites perverties ? - l’emporte. Et le flou des plans enveloppe très justement un personnage perdu dans sa quête, qui va jusqu’à dire à son médecin « Aidez-moi à y voir clair ». 

László Nemes, Sunset
László Nemes, Sunset

Boughera El Ouafi, premier champion olympique français (1898-1959)

Le 5 août 1928, aux Jeux olympiques d’Amsterdam, le marathonien Boughera El Ouafi rapporte à la France son unique médaille d’or. Plus personne ne s’en souvient... Démêler la légende, revenir aux documents, et raconter l’histoire : tel est le projet que s'est fixé Fabrice Colin avec ce roman.

Pascal Ory : Avec cette phrase heureuse « Les 2h30 de sa course sont de son existence ce que l’on connaît de mieux de sa vie » on aurait pu s'attendre à ce que El Ouafi devienne cet "inconnu" semblable à ce qu'a été Louis-François Pinagot pour Alain Corbin. Sauf qu’ensuite, c'est d’autobiographie, et de Fabrice Colin, dont il est question. Le mirage El Ouafi reste un non-roman dont l’auteur est un romancier, et dont la fin est romanesque sur de nombreux plans, en particulier pour ce qui concerne la guerre de 1914-18.

Caroline Douki : Je trouve au contraire qu'il pose des questions qui sont celles de l’historien : pourquoi El Ouafi n’a-t-il laissé aucune trace dans les archives, dans la mémoire sportive ni nationale ? Grâce à ce roman, on comprend que sa trajectoire mémorielle est très différente des destinées heurtées des champions habituellement décrites par la fiction. Ici on n’a pas le récit d’une ascension, puis d’une chute, mais celui d’une non-ascension. En effet, dès sa victoire, El Ouafi est mis hors-jeu puisque tous les journaux expliquent que ce n’est pas vraiment lui qui a gagné cette médaille olympique mais un corps « naturalisé », et donc à travers lui les bienfaits de la colonisation. On voit comment cet homme se trouve d’emblée privé d’avenir sportif : les médias ne le laissent pas accéder à une aura d’athlète, devenir un héros. Parce qu’il est un subalterne, un ouvrier immigré, un Algérien dans un système de pensée colonial.

Fabrice Colin, Le mirage El Ouafi, Anamosa
Fabrice Colin, Le mirage El Ouafi, Anamosa

Venezuela, 1932. La légende de l'Aéropostale s'éteint dans la jungle...

1932, au Vénézuela comme ailleurs, les lignes ferment les unes après les autres, malgré l’audace des derniers pilotes… Porté par une ligne claire, modulé par une éclatante bichromie, Xibalba raconte l'amitié entre Eddie et André, deux têtes brûlées. Nourri par Chaland autant que par Howard Hawks, Simon Roussin s’enfonce dans la psyché de ces deux amis qui ne savent rien faire d'autre que voler, et dont l'Aéropostale est la dernière raison de vivre.

Victor Macé de Lépinay : Xibalba ressemble plus à un polar à la Agatha Christie, une sorte de Cluedo dans la jungle, qu’à une fiction historique à proprement parler : le merveilleux arrive très vite puisque Xibalba désigne le monde souterrain où reposent les morts en langue maya.

Caroline Douki : En effet, tout en restant dans les codes du récit d’aventures, Simon Roussin nous entraîne rapidement dans un univers fabuleux, surprenant, magique, avec un jeu constant entre histoire et imaginaire. Il abandonne explicitement toute volonté de « faire vrai » au profit de celle de faire rêver : il y a dans Xibalba des ruines camouflées sous les lianes, des trésors, des croyances magiques et des fantômes. Et cette manière d’utiliser l’histoire comme la matière d’une fantaisie onirique, poétique est captivante.

Simon Roussin, Xibalba, éditions 2024
Simon Roussin, Xibalba, éditions 2024

Musiques diffusées

  • Béla Bartók, Danses populaires roumaines (Danse de la ceinture), Sherban Lupu, violon, Ian Hobson, piano 
  • Tenareze, « Latecoère »
  • John Beebwa, « Urakaza neza »

Bibliographie

"Sunset" (Ad Vitam, 2019)

SunsetLászló NemesAd Vitam, 2019

Intervenants
  • chercheuse associée au centre d’histoire du XIXème (Paris I-Paris IV), docteur en histoire contemporaine (histoire de la consommation)
  • Maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université Paris 8 (Vincennes-Saint-Denis), spécialiste de l’histoire des migrations internationales aux XIXe et XXe siècles
  • professeur émérite d’histoire à la Sorbonne
  • Maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université de Picardie-Jules Verne
  • historien, chargé de recherches au CNRS, auteur de Croire et détruire. Les intellectuels dans la machine de guerre SS (Fayard).

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