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Épisode 35 :

Table-ronde fiction : Marie Stuart, saga familiale en Nouvelle-Zélande, et liberté brute

53 min
À retrouver dans l'émission

Au menu de cette dernière table-ronde fiction de l'année, un roman, une bande-dessinée et une pièce de théâtre.

Emmanuel Laurentin et Séverine Liatard sont aujourd'hui en compagnie de Caroline Douki, Pascal Ory et Clyde Plumauzille pour nous parler de "Mary said what she said" mis en scène par Robert Wilson au théâtre de la ville, avec Isabelle Huppert ; Enferme-moi si tu peux, la bande-dessinée de Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg (Casterman) ; et du roman de Fiona Kidman Comme au cinéma, chez Sabine Wespieser éditeur. 

Théâtre : Marie Stuart contre l'histoire

"Le toujours inventif Robert Wilson offre à la grande Isabelle Huppert le trône de Mary Reine d’Écosse, la souveraine qui, à cause de ses passions, perdit sa couronne. Mary est une femme qui a combattu les forces de l’histoire pour contrôler son destin. La veille de son exécution, elle lutte, encore ; elle lutte cherchant la voix pour interpeller la justice céleste. Elle écrit l’histoire. Il y eut son enfance à la cour de France. Puis un veuvage prématuré mit un terme à sa danse. Elle se souvient. Elle avait regagné l’Écosse. Braver la captivité était sa nature. Elle voulait un homme fort. C’est le commencement. Elle se marie, a un fils, et le meurtre survient. Rien n’est plus pareil, la vie prend un autre rythme. Catholiques, Protestants, Mary, Elizabeth, L’Amour, La Mort. Fuir était son destin et c’est ainsi que son règne prit fin. Elle n’essaya pas d’avoir la vie sauve. Elle tenta de se perpétuer. À son dernier matin, Mary Reine d’Écosse était vêtue de rouge" - Darryl Pinckney, auteur de "Mary said what she said".

Je trouve ce spectacle envoûtant précisément parce que c'est un spectacle total, qui conjugue de manière remarquable les ressources qu'offrent le texte, l'espace, la lumière, la musique, la voix, le corps de l'actrice. Ce long monologue est captivant par ce qu'il dit et par le remarquable travail de sculpture de la parole et de la voix : Isabelle Huppert sculpte le texte, martèle les mots quand il s'agit de suggérer le ressassement de la femme de pouvoir vaincue ; elle projette des phrases de manière très tranchante quand il s'agit de montrer cette femme qui ne capitule pas et qui se bat pour sa postérité ; elle psalmodie et crie quand il s'agit de suggérer la révolte et la terreur face à la mort. [...] Cette pièce évoque aussi des aspects intimes des passions d'une femme de pouvoir : dans son monologue Marie Stuart détaille des sentiments, des impressions, des souvenirs de sensorialité, ce qui pour les historiens, pour l'histoire des mentalités est un enjeu important. Caroline Douki

Bande-dessinée : Mains liées, esprits libres

"Entre la fin du XIXe et le milieu du XXe siècle, femmes, pauvres, malades et fous n’ont aucun droit. Parmi eux, Augustin Lesage, Madge Gill, le Facteur Cheval, Aloïse, Marjan Gruzewski et Judith Scott sont enfermés dans une société qui les exclut." Ces femmes et ces hommes absolument enfermés par la société parviennent pourtant à être absolument libres.

J'ai été très senisble à cette bande-dessinée, peut-être plus au dessinq u'au texte, qui arrive çà réunir sans faire effet catalogue une communauté de destins, des individus qui viennent d'espaces différents qui ont réussi à s'affranchir du périmètre imposé de leurs existence. On brise l'enfermement, qu'il soit physique ou mental et social. Ces planches arrivent à montrer la désaliénation de ces individus, le point de bascule, le déclic de ces individus qui se font artistes pas nécessité vitale. C'est aussi un point de rupture dans la restitution graphique de leur trajectoire, avec un art brut qui est un art libéré, qui invente de nouvelles formes. C'est là la puissance de la BD pour restituer cet art hors norme. Clyde Plumauzille

Roman : une saga familiale au coeur de la société néo-zélandaise

"Quand Irene Sandles, une jeune bibliothécaire dont le mari aviateur est mort sur le front, quitte Wellington en 1952 avec sa petite fille, Jessie, pour aller travailler dans les champs de tabac, elle espère un nouveau départ. Elle, que les questions matérielles avaient contrainte de retourner chez ses parents à la fin de la guerre, compte bien désormais mener sa vie librement. Mais, alors que l'homme dont elle vient de tomber amoureuse meurt accidentellement, le choix de la raison s'impose. Sa décision d'épouser en deuxièmes noces le gérant de la plantation, l'étrange Jock Pawson - parce qu'elle le perçoit comme « un portail d'accès à la sécurité » - , pèsera sur toute sa descendance, long- temps après la disparition précoce d'Irène en 1963.
Si Jessie, dix-huit ans au moment du décès de sa mère, a déjà fui le domicile familial, les autres enfants Pawson subissent, eux, la désastreuse présence de leur marâtre, qui a eu tôt fait de prendre possession de leur maison, brûlant, dès son arrivée, et avant même les obsèques d'Irene, ses effets personnels dans l'incinérateur mitoyen.
À jamais soudés par un destin contraire, les quatre membres de la fratrie vont alors, chacun à sa manière, par la fuite ou la rébellion, tenter de se frayer un chemin dans l'existence." - 4ème de couverture

Cette composition cinématographique est très intéressante. Belinda, l'une des personnages, est documentariste : il y a  une forme de résonance entre la composition du roman et ce protagoniste, celui qu'on suit le plus, par cette composition en séquences, en épisodes, qui lient à chaque fois un arc narratif et un rappel historique et sociologique extrêmement bien mené, même quand on ne connait rien à l'histoire de la Nouvelle-Zélande. On retrouve cette panique morale qu'éprouvent les néo-zélandais dans les années 1950 à l'égard de leur jeunesse ; le drame de cette condition féminine qui près de 80 ans après avoir obtenu le droit de vote se bat pour l'égalité salariale et contre la domination masculine ; les réponses rebelles qu'ont pu apporter les femmes dans des formes de subversion quotidienne qui peuvent même se passer dans l'imagination, dans le dialogue intérieur des protagonistes ; la question du nucléaire avec l'affaire du Rainbow Warrior... et bien sûr cette question des ségrégations raciales et nationales qui est abordé de façon très subtile. Clyde Plumauzille

Extraits diffusés : - Extrait d'Isabelle Huppert dans « Mary said what she said »
- Montage de « Art brut hommage à Marcel Landreau » de René Lussier et d'un extrait de reportage sur une exposition consacrée au facteur Cheval dans la matinale de France Musique du 09/06/2015
- Montage d'archives de Antenne 2 sur les essais nucléaires et les manifestations anti raciales en Nouvelle Zélande  (29/08/1981 et 08/09/1995)
- « Morning dreams » par Ladyhawke
- « Poatarau Maori » par Ana Hato

Chroniques

9H53
5 min

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Bibliographie

Comme au cinémaFiona KidmanSabine Wespieser éditeur, 2019

Intervenants
  • Secrétaire générale et chercheuse du LabEx, Ecrire une Histoire Nouvelle de l'Europe.
  • professeur émérite d’histoire à la Sorbonne
  • Maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université Paris 8 (Vincennes-Saint-Denis), spécialiste de l’histoire des migrations internationales aux XIXe et XXe siècles

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