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L'écrivain italien Primo Levi chez lui à Rome en janvier 1986, Italie.
Épisode 1 :

Que nous apprend le témoignage ?

52 min
À retrouver dans l'émission

Alors que la "littérature de témoignage" s'est constituée en véritable genre, la question se pose. Pourquoi, pour qui écrit-on un témoignage ? A-t-il une langue, une forme, des savoirs spécifiques ? Un tel récit est-il seulement un témoignage pour celui qui l'écrit, ou un texte comme un autre ?

L'écrivain italien Primo Levi chez lui à Rome en janvier 1986, Italie.
L'écrivain italien Primo Levi chez lui à Rome en janvier 1986, Italie. Crédits : Gianni GIANSANTI/Gamma-Rapho - Getty

Premier volet de cette série consacrée au témoignage, nous recevons aujourd'hui Judith Lyon-Caen, maîtresse de conférences au Centre de recherches historiques de l'EHESS, établissement où elle tient aussi depuis plusieurs années avec Frédérik Detue et Charlotte Lacoste le séminaire "Savoirs du témoignage". Elle est aussi l'autrice du très remarqué de La Griffe du temps. Ce que l’histoire peut dire de la littérature paru chez Gallimard cet hiver. 

Le témoignage se pense-t-il seulement comme tel ? Et si ce n'est pas toujours le cas, qui le désigne comme un témoignage, comme un récit à valeur informative sur un événement, et par quels processus, et selon quels critères ? La question est vaste, elle touche à des événements nécessairement très divers - de la Shoah au génocide Rwandais - mais elle est d'autant plus cruciale que la "littérature de témoignage", ou "littérature documentaire", se constitue désormais comme un genre à part entière. Aux yeux de Judith Lyon-Caen, il serait peut-être plus pertinent d'envisager ces écrits comme des événements à eux seuls, et pas simplement comme des sources sur un événement...

Dans la dernière nouvelle des Diaboliques, "La vengeance d'une femme", Barbey d'Aurevilly se souvient d'une ville - le Paris à la fin du règne de Louis Philippe, mais aussi dans son écriture de la manière dont la littérature à ce moment-là à constitué Paris en grand texte à lire, le "Paris capitale du XIXème siècle". Barbey d'Aurevilly traverse par son écriture toute une série de strates de mises en écriture de la ville qui existaient déjà. C'est une sorte d'exercice historique dans la forme littéraire elle-même. Il me semblait que c'était là ce que pouvait apporter le regard historien sur le texte littéraire, et ce que la littérature pouvait apporter à la compréhension de la ville du XIXème siècle dans son rapport à l'écriture. Judith Lyon-Caen

Il y a un recours à la forme poétique considérable lors de la Grande Guerre. Ces cohortes alphabétisées, passées par un système scolaire qui formait à l'apprentissage et à la mémorisation de la littérature (souvent identifiée à la poésie et au roman), ces milliers d'individus donc confrontés à l'expérience de l'éloignement, de la guerre, du froid, de la souffrance vont s'emparer de ces ressources scripturaires pour exprimer ce qui leur arrive. Là ce qui est à disposition, c'est pour les uns Zola, d'autres Lamartine, pour d'autres des formes de poésie plus avant-gardistes... Cette place de la littérature dans la Grande Guerre est absolument fascinante. Lorsqu'un poilu compose une poème "de tranchée", il témoigne à la fois de son expérience mais aussi du geste même qui consiste à écrire et à recourir à une forme dans ce moment-là. C'est bien une attention au fait que le témoignage comme geste, comme forme de recours à l'écriture fait partie de l'expérience historique et qu'on ne peut pas lire tel poème ou telle lettre uniquement pour son contenu, mais pour ce qu'il est en tant que tel, c'est-à-dire comme la trace de ces interstices de la guerre où l'on écrit. Judith Lyon-Caen

Le terme de 'littérature de témoignage" a pour avantage de ne pas décider d'avance dans quelle forme l'individu qui produit un texte témoigne de ce qu'il a vécu. si on parle du "genre testimonial", on ferme la focale et on décide que ne relève du témoignage qu'un certain type d'écrits. Alors qu'avec la littérature de témoignage on peut parler de poèmes, je pense aux les poèmes du ghetto de Varsovie comme ceux de Szlengen qu'il appelle lui-même "poèmes-documents", ou des recours à la fiction puisque certains survivants de la Shoah ont écrit pour raconter ce qu'ils avaient vécu des romans, en construisant des personnages-types un peu dans une veine balzacienne. C'est vrai que notre attente a été beaucoup configurée par certains grands textes qui sont devenus des textes canoniques du témoignage, Robert Antelme et L'espèce humaine dont Pérec a dit qu'il avait révolutionné le rapport à la vérité de la littérature, ou évidement le texte de Primo Levi Si c'est un homme. Les formes sont extrêmement variées : Charlotte Delbo, quant à elle, écrit des pièces de théâtre et d'autres textes beaucoup plus sociologiques. Judith Lyon-Caen

Bibliographie

Intervenants
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