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Graffiti réalisé par les graffeurs Zag et Sia d'après La liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix, Paris, mars 2016
Épisode 3 :

De 1794 au Directoire : une Terreur ou plutôt des terreurs ?

53 min
À retrouver dans l'émission

Quelles sont les interprétations les plus récentes des tribunaux révolutionnaires qui ont marqué la période de la Terreur et du Directoire ? Tel sera le coeur de ce débat historiographique, 3e volet de notre série consacrée aux (re)lectures contemporaines de l'histoire de la Révolution française.

Graffiti réalisé par les graffeurs Zag et Sia d'après La liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix, Paris, mars 2016
Graffiti réalisé par les graffeurs Zag et Sia d'après La liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix, Paris, mars 2016 Crédits : Joël SAGET - AFP

Pour ce débat historiographique, Emmanuel Laurentin s'entretient avec Yannick Bosc, maître de conférences en histoire à l’Université de Rouen, Annie Jourdan, chercheuse associée à l’université d’Amsterdam et à l’Institut d’histoire de la Révolution française (Paris 1), Jean-Clément Martin, professeur émérite à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Antoine Boulant, spécialiste d’histoire militaire du XVIIIe siècle, de la Révolution et de l’Empire.

Depuis les années 1960-1970, la portée symbolique de la Terreur semble avoir été profondément bouleversée. En quoi les temps ont-ils changé ? 

Jean-Clément Martin : J’ai voulu essayer de comprendre comment la Terreur a cessé d’être contemporaine. Quand la génération d’historiens à laquelle j’appartiens parlait de Terreur, on se référait à une désignation née un mois après la mort de Robespierre, en 1794. Aujourd’hui, et plus précisément depuis les attentats du 11 septembre 2001, nous sommes rentrés dans un autre type de terreur. Elle a perdu sa majuscule. Avant cela, les XIXe et XXe avaient, pour des raisons esthétiques, philosophiques et religieuses constamment réanimé cette désignation de la Terreur. Mais ensuite, avec la terreur de la Première Guerre mondiale, celle des guerres coloniales et enfin celle des totalitarismes le mot a commencé à se diluer, a changé de sens. Et ce qui s’est passé depuis 2001 avec l’expansion du terrorisme que nous vivons fait que cette Terreur autour de laquelle nous avions constitué une culture, s’éloigne, sort de notre champ culturel.

Une Terreur ou des terreurs ? Un pluriel ne risque-t-il pas de relativiser le caractère exceptionnel de ce moment historique ?

Annie Jourdan : Pour moi, les temps n’ont pas changé, du moins pour ce qui concerne l’interprétation des événements révolutionnaires. On croit toujours en la Terreur et on l’écrit toujours avec une majuscule. Pour moi, elle devrait s'écrire avec une minuscule et au pluriel : il y a la terreur royale ou royaliste, de la cour, celle qui émane des princes de sang, des provinciaux dans les départements, etc. Au lieu de l’appeler Terreur, on devrait l’appeler gouvernement d’exception, gouvernement de salut public, qui reprend en main la situation pour éviter justement ces terreurs diverses et variées.

Antoine Bouland : Le tribunal révolutionnaire est resté dans la mémoire collective. Tout le monde a entendu parler de cette justice d’exception, et de son fameux accusateur public, Antoine Quentin de Fouquier-Tinville. A tel point que dans le monde judiciaire, on se traite encore de Fouquier-Tinville aujourd'hui. Entre le 6 avril 1793 et le 27 juillet 1794, plus de 4 000 prévenus ont comparu sur ses bancs. Lorsqu’on examine en détail les chefs d’inculpation, on peut voir à l’œuvre une certaine férocité. Il est évident qu’il y a eu des condamnations pour des motifs sur-exagérés, sur-interprétés, sur-dramatisés et que l’on a conduit à la mort des milliers de personnes qui ne constituaient pas une véritable menace contre la sûreté du gouvernement révolutionnaire. Alors la Terreur est-elle née des circonstances ? Ou d’un système de gouvernement généré lui-même par une dynamique révolutionnaire consistant à fabriquer des ennemis, de la suspicion, de la peur ? Tout le débat est là. Je pense pour ma part que les révolutionnaires se définissaient autant par les valeurs auxquelles ils adhèraient que par celles qu’ils combattaient. Saint-Just a dit « La République c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé. » La Révolution française se définit aussi, pas seulement mais aussi, par cette différence qu’elle marque vis-à-vis de ses adversaires et de la répression qu’elle mène pour se définir. 

#Fouquier-Tinville #Henri Wallon

Yannick Bosc : Pendant deux siècles, la Terreur a été un écran extraordinaire pour éviter d’interroger la subtilité des débats qui ont eu lieu dans ce moment de la Révolution française qui a été un véritable laboratoire politique et qui interrogeait ce que pouvait être la place du souverain dans un système représentatif. Dès l’instant où l’on met le mot Terreur devant, ça devient l’horreur, le sang, la pagaïe, l’anarchie et donc on renonce à interroger un sujet aussi sulfureux.

Musique diffusée

  • Jean-Marie Souriguière et Pierre Gaveaux, Le Réveil du peuple 
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