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Affiche élaborée par le gouvernement versaillais condamnant la Commune de Paris, et énumérant un par un les monuments parisiens détruits par les Communards (Musée Carnavalet)
Épisode 4 :

Paris en ruines, attraction touristique de l'été 1871

52 min
À retrouver dans l'émission

Un phénomène récent les tour-opérateurs ? Bien au contraire. A partir de 1871, après les incendies de la Commune, les voyageurs se pressent par milliers pour visiter les ruines des Tuileries ou de l’Hôtel de Ville. Paris apparaît alors à une partie de l’Europe comme une sorte de Pompéi moderne.

Affiche élaborée par le gouvernement versaillais condamnant la Commune de Paris, et énumérant un par un les monuments parisiens détruits par les Communards (Musée Carnavalet)
Affiche élaborée par le gouvernement versaillais condamnant la Commune de Paris, et énumérant un par un les monuments parisiens détruits par les Communards (Musée Carnavalet) Crédits : Patrick HORVAIS/Gamma-Rapho - Getty

Au XIXe siècle, Paris apparaît comme la capitale européenne de la modernité. Et les travaux entrepris par le préfet Haussmann contribuent à attirer encore plus le regard sur ses merveilles. Pendant tout le Second Empire, les touristes, en particulier britanniques, fréquentent assidument ce Paris brillant, cosmopolite, qui accorde une si large place à l’art et au divertissement et dont le rayonnement culturel a culminé avec l’Exposition universelle de 1867 qui a concurrencé celle de Londres. Et c'est précisément ce Paris haussmannien, qui incarne aux yeux de l’Europe un nouveau modèle d’urbanisme qui va être en partie détruit par les affrontements de la Commune de Paris.

Pour évoquer cette histoire, Emmanuel Laurentin s'entretient avec Eric Fournier, historien, maître de conférences à l'Université Paris I-Panthéon Sorbonne, auteur notamment de Paris en ruines. Du Paris haussmannien au Paris communard (Imago) et Daryl Lee, historien et professeur à la Brigham Young University.

Eric Fournier : Les Versaillais, et tous les écrivains français de l’époque à l’exception de Victor Hugo, ne comprennent pas que les Communards aient pu détruire non seulement le foyer de la civilisation, mais ce qui était censé être aussi leurs propres lieux de mémoires, comme les Tuileries, et plus encore l’Hôtel de Ville. Alors que pour les Communards, la défense de la Commune devenait à la fin de la bataille de Paris un enjeu supérieur à la préservation de ce patrimoine. Les Fédérés les plus déterminés, ceux qui vont combattre jusqu’au bout, assument parfaitement les incendies qu’ils déclenchent, soit comme un moyen de défense, pour doubler la barricade, soit comme purification de l’espace urbain.

Paris sera à nous ou n’existera plus. Nous nous ensevelirons sous les ruines plutôt que de rendre Paris aux bombardeurs.              
Le Cri du Peuple, 1871

Gravure représentant les affrontements entre Versaillais et Communards place Vendôme à Paris, juin 1871
Gravure représentant les affrontements entre Versaillais et Communards place Vendôme à Paris, juin 1871 Crédits : DEA / BIBLIOTECA AMBROSIANA - Getty

A Paris, la fin des combats cède la place à un tourisme de ruines

C'est une histoire passionnante que celle des ruines de la Commune de Paris. Dès la fin des incendies qui ravagèrent la capitale, Paris apparaît à une partie de l’Europe comme une sorte de Pompéi moderne : des milliers de voyageurs se pressent pour visiter les ruines de Tuileries ou celles de l’Hôtel de Ville au point que des "tours de ruines" vont rapidement être organisés, les guides touristiques de l'époque comme le guide Joanne, ancêtre du Guide Bleu, allant jusqu'à ajouter des préfaces adaptées aux circonstances dès leur édition de 1872. Comment expliquer cette curiosité morbide ? L'historien Daryl Lee explique les raisons de cet attrait pour les traces du désastre.

Daryl Lee : "Une des raisons c’est la rapidité avec laquelle Paris a changé de visage. Comme l’écrit Louis Hénault, ces ruines "ont déjà la majesté que d’ordinaire seul le temps donne à l’oeuvre des hommes. Cette fois, quelques heures ont produit le lent travail des siècles." Cela fait partie de l’étonnement des visiteurs, le fait qu’en quelques jours, Paris soit devenue comme Rome ou Pompéi.

Nous avions à la fois le désir et l’appréhension de revoir Paris, comme on craint de se retrouver en face d’un malade trop cher dont la souffrance a du altérer les traits jusqu’à les rendre méconnaissables. Que reste-t-il de cette beauté naguère si splendide qu’admirait et jalousait le monde ? Que garde de sa physionomie d’autrefois ce visage balafré et marqué d’affreuses brûlures ? Ne vaudrait-il pas mieux conserver intacte dans sa mémoire cette grande, noble et charmante figure telle qu’elle était avant le désastre ? Sans doute. Mais il y a dans l’âme humaine un besoin de s’assurer de son malheur, de le contempler longuement, d’en apprendre par soi-même les détails. On veut voir ce qu’on sait et qui semble à peine croyable malgré les témoignages et puis, la curiosité de l’horrible vous prend malgré vous, et après avoir résisté quelque temps, on va faire comme les autres son tour de ruines.        
Théophile Gautier, Tableaux de siège. Paris 1870-1871

  • Textes lus par Nathalie Kanoui
Intervenants
  • Maître de conférences à l’université Paris 1, auteur de « La Commune n'est pas morte », ed. Libertalia.
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