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Dessin d'un jeune rescapé du génocide rwandais, Gassagure, âgé de 13 ans en 1998
Épisode 4 :

Que peut apporter la microhistoire à la compréhension des crimes de masse ?

52 min
À retrouver dans l'émission

Qu’est-ce qu’une approche extrêmement locale peut apporter à la compréhension des crimes de masse et des génocides ? En quoi l'approche microhistorienne se différencie-t-elle de la pratique de la monographie traditionnelle, ou de la notion d'histoire totale développée par Ernest Labrousse ?

Dessin d'un jeune rescapé du génocide rwandais, Gassagure, âgé de 13 ans en 1998
Dessin d'un jeune rescapé du génocide rwandais, Gassagure, âgé de 13 ans en 1998 Crédits : Christophe Calais/Corbis - Getty

Emmanuel Laurentin s'entretient avec les historiens Isabelle Backouche, Pierre Benetti, Nicolas Werth des atouts de la microhistoire dans un contexte de crime de masse.

Isabelle Backouche : L’approche microhistorienne nous permet de comprendre des milliers de complicités – ou de résistance - non volontaires qui se jouent à plusieurs niveaux. Elle a une vertu heuristique sur le regard que l’on porte en tant qu’historien. Parce que face à des processus aussi extraordinaires que les processus génocidaires, on est nous-mêmes écrasés par ce qui est arrivé. Il faut décrasser le regard.

Nicolas Werth : Dès ses origines, une des idées centrales de la micro-histoire est de s’intéresser aux anonymes, aux petites gens, c’est-à-dire de déplacer le regard des élites, des grands personnages. Il y a une vision politique et en même temps le refus de faire de l’histoire sociale au sens traditionnel de l’histoire des masses : donc un double décentrage. Cela consiste aussi à essayer de saisir un autre moment que celui d’où nous réfléchissons trente ou cinquante ans après. Mais qu’est-ce qu’il se passait sur le moment ? Comment les gens ressentaient les choses ?

Pierre Benetti : En effet, pour ce qui concerne l’exemple du Rwanda, ce qui apparaît dans la quinzaine d’entretiens que j’ai pu mener à Kinazi, c’est qu’en 1994, on ne parle pas encore de génocide. Ce sont des meurtres entre voisins, ce sont des gens qui se retournent contre leurs propres voisins. 

Intervenants
  • directrice d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
  • journaliste (Le Monde), critique littéraire (En Attendant Nadeau) et doctorant en anthropologie (EHESS)
  • historien spécialiste du stalinisme, écrivain, traducteur

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