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Deux employés des Nations Unies déplient le drapeau qui sera hissé sur le Palais de Chaillot au moment où s’y tiendra la 3e Assemblée Générale des Nations Unies qui adoptera le texte de la Déclaration des Droits de l’Homme le 10 décembre 1948
Épisode 1 :

1789-1948. D'une déclaration à une autre

52 min
À retrouver dans l'émission

De 1789 à 1948, Emmanuel Laurentin et Valentine Zuber, historienne, directrice d'études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, retracent les chemins qu’ont pris ces Droits de l’Homme en deux siècles de perception, d'appropriation et de diffusion, entre critiques, sacralisation... et retours de bâton.

Deux employés des Nations Unies déplient le drapeau qui sera hissé sur le Palais de Chaillot au moment où s’y tiendra la 3e Assemblée Générale des Nations Unies qui adoptera le texte de la Déclaration des Droits de l’Homme le 10 décembre 1948
Deux employés des Nations Unies déplient le drapeau qui sera hissé sur le Palais de Chaillot au moment où s’y tiendra la 3e Assemblée Générale des Nations Unies qui adoptera le texte de la Déclaration des Droits de l’Homme le 10 décembre 1948 Crédits : INTERCONTINENTALE / AFP - AFP

De la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 à la Déclaration Universelle des droits de l’homme de 1948, Emmanuel Laurentin et Valentine Zuber, historienne, directrice d'études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (PSL), retracent les chemins qu’ont pris ces Droits de l’Homme au cours de deux siècles de perception, d'appropriation et de diffusion, et entre critiques, sacralisation... et retours de bâton. 

Adoptée en août 1789 par l'Assemblée nationale, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est un texte inachevé, laissé ouvert par les députés. Que lui manque-t-il ?

Valentine Zuber : Elle ne prend en compte que les droits civils et politiques, pas ce qu’on appelle aujourd’hui les droits économiques et sociaux des citoyens, et qui ont été intégrés dans les déclarations ultérieures, au XXe siècle.

Considérée comme le texte fondateur qui pose les bases de la République et de la démocratie, cette Déclaration de 1789, sacralisée à la fin du XIXe siècle, a pourtant fait l’objet de nombreuses critiques.

Valentine Zuber : Dès sa condamnation par le pape en 1791, et pour des auteurs réactionnaires comme Joseph de Maistre, Louis de Bonald ou le philosophe anglais Edmond Burke, les droits de l’homme - qui sont attribués par les individus à eux-mêmes - sont considérés comme l'expression de l’orgueil humain et de sa défiance envers Dieu. Mais il existe aussi une critique de gauche : dans un texte célèbre de 1848, Karl Marx démonte la Déclaration des droits de l’homme en considérant qu’en octroyant seulement des droits civils et politiques - et en particulier des droits d’élection censitaire – elle s'est coupée du peuple et ne prend pas en compte les droits réels qui devraient lui être accordés. Il y a enfin une critique féministe qui considère que cette Déclaration de 1789 que l’on a présentée comme une déclaration en faveur des droits de tous les êtres humains n’est en fait qu’une déclaration pour les hommes  – et les hommes propriétaires – qu’elle ne concerne pas les femmes, ni les enfants, ni les esclaves, que son domaine d’application est trop restreint.

N'y a-t-il pas un paradoxe entre la sacralisation des textes de ces déclarations, celle de 1789 comme celle de 1948, et la réalité de leur valeur normative ?

Valentine Zuber : En effet, pour ce qui concerne la Déclaration de 1789, ce texte devient l'un des credo de la IIIe République : dans l’école de Jules Ferry, on l’affiche, on l’apprend par cœur mais il n’a aucun effet juridique sur les droits et les libertés publiques, il n’est même pas mentionné dans les textes constitutionnels de l'époque. Ce n’est qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale qu’il sera inscrit dans le préambule de la Constitution de 1946 puis de celle de 1958. Quant à la Déclaration universelle des droits de l’homme, malgré sa nudité, son impuissance formelle apparente – puisqu’elle n’est qu’une « déclaration » – elle a été une source généreuse du droit international. C’est aussi pour cela qu'on la fête aujourd’hui. Elle a été mobilisée par un certain nombre de peuples pour exiger leur liberté, au moment de la décolonisation. Elle est un texte pour tous les hommes. Un texte fait aussi pour que la souveraineté des états ne soit pas le tombeau de leurs citoyens. C’est peut-être cela qui est le plus beau dans le projet de cette Déclaration universelle de 1948 : ce recours possible par les citoyens et par la société civile contre les abus des états.

Musique diffusée :

  • J. S. Bach, Partita pour violon seul n°2 en ré mineur BWV 1004 (Chaconne), par Yehudi Menuhin

Textes lus par Sylvie Granotier

Intervenants
  • Historienne, directrice d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (PSL)
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