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Fondé par le légendaire Soundiata Keita, l'empire du Manden (détail de l'Atlas catalan, réalisé par Abraham Cresques vers 1375 et offert à Charles V par le roi d'Aragon)
Épisode 2 :

Les chartes africaines, de Kurukan Fuga à Nairobi (1236 (?)-1981)

52 min
À retrouver dans l'émission

Et si la Charte du Manden, proclamée le jour de l'intronisation de Soundiata Kéïta comme empereur du Mali à la fin de l’année 1236 était la première « Déclaration Universelle des Droits de l’Homme », bien avant celle de 1948 ?

Fondé par le légendaire Soundiata Keita, l'empire du Manden (détail de l'Atlas catalan, réalisé par Abraham Cresques vers 1375 et offert à Charles V par le roi d'Aragon)
Fondé par le légendaire Soundiata Keita, l'empire du Manden (détail de l'Atlas catalan, réalisé par Abraham Cresques vers 1375 et offert à Charles V par le roi d'Aragon)

La Charte du Manden, Charte du Mandé, Charte de Kurukan Fuga, ou encore, en langue malinké, Manden Kalikan, est la transcription d’un contenu oral, lequel remonterait au règne du premier souverain Soundiata Kéïta. Solennellement proclamée le jour de l'intronisation de ce souverain comme empereur du Mali à la fin de l’année 1236, transcrite en 1998 par le chercheur malien Youssouf Tata Cissé et inscrite en 2009 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, la Charte de Kurukan Fuga contient des prescriptions qui relèvent de la problématique moderne des droits humains, mais aussi de la gouvernance, de l’état de droit, de la diplomatie. Si son authenticité est parfois contestée, cette Charte est considérée par ses promoteurs - au même titre que la Magna Carta produite en 1215 en Angleterre - comme l'une des plus anciennes références concernant les droits fondamentaux inhérents à la personne humaine.

Emmanuel Laurentin et Séverine Liatard s'entretiennent avec Alioune Badara Fall, juriste, professeur de droit public à l’Université Montesquieu-Bordeaux IV et Eric Jolly, anthropologue, directeur de l’Institut des Mondes africains (IMAF) et spécialiste du pays dogon (Mali).

Considérée comme l’inscription des droits humains dans l’espace géographique de l’ouest africain dès le XIIIe siècle, la Charte du Mandé a cheminé depuis la littérature orale jusqu’à être fixée par écrit dans les années 1990-2000. Peut-on parler à son sujet d'invention de la tradition ?

Eric Jolly : Certes, on peut dire que l’Unesco a patrimonialisé - et d’une certaine façon figé - un texte qui est en fait un mixte du Serment des Chasseurs et de la Charte de Kurukan Fuga. Mais je ne parlerai pas d’invention pour autant. Ce sont des textes qui se sont transformés au fil du temps en fonction des enjeux du moment et des revendications des différents groupes qui défendent ce type de charte. Il n’y a pas d’invention, il y a plutôt transformation. Comme dans tout récit de la littérature orale, il ne faut pas voir dans ces textes la traduction d’une réalité historique objective mais plutôt celle de points de vue politiques, voire d’une philosophie politique complexe. C’est cela qui les rend intéressants. 

C’est au moment des indépendances qu’explose cette référence littéraire à un Moyen Age africain et que l’on commence à penser à élaborer une charte africaine qui corresponde à ces pays nouvellement indépendants. Adoptée en 1981 à Nairobi, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples mentionne dans son article 17 que « la promotion et la protection de la morale et des valeurs traditionnelles reconnues par la Communauté constituent un devoir de l’État dans le cadre de la sauvegarde des droits de l’homme » Comment expliquer ce particularisme ?

Alioune Badara Fall : En 1981, l'Afrique est traumatisée par le colonialisme et par l’apartheid qui n’a pas encore été aboli. Ces deux luttes ont obnubilé les pays africains au point de ne pas s’occuper des droits de l’homme, comme s’ils avaient peur que les grandes puissances puissent les soumettre de nouveau. Cette préoccupation était d’ailleurs soutenue par les Nations-Unies qui avaient voté des résolutions pour condamner toute forme de domination, et pour accorder aux états africains la souveraineté sur leurs ressources. C’est pour cela que cette Charte insiste sur ces droits-là. D’autre part, l’Afrique ne peut pas envisager un droit de l’individu sans la communauté, sans la famille, sans le groupe, parce que dans ce groupe existent des traditions et des règles morales. L’Africain a du mal à se séparer du groupe, quelles que soient ses revendications de liberté. Et c’est cette combinaison qui a été formidablement bien réussie par les rédacteurs de la Charte qui ont considéré que l’individu et la société ne font qu’un, qu’ils sont les deux faces d’une même médaille et qu’on ne peut pas séparer l’individu de sa communauté.

Textes lus par Mata Gabin

Musique diffusée

  • Barbara Hendricks, A Long Way to Freedom (bande-originale du film Soleils)

Bibliographie

Agenda

Le Festival International du Film des Droits Humains de Paris présente un panorama de la production cinématographique documentaire sur le thème des droits humains à travers le monde. Sa 16e édition se tiendra du 10 au 18 décembre dans plusieurs lieux à Paris (Centre Wallonie Bruxelles, Maison de l'Amérique Latine, Cinéma Saint-André des Arts, Musée de l'histoire de l'immigration etc.)

Bibliographie

Soleils d'Olivier Delahaye et Dani Kouyaté

SoleilsOdelion Films / Sahelis films (Burkina Faso), 2017

Intervenants
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