LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Portrait d'une jeune fille connue sous le nom de Sappho, retrouvé à Pompei (1er siècle). Naples, Musée archéologique national
Épisode 1 :

Peut-on parler d’homosexualité dans l’Antiquité ?

52 min
À retrouver dans l'émission

En ouverture de cette série consacrée aux homosexualités, Emmanuel Laurentin s'entretient avec Sandra Boehringer, maîtresse de conférences en histoire grecque à l'université de Strasbourg, dont les travaux portent sur les catégories sexuelles et l'histoire du genre dans le monde antique.

Portrait d'une jeune fille connue sous le nom de Sappho, retrouvé à Pompei (1er siècle). Naples, Musée archéologique national
Portrait d'une jeune fille connue sous le nom de Sappho, retrouvé à Pompei (1er siècle). Naples, Musée archéologique national Crédits : DeAgostini/Getty Images - Getty

En ouverture de cette série consacrée aux homosexualités, Emmanuel Laurentin s'entretient avec Sandra Boehringer, maîtresse de conférences en histoire grecque à l'université de Strasbourg, dont les travaux portent sur les catégories sexuelles et l'histoire du genre dans le monde antique.

_Un seul regard vers toi,   et je ne puis plus parler,   ma langue se brise,   un feu subtil se répand sous ma peau,   mes oreilles bourdonnent,   une sueur glacée m'enveloppe,   un tremblement me saisit tout entière,   je suis plus verte que l'herbe,   et me sens près de mourir. (_Sappho, fragment 31, trad. S. Boehringer)

Ce poème de Sappho - repris par Louise Labé et par Racine dans Phèdre - met en avant un élan érotique non sexué.  A l’époque archaïque, lorsque l’on parle d’amour, on parle avant tout des symptômes sur le corps amoureux en général. Nous sommes dans des sociétés d’avant l’homosexualité, d’avant l’hétérosexualité, il y a une certaine fluidité dans les catégories qui permet la reprise de ce poème dans des contextes ultérieurs, où les catégories sont beaucoup plus nettes !                
Sandra Boehringer

#Foucault #David Halperin #John Winkler #Froma Zeitlin

Pourquoi est-il anachronique de parler d’homosexualité en Grèce et dans la Rome antiques ?

Si on cherche un équivalent du terme sexualité dans l’Antiquité on ne le trouvera pas : à savoir un mot qui désigne des identités, des actes, des pratiques sexuelles mais aussi l’ensemble d’un dispositif qui dit quelque chose de nous. Aujourd'hui, la sexualité est venue se loger au cœur de notre vie psychique. On se définit par rapport à notre identité homme/femme mais aussi par rapport à une orientation sexuelle qui viendrait préciser si on est dans les normes ou non, si on est déviant ou non. Ces formes de catégorisation définies, précisées par la médecine et par la loi au cours du XIXe siècle, le monde antique les ignore.                
Sandra Boehringer

#vice grec #amours sapphiques #identité

Ces lieux et ces figures censés être originaires de l’amour grec ou de l’amour sapphique dans nos imaginaires contemporains, comme Ganymède, Lesbos ou Sappho, ne sont pas sans importance pour les luttes d’aujourd’hui. On ne peut donc pas complètement rompre ce fil mais il faut rappeler qu’il s’agit un fil imaginaire. Cet imaginaire a un rôle, il a nourri des générations de représentations, et à la fin une culture, mais il faut l’historiciser : rappeler à quel moment ces représentations sont apparues, à quel moment les communautés gays et lesbiennes opprimées s’en sont saisies pour convoquer un passé dans lequel « ils/elles » étaient accepté.e.s même si ce « ils/elles » à l’époque n’existait pas. Parce que faire croire qu’il y aurait une identité gay – ou une identité hétérosexuelle - hors histoire est impossible.                
Sandra Boehringer

Textes cités

  • Platon, Le Banquet (traduction Luc Brisson)
  • Plutarque, Vie des hommes illustres : Lycurgue, XVII, 1 (traduction R. Flacelière et É. Chambry)
  • Catulle, Poésie #48 (traduction Georges Lafaye)

Textes lus par Elsa Dupuy

Intervenants
  • maîtresse de conférences en histoire grecque à l'Université de Strasbourg
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......