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Reconstitution d’un foyer présentant un espace de taille de silex, site magdalénien de Pincevent (Seine-et-Marne) fouillé par André Leroi-Gourhan à partir de 1964
Épisode 2 :

L’ethnologie préhistorique selon André Leroi-Gourhan (1911-1986)

52 min
À retrouver dans l'émission

De la fondation du Musée de l’Homme (1937) aux fouilles sur le site de Pincevent en Seine-et-Marne (1964-1984), André Leroi-Gourhan, théoricien autant qu'homme de terrain, a laissé à sa mort en 1986 un héritage intellectuel qui se révèle aujourd’hui particulièrement d’actualité.

Reconstitution d’un foyer présentant un espace de taille de silex, site magdalénien de Pincevent (Seine-et-Marne) fouillé par André Leroi-Gourhan à partir de 1964
Reconstitution d’un foyer présentant un espace de taille de silex, site magdalénien de Pincevent (Seine-et-Marne) fouillé par André Leroi-Gourhan à partir de 1964 Crédits : DEA / G. DAGLI ORTI/De Agostini - Getty

Théoricien et homme de terrain, savant encyclopédiste autant qu’animateur d’équipe, André Leroi-Gourhan (1911-1986) a renouvelé en profondeur les sciences de l’homme au XXe siècle. Par sa capacité à faire bouger les lignes, à combiner les évolutions paléontologiques de l’homme à celles de l’humanité en société, il a laissé un héritage intellectuel qui se révèle aujourd’hui particulièrement d’actualité. Emmanuel Laurentin et Victor Macé de Lépinay s'entretiennent avec Françoise Audouze, Claudine Karlin et Philippe Soulier.

André Leroi-Gourhan promouvait une nouvelle façon de faire de l’archéologie. Comment les sites de Pincevent ou d’Arcy-sur-Cure ont-ils été les laboratoires d'une nouvelle vision de la Préhistoire ?

Claudine Karlin : Ce qui l’intéressait c’était les relations entre les individus, ou même entre les objets. A Pincevent, quand on a commencé à travailler sur le montage des silex, ce n’était pas la technique lithique – la façon dont les hommes taillaient le silex - qui l’intéressait, mais la manière dont se répartissaient ces silex qui allait lui permettre de comprendre comment s’organisait l’espace, comment les hommes avaient circulé, en taillant, en se promenant avec leurs outils. Il regardait vraiment l’homme préhistorique à la façon d’un ethnologue, comme il vous aurait regardé, comme il aurait analysé votre habitation.

Philippe Soulier : Ce qui intéresse Leroi-Gourhan, ce ne sont pas les choses en elles-mêmes mais les rapports entre elles. Dans la craniométrie ce qui l’intéressait, c’était les rapports entre les différentes mesures. Mais quand il s’est rendu compte à la fin de son étude sur les crânes esquimaux que parce qu’ils n’étaient pas reliés à des objets, on pouvait rien en faire, il a abandonné l’étude craniométrique en reconnaissant qu’elle était une impasse complète. Dans l’archéologie, ce qui l’intéressait c’était les rapports entre les objets sur le sol. Dans l’art pariétal, c’était le rapport entre l’emplacement des figures et la topographie de la grotte. A chaque fois, ce qui l’intéresse, ce sont les rapports entre les choses parce qu’ils l’amènent aux questions de rapport entre l’homme et son environnement. Les rapports donnent une dynamique aux objets et c’est la dynamique qui l’intéressait.

Françoise Audouze : Aujourd’hui, ses théories sur l’art pariétal sont battues en brèche mais ce qui compte c’est qu’il a ouvert des pistes.

André Leroi-Gourhan : Les chasseurs de l’âge du renne n’étaient pas de pauvres types traversant la toundra à toute vitesse en courant après les mammouths. Ils avaient un certain confort matériel, on peut leur imaginer un niveau de vie relativement aisé pour des nomades chasseurs-pêcheurs. Il ne faut pas se les représenter comme de pauvres créatures terrorisées par les mammouths et les lions J’ai une vision optimiste du Paléolithique. Je pense que ces hommes étaient heureux. Certes, il arrivait de temps en temps qu’ils se fassent croquer par le grand lion mais ce sont des accidents qui arrivent et qui ne sont pas plus fréquents statistiquement que les accidents de la circulation à l’heure actuelle. (France Culture, le 6 février 1971).

Françoise Audouze : Il y a certes un optimisme des hommes préhistoriques chez Leroi-Gourhan mais quand il écrit Le geste et la parole, on entend aussi son pessimisme quant à l’avenir de l’humanité, notamment quand il fait remarquer que nous avons toujours le même équipement cérébral pour faire face à des problèmes techniques et environnementaux de plus en plus importants par rapport à tout ce qui s'est présenté auparavant.

Bibliographie

Autour de l'homme : contexte et actualité d'André Leroi-Gourhan

Autour de l'homme : contexte et actualité d'André Leroi-GourhanAssociation pour la promotion et la diffusion des connaissances archéologiques, 2004

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