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Une histoire de la consommation de viande
Épisode 3 :

Cannibales et anthropophages

52 min
À retrouver dans l'émission

Derrière l'imagerie terrifiante et sanguinaire du cannibale, que nous dit l'histoire de ces moments où l’homme a dévoré de la chair humaine ? Quelles pratiques exactement se cachent sous ce que l’on appelle, selon les périodes, cannibalisme ou anthropophagie ?

Scènes d'anthropophagie et d’idolâtrie à Sumatra" Miniature tirée de "Le livre des merveilles" de Marco Polo (1254-1324), 1410,  B.N, Paris.
Scènes d'anthropophagie et d’idolâtrie à Sumatra" Miniature tirée de "Le livre des merveilles" de Marco Polo (1254-1324), 1410, B.N, Paris. Crédits : ©Luisa Ricciarini/Leemage - AFP

Au cours de cette émission d'archives consacrée à la figure du cannibale, Emmanuel Laurentin et Anaïs Kien s'entretiennent avec Angelica Montanari et Franck Lestringant, et à partir de lectures, passent en revue les différentes formes qu'a pu prendre l'anthropophagie comme les banquets macabres au Moyen Age ou encore les rituels de vengeance qui consistent à déshumaniser le corps de l'ennemi.

Non par faim nos vies seront dépensées                        
Alors que nous pouvons à chaque assaut                        
Tuer les Sarrasins, prendre leur savoureuse chair                        
Pour la faire bouillir, rôtir, frire ou cuire au four                        
Et ronger la viande jusqu’à l’os  Anonyme, attribué à Richard Coeur de Lyon

D'où vient le terme cannibale ?

Franck Lestringant : Il semble que le terme ait été inventé par Christophe Colomb lors de son premier voyage en 1492. Mais une incertitude subsiste sur le sens qu'avait pour lui ce mot qu'il a forgé. Quand il arrive à Haïti, Colomb a entendu parler des Karibs ou Caribes, des indiens aborigènes vivant dans les îles des Antilles et qu’on lui décrit comme des guerriers redoutables. Il a peut-être choisi le terme de cannibale parce qu'il les voit comme des hommes-chiens, des hommes à tête de chien (canis en latin). Ou alors pour désigner des hommes dont il pensait qu'ils étaient les sujets du Grand Khan de Tartarie, puisque souvenons-nous que Colomb pensait se diriger vers l’Asie, vers le royaume du Khan. 

A partir du XVIe siècle, le cannibale va devenu la figure de l’Autre par excellence, le stéréotype de l’altérité, du sauvage. Mais le cannibalisme est-il un phénomène aussi exotique ?

Angelica Montanari : Pas du tout, dès le VIe siècle, l’historien byzantin Procope de Césarée évoque un cannibalisme féminin. On sait que l'anthropophagie a existé dans la Préhistoire, dans l’Antiquité. Et qu'à chaque famine, l’Europe connaissait des scènes d’anthropophagie. Seulement, au Moyen Age, quand le terme cannibale n’existe pas encore, on utilise plutôt des expressions comme "se dévorer entre eux" ou "manger de la viande humaine" ce qui prouve bien le poids du tabou, l'indicible de cette pratique.

  • Lecture par Daniel Kenigsberg
Intervenants
  • Enseignante-chercheur au département du patrimoine culturel de l’université de Bologne
  • Professeur de littérature à l'université Paris-Sorbonne.

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