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Enfants agités, hyperactifs, violents : les illusions du dépistage précoce

1h
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A force de les observer, de les jauger, de les évaluer, de vouloir dépister leur trouble, ils vont finir par étouffer. Il existe aujourd'hui de nombreuses recherches consacrées aux bases neuronales de la morale et au dépistage du comportement antisocial. Elles tentent de nous faire accroire que l'instinct meurtrier, les troubles de l'humeur, l'hyperactivité, le manque d'attention, sont pour une part essentielle d'origine génétique, et qu'il serait vain de vouloir en chercher la cause ailleurs que dans l'hérédité ou le fonctionnement du cerveau. Lorsque de savants esprits en viennent à convoquer le gène de la criminalité pour expliquer un forfait ou prétendent dépister chez les enfants, dès la crèche ou la maternelle, des troubles de comportement susceptibles d'évoluer vers la délinquance, il convient d'être attentif aux ruses de la prédiction. C'est justement ce qu'ont tenté, dans un style engagé, très accessible, la psychanalyste et psychologue de la petite enfance, Sylviane Giampino , et la neurobiologiste Catherine Vidal , dans Nos enfants sous haute surveillance (1), un livre consacré aux abus de l'évaluation, du dépistage des troubles du comportement, de la prescription médicamenteuse, dès la petite enfance. Pour elles, le forçage éducatif précoce conduit à une impasse. Il emprisonne les enfants dans une crainte de l'avenir, une peur diffuse, qui rend impossible la valorisation du présent. « Un enfant a besoin de pouvoir s'installer dans l'ici et maintenant, dans le présent de son être », souligne Sylviane Giampino. Cette leçon de bon sens est par trop oubliée. « Faire dire à un enfant de vingt-quatre mois que c'est lui qui a commencé à taper le premier pour lui faire prendre conscience de son agression ; convoquer un enfant de cours préparatoire en conseil des maîtres pour qu'il explique pourquoi il a demandé à une fillette de lui montrer sa culotte », poursuit-elle. Ces remontrances prêteraient à sourire si elles n'étaient le triste miroir d'une société apeurée, d'adultes désemparés, ayant fini par intérioriser cette culture de la peur..... (1) Albin Michel, octobre 2009.

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