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Actualité du végétarisme, à partir de l’inédit de Claude Levi-Strauss "Nous sommes tous des cannibales"

27 min
À retrouver dans l'émission

A à partir de l’inédit de Claude Levi-Strauss Nous sommes tous des cannibales , qui vient de paraître au Seuil .

Catherine CLEMENT

François SIMON

Joy SORMAN

Catherine Clément : « A cause de ces maladies alimentaires qui sont causées par l’autophagie des animaux ou l’autophagie humaine, nous sommes en train, à l’échelle globale, de prendre conscience du danger de la viande animale. […] L’animal nous est devenu trop proche, trop intime, et nous sommes en train de perdre l’envie de le manger. »

Joy Sorman : « Ce qui me frappait quand j’ai fréquenté un certain nombre de bouchers (pour écrire mon roman qui raconte la vie d’un boucher), c’est qu’eux se voyaient justement comme ceux qui avaient le courage de regarder la chair en face et cette idée que, si on enlève la frêle protection de la peau, on ne peut plus distinguer la chair humaine de la chair bovine, que c’est quasiment le même rouge, la même texture, les mêmes odeurs, etc. […] A l’ œil nu, on ne peut pas faire la différence. »

François Simon : « Oui, c’est toute la noblesse du métier de boucher, ce rôle sacrificiel, d’être là, interposé, délégué par les hommes, pour s’occuper de cette mission. C’est ce qui les rend parfois aussi très mystiques, très habités. Moi, ce qui me frappe aussi chez les bouchers, c’est une sexualité extrêmement débordante. En cela, finalement, ils se rapprochent de la chair humaine, comme on le fait tous dans notre coin. Quand on se rapproche d’un être aimé, on le bouffe quasiment, on le suce, on le croque, on le mord, on le dévore des yeux, on le renifle.»

Joy Sorman : « On ne peut pas englober l’animalité dans une seule espèce. Je pense qu’il faut faire des distinctions. Et il me semble que la question de la proximité avec ces animaux que l’on mange, c’est ça le vrai problème. Pour moi, le problème, c’est pas le fait qu’on mange des vaches, mais c’est le fait qu’on ait perdu la proximité avec les vaches et que du coup, on ait perdu le sens de leur dévoration. Avant, quand les abattoirs étaient dans les villes, que le sang ruisselait dans les caniveaux, qu’on voyait effectivement le boucher dans la rue sur son établi découper la viande, qu’on avait accès à l’animal écorché avant qu’il soit transformé et effacé effectivement par la découpe du boucher, […] il y avait du sens (par cette proximité finalement) à dévorer l’animal dans cet acte d’amour dont parle Levi-Strauss. Et maintenant que les abattoirs sont loin des villes, que c’est caché, […] que la mort est fractionnée dans les usines à la chaîne, la proximité avec l’animal est perdu. C’est là pour moi finalement qu’est le scandale de la dévoration de la chair. C’est parce qu’il n’y a plus l’amour. »

François Simon : « On a jamais autant maîtrisé l’alimentation comme l’espace, et jamais autant on a été insécurisé. C’est quand même invraisemblable qu’aujourd’hui presque aller au restaurant est une aventure, alors qu’avant c’était une immense banalité. »

Catherine Clément : « Le respect du vivant n’est pas le même ailleurs. Il n’est pas le même en tous cas dans toute l’Asie. »

Sons diffusés :

  • Témoignage d’un Papou, extrait du documentaire « Le ciel rouge de Tabubil », diffusé dans Sur les docks le 3 décembre 2010.

  • Marcela Iacub, Confessions d’une mangeuse de viande , Paris, Fayard, 2011.

  • Musique : Pascal Parisot, « J’mange de l’herbe ».

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 21.03.2013 intitulée « Wajdi Mouawad », cliquez ici.

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