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Le Temps et la Chambre, Alain Françon

Alain Françon : "Continuons à éclater le théâtre, mais en employant des armes nuptiales"

27 min
À retrouver dans l'émission

En adaptant la pièce complexe et mystérieuse de Botho Strauss, "Le Temps et la Chambre", dans une traduction de Michel Vinaver, au Théâtre de La Colline, Alain Françon se plaît à déjouer les représentations classiques de l'espace et du temps.

Le Temps et la Chambre, Alain Françon
Le Temps et la Chambre, Alain Françon Crédits : Michel Corbou

Olivia Gesbert s'entretient avec le metteur en scène Alain Françon qui met en scène à la Colline, "Le Temps et la Chambre" de Botho Strauss. Au cours de cet entretien, il revient sur cette pièce écrite par le dramaturge allemand en 1988, mais aussi sur quelques uns de ses auteurs de prédilection que sont Edward Bond, Edward Albee, Peter Handke, Henrik Ibsen, Anton Tchekhov et Michel Vinaver. 

Pour moi, Botho Strauss est un grand dramaturge mais il est aussi, avec Peter Handke, un des plus grands écrivains de ces cinquante dernières années. Il est un écrivain mais aussi un homme de sciences. Il s’est beaucoup intéressé à la thermodynamique, il a lu les travaux du physicien russe Ilya Prigogine. Cela se retrouve dans ses pièces forcément. "Le temps et la chambre" ne s'inscrit pas dans la tradition du récit, mais au contraire ce qui lui sert d’opérateur formel s’apparente à la théorie du chaos. Strauss part du principe qu’on ne peut plus raconter une histoire de manière linéaire, qu’on est obligé d’être dans le discontinu, donc dans le fragmentaire. Et l’enjeu pour lui en tant que dramaturge c’est de trouver, pour chaque fragment, sa forme, son histoire, son esthétique, et d’essayer de les réunir. Cela a une incidence sur la notion de temps : au lieu d’avoir la flèche unique du temps, là il y a plusieurs temporalités qui se conjuguent ; c’est très surprenant.      
Alain Françon

Pour Alain Françon, le travail de mise en scène vise à l'éclatement - du nom de la compagnie qu'il a fondée à Annecy en 1971 - c'est à dire à éclater les normes et les formes théâtrales.

Ce serait bien de continuer à éclater la forme théâtrale, mais pas forcément dans le système de déconstruction actuel, qui se base beaucoup sur le recours à la vidéo, etc. C’est bien, mais souvent cela ressemble à du recyclage d’images médiatiques, on est assez loin du théâtre. Ce qui m’intéresse c’est la vraie déconstruction, celle qui, pour reprendre le mot de René Char, consisterait à employer des "armes nuptiales".          
Alain Françon

Il revendique aussi un goût pour la complexité, une complexité au coeur de la pièce de Botho Strauss.

Beaucoup de discours dans le théâtre aujourd’hui sont un peu simplistes, un peu vite-faits, on dit aux gens ce qu’il faut qu’ils pensent, comment ils doivent entrer en résistance. Or ce qui est formidable dans le texte de Botho Strauss c’est sa complexité, le fait qu’il cherche volontairement à complexifier les choses. Je trouve qu’aujourd’hui on souffre énormément de simplification.

Dans la deuxième partie de l'émission, nous recevons Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France.

Bibliographie

Le Temps et la Chambre, Alain Françon

Le Temps et la ChambreAlain FrançonThéâtre de la Colline, 2017

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