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Anthropologue et résistant : autour de la figure de Jean-Pierre Vernant.

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir de l'ouvrage de Jean-Pierre Vernant. Dedans-dehors de Maurice Olender et François Vitrani (Le Seuil, 2013).

Avec : Catherine CLEMENT Patrick BOUCHERON Marin de VIRY
Catherine CLEMENT : « C’est un héros de guerre, mais comment est-il devenu anthropologue de la Grèce ancienne ? Il est d’abord philosophe et choisit la recherche en 1948 pour être libre de penser. L’amitié et la belle mort sont les deux critères qui ont pu le conduire à devenir anthropologue de la Grèce antique. Il fait partie d’une génération d’intellectuels résistants qui ont gardé une indépendance et une insoumission.

[…] Pour moi c’est davantage l’amitié, la philia , il a une conception proche de celle de Derrida et c’est ça qui est le plus actuel chez Vernant : c’est quelque chose qui va se porter au secours des autres et pas refermé sur soi. C’est le courage Vernant . »

Patrick BOUCHERON : « Longtemps, il a été réticent à lancer ce pont entre les deux rives de sa propre vie. Aujourd’hui on est obsédé par ce lien résistant / anthropologue de la Grèce ancienne. Tout cela est très beau et très fort pour comprendre le ressort de la connaissance : « A l’épreuve des événements, nous faisons connaissance avec ce qui est pour nous inacceptable et c’est cette expérience interprétée qui devient thèse et philosophie » (Maurice Merleau-Ponty), une phrase qui pourrait résumer la vie de Vernant. La connaissance que Jean-Pierre Vernant a du mythe et de la Grèce antique, en tant que deux rationalités politiques, s’origine dans le fait d’ensauvager la cité grecque, i.e. considérer au fond les Grecs comme nos autres. On l’oblige à la fin de sa vie à reconstruire une généalogie intellectuelle et amicale. C’est beau, touchant mais son œuvre a longtemps été résistante à cela.

[…] L’article de Vincent Peillon explique comment Vernant fait obstacle à la psychanalyse. Son rapport à son engagement citoyen et sa position historiographique en est un exemple. Il y a cette réticence qui s’explique par cette position rationaliste. Il comprend l’anthropologie de la rationalité politique des Grecs, i.e. ce n’est pas simplement que la raison nous tombe dessus à nous les Grecs, c’est simplement qu’il y a eu des pratiques au centre de la cité et que tout est à recommencer. Il y a une forme d’énergie de la raison chez Vernant qui s’entendait très bien dans sa puissance verbale. C’était un orateur hors pair, à l’écriture puissante qui prend en charge l’énergie du conteur.

[…] Il faut dire un mot de son rapport à la poésie contemporaine, son arrière pays. La Grèce était son arrière pays. Il refuse la généalogie grecque trop flatteuse, ce n’est pas pour refroidir l’objet et le mettre à distance : il joue toujours ce jeu de distance/proximité et en fait une source d’intelligibilité pour notre présent, pour notre engagement au monde afin de ne plus être dans la naïveté du miracle grec. »

Marin de VIRY : « C’est un type d’homme qui articule sa vie intellectuelle et son engagement : un type devenu rare. Ce mélange de grande carrière intellectuelle et d’engagement m’a beaucoup frappé. Mais l’humilité est aussi marquante : « nous sommes dans une époque d’indifférence et d’exhibition », dit-il. Ce livre est une vision multi-anglée de l’homme.

[…] Il a une conception de l’altérité qui se construit dans l’expérience limite, dans la résistance. Tout objet intellectuel devient un autre et la Grèce en est un. Sur le plan épistémologique, sa conception du progrès est caractéristique : ce n’est pas la juxtaposition du nouveau sur l’antérieur, mais davantage l’approfondissement et la rature qui font progresser l’histoire. Ce sont ces deux aspects qui le rendent si actuel. »

Sons diffusés :

  • Jean-Pierre Vernant, Le bon plaisir (France Culture) 01/06/1994.

  • Maurice Olender et Jean-Pierre Vernant, Le bon plaisir (France Culture) 01/06/1994.

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 18/02/2013 intitulée « Sur Richard Wagner (1813-2013), à l’occasion du bicentenaire de sa naissance », cliquez ici.

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