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Autour de la chanteuse Billie Holiday

28 min
À retrouver dans l'émission

A partir du roman de la chanteuse et écrivain Viktor Lazlo librement inspiré de la vie de Billie Holiday, My name is Billie Holiday (Albin Michel), et de son spectacle Billie Holiday au Théâtre de la Rive Gauche (Paris).

Avec Sylvie LAURENT , Pascal BLANCHARD et Francis MARMANDE .

Sylvie Laurent : « Il faut poser la question de la façon dont on peut appréhender une artiste immense à partir du moment où sa personnalité privée a donné lieu à une hyper-exégèse, dont le livre et la pièce de Viktor Lazlo ne sont qu’un exemple. Comme Marilyn Monroe ou Joséphine Baker, c’est une personnalité dont la vie est tellement impossible, tellement marquée par la souffrance (elle a été maltraitée par les hommes, marquée par une addiction à la drogue et l’alcool, et morte jeune), que de nombreux écrivains ont expliqué sa voix de par sa vie personnelle. On a expliqué sa tessiture par sa vie privée, comme si on ne pouvait pas la comprendre en écoutant simplement ses chansons.

En 1939, elle a 25 ans, et chante une dénonciation du racisme, rendue plus marquante par son interprétation de tragédienne, et sa propre souffrance. Le livre de Viktor Lazlo n’est pas un transfert, mais propose une identification littéraire. La question de l’identité féminine, et de l’identité noire, est à relier au contexte de Harlem et de l’époque. Billie Holiday a été un symbole de ce que serait l’émergence d’une voix noire américaine, et d’une voix noire. Qui permet à Viktor Lazlo de raconter le double métissage. Elle comprend le poids du silence et du déni qui a été celui de son père. Viktor Lazlo nous livre une interprétation de la chanteuse.

Ce livre est l’histoire d’un silence. Elle ne cherche pas à faire un pamphlet politique, et le livre revient à ce qu’on disait de Billie Holiday, entre ceux qui refusaient qu’on fasse d’elle un emblème politique, et ceux qui le voulaient. La vie et les combats personnels de Billie Holiday ont fait fonction de politique. Elle a suscité la méditation autobiographique. Il faut savoir comment tout ce que charrie la voix de Billie Holiday l’a bouleversée sans même qu’elle ait à en prendre conscience. »

Francis Marmande : « La personnalité de Billie Holiday, c’est sa voix, et sa voix est unique. Les échanges avec Lester Young en particulier ne sont pas une forme de compétition : c’est comme si dans une scène d’amour on disait qu’il y avait une compétition. De nombreux commentateurs ont niaisement essayé de savoir quelle relation intime s’était établie entre les deux, et Billie Holiday a favorisé l’élégance de cette niaiserie, car faute de pouvoir s’approcher d’elle, on a essayé de l’élucider, ou de dire sans cesse le malheur et la trivialité de sa vie. Sa voix n’est que dans sa vie.

Dans son spectacle, Viktor Lazlo ne cherche pas à singer, à pasticher. Elle chante avec sa voix. En revanche, elle parle du luxe qui l’a entouré. Les dernières pages du livre évitent l’écueil dans lequel elle tombe au début, et justifient rétrospectivement le livre. C’est Viktor Lazlo qui parle d’elle-même. Une femme l’a bien dit, à propos de Billie Holiday, parlant d’une femme fatale au sens où la fatalité s’est prise à elle dès le départ : c’est Françoise Sagan. »

Pascal Blanchard : « Je n’ai pas aimé le livre, où on entre et sort incessamment de la vie de Billie Holiday. On comprend en la lisant que la souffrance est ce qui permet d’être grand et de bien chanter. On perd dans ce livre l’intérêt qu’il pourrait y avoir à s’intéresser à cette femme, noire, dans l’Amérique entre 1930 et 1960, qui est devenue un emblème des droits civiques sans pour autant s’être véritablement engagée.

Le roman est un objet, et il fallait voir si la transposition avait un sens dans le présent. C’est en cela qu’elle a échoué. Elle a voulu tout expliquer par le parcours d’une femme et par le parcours racial, oubliant ainsi de nous raconter une histoire et de nous parler de musique. Son livre ne marche pas. »

Sons diffusés :

  • Bande annonce du film Lady sings the blues de Sydney J Furie, avec Diana Ross.

  • Billie Holiday et Lester Young dans The sound of jazz sur CBS, 1957, interprétant « Fine and Mellow”.

  • Billie Holiday, « Strange fruit », « Body and soul ».

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 10 janvier intitulée « Rencontre entre Tanguy Viel et Marie Desplechin », cliquez ici.

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