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Avez-vous compris ce qui vaut à Serge Haroche de recevoir le prix Nobel 2012 de Physique ?

28 min
À retrouver dans l'émission

A partir de la remise du prix Nobel de Physique à Serge Haroche.

Avec :

- Sébastien BALIBAR

- Michaël FOESSEL

- Geneviève BRISAC

Sébastien Balibar : « Deux éléments rendent la physique quantique extrêmement difficile à comprendre. La première, c’est que les particules sont aussi des ondes. La deuxième a trait à la question : quelle différence y a-t-il entre le microscopique et le macroscopique ? Pour le premier problème, il faut imaginer une balle de tennis, de la matière agglomérée en mouvement. Si on la lance contre un mur où il y a deux fenêtres, elle passe soit à gauche, soit à droite. Mais une onde, elle, peut se propager dans plusieurs endroits simultanément. Serge Haroche a mis en évidence cette dualité : une chose peut être à la fois une particule et une onde. Quant au deuxième problème, il faut considérer qu’un chat et un atome sont tous deux dans un même état quantique, ce que Shrödinger a formulé de façon provocante avec son récit du chat à la fois mort et vivant. L’équipe de Serge Haroche a fait encore plus fort. Ils ont montré que cette possibilité d’avoir deux états simultanément dépend du nombre de particules qui sont en jeu, et que plus le système est gros, plus le temps durant lequel cet état est vrai diminue. On ne peut donc pas observer cela pour un chat qui regroupe des milliards de particules.

Les commentateurs ont indiqué que les travaux de Serge Haroche pourraient donner naissance à une nouvelle génération d’ordinateurs. En fait, ses travaux montrent que c’est pratiquement impossible, mais ce n’est pas pour cela que ça ne servira pas un jour. Il faut arrêter de vouloir que les travaux scientifiques aient une utilité immédiate.

Si les gens acceptent de ne pas comprendre, cela veut dire que la science va devenir affaire d’opinion. Or, la science n’est pas une question d’opinion. Les relativistes pensent que la science est une question temporaire de consensus : c’est faux. La science a une démarche rationnelle qui établit une vérité qui progresse de jour en jour. Si on croit que c’est une affaire d’opinion, et si on s’habitue à ne pas comprendre, alors pourquoi croire les scientifiques ? On a un devoir qui est de dire le vrai, même s’il est fragile.

Les experts ont perdu leur aura, et se séparent de la société. Certains scientifiques font preuve de scientisme, pour donner l’impression qu’ils sont très savants, et qu’il faut donc les croire. C’est de bons experts dont nous avons besoin, pour trancher un certain nombre de problèmes. »

Geneviève Brisac : « Il y a quarante ans, la situation était très différente du point de vue du rapport à la connaissance Un honnête homme devait avoir des connaissances de base, dans certains domaines, qui incluaient plutôt les connaissances générales et désintéressées, mais pas n’incluaient pas l’économie, l’assurance vie, ou l’histoire des idées politiques. Aujourd’hui, les choses se sont inversées, et la part belle est faite aux applications que l’on peut faire des connaissances acquises. On a désappris un langage de base pour comprendre les sciences.

Prenons l’exemple des enfants : ils s’intéressent toujours aux expériences de physique. Or, la part qui est accorée à la connaissance dans les médias est très faible, car les gens qui y travaillent pensent que ça n’intéresse pas les citoyens. Il y a des circulations de la connaissance qui ne se font du tout comme elles pourraient. »

Michaël Foessel : « La difficulté de la physique quantique, c’est son caractère contre-intuitif. Il faut dès lors des images pour rendre intuitif ce qui ne l’est pas, ce qui limite dans le même temps la compréhension qui ne fonctionne que par la métaphore. D’une certaine manière, en tant que philosophe j’envie les physiciens de ne pas être compris et de ne pas toujours avoir à vulgariser leurs connaissances. Les gens acceptent facilement de ne pas comprendre la physique quantique. Mais pour les sciences humaines, le fait qu’elles n’aient pas de discours mathématique demandant une étude propre, la société exige d’exposer les choses, et de les rendre compréhensibles au sens commun. Il serait assez confortable d’accepter qu’il y a de l’intraduisible en philosophie, que ce discours ne soit pas directement recevable.

La science n’est pas une affaire d’opinion. Beaucoup considèrent que ce n’est qu’une affaire de spécialistes, ce qui est peut-être encore plus grave. Quand ils n’admettent pas de ne pas comprendre, la confrontation des opinons intervient. Qu’un scientifique de sciences dures produise un savoir non accessible à tous, c’est non seulement nécessaire mais ce n’est pas grave. Le problème, c’est que le scientifique devient un expert. Dès lors, se pose l’application dans le domaine politique et social de ces découvertes, et là, l’effort de démocratisation et de simplification s’impose. Il faut des médiations entre le savoir scientifique et l’opinion publique pour juger des expertises. »

Sons diffusés :

  • Alexandre Astier, 2009, sketch sur la physique quantique, dans le festival Paris fait sa comédie .

  • Reportage sur la remise du prix Nobel de physique à Serge Haroche, France 24, le 9 octobre 2012.

  • Bruno Latour dans La suite dans les idées , le 22 septembre 2012.

  • Brigitte Fontaine, « C’est normal ».

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