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Ce qu'il reste de Vichy aujourd'hui

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir de l'essai de Cécile Desprairies L'héritage de Vichy : cent mesures tounours en vigueur (Armand Colin).

Avec Philippe TRETIACK , Christophe PROCHASSON , et Marin DE VIRY .

Philippe Tretiack : « Le livre est intéressant, car il met en lumière la continuité de certaines lois de l’époque. Il montre aussi qu’il s’agit de mesures imaginées par le Front Populaire mais qui n’avaient pu être passées. Mais le problème de cet ouvrage, c’est que le traitement est celui d’un livre de belles images, un peu rapide. On pourrait aussi y voir une certaine forme de complaisance à reconnaître les vertus du système vichyste. Le livre a donc un côté un peu rapide. L’idée que le rugby à treize est mis de côté par Vichy parce que trop anglais mériterait un livre, et dans celui-ci on reste dans l’anecdote, perdant ainsi la gravité du sujet.

Il est dommage que le sujet ait été traité comme ça. Il y a une continuité de Vichy par rapport à la période précédente, et il faudrait l’analyser, or le livre présente simplement quelque chose de l’ordre du gadget. Il faut se demander s’il n’y a pas chez les historiens un courant qui considère qu’on a déjà dit tout ce qu’on pouvait dire des méchants, et qu’il faudrait maintenant dire du mal des gentils. »

Marin de Viry : « Le côté beau livre est décalé par rapport à la dureté du sujet. La justification du livre est que le travail de l’historien se fait en étudiant la complexité des choses, que tout ne serait pas condamnable. Mais le livre ne donne pas l’impression d’aller dans la complexité des choses. Je n’ai pas remarqué de grand travail d’historien, mais simplement une série de fiches : le travail est assez plat, et ne remplit pas la promesse annoncée dans l’introduction. Le livre a voulu créer un choc entre travail de l’historien et conscience historique, sans succès.

Il y a une sorte de fétichisme, un amour du gadget vichyste, qu’on retrouve dans le livre, par exemple avec la représentation de petites francisques. Je trouve le ton badin et décalé. On a l’impression que la conscience historique que nous avons de Vichy, avec la traîtrise, est mise de côté au profit d’une approche partielle, petite et très peu intelligente sur le plan de la méthode historique.

Vichy est aujourd’hui entré dans la profondeur de l’histoire, donc des travaux nouveaux peuvent désormais avoir lieu sur cette période. Cet ouvrage est une mauvaise façon d’exploiter la nouvelle perspective qui s’ouvre. »

Christophe Prochasson : « Ce livre est d’une grande faiblesse intellectuelle. Ce n’est pas un livre, mais plutôt un ensemble de fiches qui mélange un peu tout. Le sujet est pertinent : il est légitime de faire une histoire administrative. Il y a un vrai sujet, mais il n’est pas traité car tout est mélangé. On trouve des références à une histoire beaucoup plus longue – la retraite des vieux a d’abord été votée en 1910 – mais on a sur le même plan le goût de la montagne – un héritage de Vichy, soit disant. C’est une erreur ! On tombe dans la confusion, sinon dans l’ambivalence politique et morale. Le livre franchit une ligne jaune dangereuse. Ce livre est représentatif du relativisme ambiant. Traiter sur un mode badin une période anecdotique est à la limite du bon goût.

Gérard Noiriel, dans Les origines républicaines de Vichy , insistait sur la continuité de ce régime par rapport aux précédents. Pendant longtemps, on a enfermé Vichy sur lui-même en disant qu’il n’avait rien à voir entre l’avant et l’après. Cette doctrine politique a sans doute eu des conséquences historiographiques avec des spécialistes ne parlant que des « méchants ». Puis on a pris conscience du fait que ce n’était pas le cas. Ce livre est en fait d’une irresponsabilité politique importante. L’auteur n’a pas réfléchi au sens politique de son livre.

On a toujours une approche morale quand on étudie l’histoire. »

Sons diffusés :

  • Archives Gaumont et France Actualités, montage diffusé dans l’émission Ce soir ou jamais ?! le 17 octobre 2012.

  • France Info, reportage de Richard Place, le 11 décembre 2012.

  • Henry Rousso dans Le cercle de minuit de Laure Adler (France 2),

  • Darius Milhaud, concerto n°1 pour violoncelle et orchestre.

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 14 décembre intitulée « Retour sur l’œuvre d’Oscar Niemeyer », cliquez ici.

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