LE DIRECT

A chacun son Debord ? (en direct du Salon du Livre )

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir du supplément "Culture et Idées" du Monde.

Avec :

Raphaëlle REROLLE, journaliste. Marin de VIRY, critique littéraire.

Antonio CASILLI, sociologue.

Raphaëlle REROLLE : « Le projet de cet article dans Le Monde était de savoir ce qui restait de la pensée de Debord aujourd’hui. […] Il y a une partie de l’héritage de Debord qui se fait dans la politique, puisqu’il y a un gauchisme radical contemporain qui est inspiré de Guy Debord. Je cite dans l’article Julien Coupat par exemple, qui avait été mis en examen pour l’affaire dite de Tarnac […] : il est un grand lecteur de Guy Debord. Donc, il y a des émanations politiques, mais la postérité la plus spectaculaire, la plus visible de Debord est dans l’art, y compris dans des formes d’art manifestées par des gens qui n’ont pas forcément lu Guy Debord. […] Ces artistes sont simplement imprégnés d’une sensibilité d’époque. C’est l’une des choses les plus fortes que Guy Debord ait laissées derrière lui. »

Marin de VIRY : « Pour moi, avec Guy Debord, il y a trois niveaux de lecture. Premièrement, une lecture émancipatrice : Debord pose la revendication de la vie face à la prétention et à la réalité hégémonique de la marchandise fétiche (ce que Marx appelle le passage de la qualité à la quantité et que Debord analyse en des termes nouveaux à cause de la médiatisation de la marchandise, […] c’est-à-dire le passage de la vie à une forme de conception de la vie déréalisée). […] Deuxièmement, la conscientisation : Debord invite constamment son lecteur à opérer un choix (autrement dit, est-ce que le lecteur fait le choix de rentrer dans la société du spectacle ou est-ce qu’il décide d’en sortir pour essayer de réparer le rapport rompu par la société de spectacle entre la réalité et sa symbolique spectaculaire ?). […] Troisièmement, la recherche d’une stratégie de rupture avec la société du spectacle (et là, sur ce plan, évidemment, Guy Debord est beaucoup moins efficace, même si beaucoup de mouvements politiques continuent de s’y référer car le situationnisme n’a pas attaqué vraiment les structures de la finance ou de l’industrie du divertissement par exemple). […] Le mot clé dans La Société du spectacle , c’est le mot de « séparation » : la séparation du réel d’avec ce que nous vivons dans la société du spectacle. Le scandale pour Debord est cette séparation. Et donc Debord cherche à faire en sorte que notre conscience soit réunie avec la réalité. »

Antonio CASILLI : « Je dirais que l’angle d’attaque pour moi est certainement le Debord du jeu, du jeu permanent, le « jeu » entendu comme une attitude ludique. Cette idée de « jeu » était très claire dans certaines des activités des situationnistes. Il est très clair aussi dans cette exposition qui s’appelle « Guy Debord, un art de la guerre ». […] Guy Debord était un grand passionné des jeux de guerre des 19 ème et 20 ème siècles. […] Car il faut, selon Guy Debord, réconcilier l’individu avec le concept de la stratégie. L’individu, pour traverser le politique et le social dans le quotidien, a besoin de stratégies. C’est le maître mot de cette exposition : la « stratégie ». C’est une métaphore à peine voilée de la lutte des classes. […] Il s’agit en effet de recréer à travers le jeu des grands moments : des insurrections, des révolutions prolétariennes, la prise du Palais d’Hiver en Russie par exemple, etc. »

Intervenants

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......