LE DIRECT

Charlotte Delbo, résistante et femme de lettres : qui rapportera ses paroles ?

27 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion des commémorations du centenaire de la naissance de Charlotte Delbo, et de la publication de la biographie Charlotte Delbo de Violaine Gelly et Paul Gradvohl (Fayard).

Avec Geneviève BRISAC , Christophe PROCHASSON et Catherine CLEMENT .

Retrouvez le calendrier des manifestations du centenaire de la naissance de Charlotte Delbo sur le site de l'Association des Amis de Charlotte Delbo : www.charlottedelbo.org .

Geneviève Brisac : Charlotte Delbo reste méconnue. Avec cette année de commémorations, on peut penser que la femme va progressivement être reconnue, mais nous allons avoir du mal à faire reconnaître son statut d’écrivain. Elle a fait partie du seul convoi de femmes politiques envoyées à Auschwitz. Dans ce camp puis dans celui de Ravensbrück, elle s’est promis de témoigner racontait qu’elle dirait. Une fois libérée, elle écrit de façon très sobre, avec une écriture qu’on ne peut oublier.

Elle place ses écrits sous le signe d’Electre : tout doit être d’une absolue vérité. Cela donne, en particulier dans la description de la vie à Auschwitz, quelque chose de cruel à lire. C’est parce que Charlotte Delbo est une femme que son œuvre, qui est celle d’un grand écrivain, n’a pas trouvé la place qui aurait dû être la sienne. Pourquoi ? Parce qu’elle mélange les genres ? Mais d’autres l’ont fait aussi ! Non, simplement parce que c’est une femme, elle ne se met pas en avant, donc elle ne peut faire héroïne. Elle échappe à la fabrication du symbolique

La connaissance inutile est le titre un peu mystérieux d’un de ses livres. Elle explique qu’au camp, une connaissance s’opère de ce que sont réellement les gens qui vous entourent, mais qui s’avère inutile ensuite. « Savoir que telle personne partagerait ou non son pain avec moi, m’aidera à marcher », tout cela ne sert à rien dans la vie courante. C’est là que se pose la question éthique, et même la question littéraire. Cela donne des objets précieux. »

Catherine Clément : « Elle n’est pas à sa place. Il faudrait la faire entrer au Panthéon, à côté de Jean Moulin. Elle s’est mise au service de Jouvet, elle a été sa servante, elle a fait la même chose avec Henri Lefebvre. Si on ne lui donne pas un coup de main, elle ne reviendra pas à sa place, celle de résistance, de femme de lettres, ou encore de philosophe.

Une chose m’a choquée, c’est qu’elle soutient les idées de la Bande à Baader. Qu’on puisse comprendre les motivations de cette bande, d’accord, mais elle les soutient ! C’est une révoltée permanente, dont sa biographie nous rappelle que l’expérience des camps l’a touchée au cœur au sens figuré comme au sens propre, avec une myocardite qui l’a beaucoup affaiblie. »

Christophe Prochasson : « Son cas est extraordinairement intéressant, et très méconnu. On a envie de reposer la question du témoignage, et de la rencontre du témoignage et de la littérature. Pourquoi entend-on certains témoignages, et pas d’autres ? Certaines références obligatoires en masquent d’autres. Un autre point important est son rapport à la littérature. Charlotte Delbo témoigne, mais propose aussi une œuvre littéraire. Il y a aussi chez elle de la poésie, du théâtre. Ce propos a une traduction littéraire. On reconnaît sa sobriété incroyable, qui donne de la force à sa littérature.

Un extraordinaire élan vital se dégage de Charlotte Delbo. C’est une force qui lui permet de ne pas avoir un regard mièvre sur la réalité. Cet élan vital se brise au retour des camps, mais on le retrouve sous sa plume : elle retrouve cet élan vital, que l’on entend aussi dans sa voix. »

Sons diffusés :

  • Charlotte Delbo dans Radioscopie , le 2 avril 1974.

  • Marie-Claude Vaillant-Couturier et Geneviève De Gaulle Anthonioz dans Agora , le 3 février 1995.

  • Rithy Panh dans Les liaisons heureuses , le 14 janvier 2012.

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 1er février intitulée « Retour sur l’œuvre de Louis de Funès », cliquez ici.

Intervenants

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......