LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Comment garder un enseignement supérieur de qualité ?

27 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion de la journée spéciale "Tous étudiants" sur France Culture.

Avec :

- Philippe MANGEOT

- Christophe PROCHASSON

- Marin DE VIRY

Philippe Mangeot : « Un tiers seulement des étudiants qui rentrent en première année de licence obtiennent leur diplôme à la fin de la troisième année, et les décrocheurs proviennent majoritairement des classes populaires. Il faut poser la question cruciale du financement de leurs études par les élèves : certains doivent travailler trente heures par semaines, dans de grandes enseignes de restauration rapide. Du point de vue de l’organisation du système d’enseignement supérieur, il apparaît que nombre de bacheliers font un choix de contournement de la fac : ils optent pour les classes préparatoires, car cela permet en cas d’échec au concours des grandes écoles d’obtenir une équivalence pour réussir brillamment en deuxième ou troisième année de licence. De plus, de nombreux détenteurs de bacs généraux vont dans des IUT au détriment des bacs pros. Les premières années universitaires sont donc le lieu d’une sélection inavouée mais sauvage.

Le pire reste le risque d’une disparition pure et simple des classes préparatoires au sein de l’université. On ne peut pas dire à la fois que l’état actuel des universités est fragile et plaider pour l’intégration des classes préparatoires dans les universités. Le risque est que ce soit une réforme pour le pire, avec une dissolution de ce qui marche en classe prépa dans l’université. L’autre question qui se pose est celle de la compatibilité du rôle de chercheur avec celui d’enseignant en licence.

Pour moi, le lycée ne va pas si mal, il remplit sa fonction, et il mène à l’obtention un baccalauréat qui n’est pas dégradé. Le problème vient ensuite. Il faut donc penser la difficulté au niveau des premières années après le bac.

Je ne comprends pas la logique du remplacement de la Classe Préparatoire aux Etudes Supérieures du Lycée Henri-IV par le dispositif PSL. Les deux éléments répondent en effet à des logiques différentes. PSL n’a pas pour vocation à préparer aux concours, mais à appliquer les enseignements des classes préparatoires à un cycle de licence. Quant à ce que dit Olivier Coquard sur la CPES, cela me trouble : il s’agissait d’offrir une prépa à la prépa aux élèves boursiers sur la montagne Sainte-Geneviève, comme s’il n’existait pas de réseau national des classes préparatoires susceptibles d’accompagner les étudiants. Ce dispositif reste discriminant. »

Christophe Prochasson : « Ce qui est le plus préoccupant, c’est le processus de contournement de l’université. Il ne faut pas considérer l’université comme une zone absolument sinistrée : il y a des universités où les enseignants sont très investis, où il y a des chaises, et où on n’a pas froid. Il ne faut donc pas caricaturer. Je suis favorable à une dissolution des classes préparatoires dans le système universitaire : l’université manque de moyens financiers, administratifs, et matériels. Face à cela, le succès des classes prépas repose sur l’encadrement pédagogique, sur la pluridisciplinarité, et sur un environnement scolaire favorable, puisque les classes prépas restent très sélectives malgré la massification qu’elles ont elles aussi connue. Avec ces trois points, on a la solution pour que l’université remplisse son office : renforçons les universités pour mettre fin à ce décalage entre classes prépa et universités. Si on touche à l’université en préservant les prépas, on maintiendra un clivage important. On ne peut maintenir un système duel.

Nous traitons essentiellement de la question des sciences humaines, qui pose des problèmes spécifiques. Il ne faut pas avoir de nostalgie pour un temps ou aurait existé une école républicaine et méritocratique. Le système éducatif républicain est inégalitaire ! On peut travailler à le rendre plus égalitaire, et pour cela il faut construire un enseignement de masse qui n’a jamais été pensé. »

Marin de Viry : « Si on prend en compte l’intérêt de l’étudiant et qu’on veut mettre fin aux inégalités sociales, la première question est : quel est le maillon sur lequel il faut agir ? Ce serait plutôt le collège et le lycée. Si on veut corriger le système de l’enseignement supérieur, d’abord il ne faut pas toucher à ce qui fonctionne bien, en l’occurrence les classes préparatoires. Ensuite, il faut toucher à ce qui marche mal, c’est-à-dire à l’université, et notamment à la sélection qui s’y pratique, et qui est d’autant plus sauvage qu’elle est inavouée.

L’important est d’avoir des étudiants qui réussiront à l’université, dans des filières qu’ils auront choisies. Pour moi, un bon étudiant a de la méthode, et aucun problème d’expression écrite ou orale. On peut ajouter la culture générale, qui permet l’épanouissement. Ce n’est pas le cas des étudiants qui font leur licence en cinq ans, ou qui quittent l’université sans diplôme. Le maillon fondamental serait donc le maillon collège-lycée. »

Sons diffusés :

  • Olivier Coquard, professeur d’Histoire au Lycée Henri-IV, interrogé par Sarah Bernard et Thibaut Sardier à propos des projets de CPES et de PSL. A écouter ici en version intégrale :
Écouter
6 min
Olivier Coquard, professeur d'Histoire au Lycée Henti-IV.
  • Jacqueline Taieb, « La fac de lettres ».

Pour poursuivre la discussion, rendez-vous sur la page Facebook**et le compte Twitter de La Grande Table.**

ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......