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Comment la politique s'affiche

27 min
À retrouver dans l'émission

A partir de l'exposition Affiche-Action, à la bibliothèque de documentation internationale contemporaine (Hôtel des Invalides, Paris), du 14 novembre 2012 au 24 février 2013 .

Avec Geneviève FRAISSE , Christophe PROCHASSON et André GUNTHERT .

Geneviève Fraisse : « Avec cette belle exposition, on voit du papier qui parle d’une réalité lourde, et nous rappelle que l’affiche est une action. On nous invite à un parcours allant de 1789 à l’après Mai 68 : les premières affiches nous apprennent que le fait même d’afficher peut conduire à la mort, avec Olympe de Gouges. Au 19ème, la position d’Auguste Comte est frappante : il explique que l’affichage est plus intéressant que la presse, car ce sont des hommes et pas des idées qui s’expriment. Sous la Commune, on découvre que l’affiche informe et gouverne à la fois. Au tournant du 20ème siècle, on voit que l’affiche est action. En Mai 68 et avec les mouvements féministes, l’affiche est aux mains des artistes.

Il y a sans cesse un rapport entre le texte et l’image, notamment dans certaines affiches de Mai 68. C’est ce que j’ai retrouvé dans la manifestation de dimanche dernier sur le mariage pour tous, avec des jeux de mots permanents : voyez par exemple l’allitération dans « Je ne veux pas me marier avec mon cousin, mais avec mon copain». On avait aussi les couples débats/ébats, droit/choix. Avec de telles formules, les mots deviennent images. En 1968 comme avec le MLF, le rapport à l’image est aussi important que le texte.

Qu’on ait aujourd’hui besoin de moins de mots, qu’il y ait plus de jeu entre l’image et le mot, est une donnée de notre temps. Cette arrivée de l’art dans les affiches mène à une diminution de texte, mais n’empêche pas les messages de passer. »

Christophe Prochasson : « Il y a une longue préhistoire de l’affiche, au moins dès le 16ème avec l’affaire des Placards. La Révolution Française est un grand moment de l’affiche, et l’intérêt de l’exposition est de retracer l’histoire de l’affiche. Une affiche, c’est un acte qui se décline en trois éléments. D’abord, l’affiche peut avoir un but d’information : par exemple, pendant la guerre, les dépêches se transforment en affiches. Ensuite, c’est un acte de gouvernement : pensons à la mobilisation en 1914, qui se fait par voie d’affichage. Enfin, il y a la propagande.

Il ne faut pas réduire l’affiche à l’état d’une image, mais en faire un objet : ce sont des choses que l’on fabrique. Il y a donc en arrière-plan toute une histoire des techniques. Sur la longue durée, il y a une tendance à la réduction du texte au profit de l’image.

Cela nous dit quelque chose sur le politique. Dans le politique, il y a de l’image et du texte, ou plutôt de l’émotion et de la raison. Dans les affiches, ce qui s’adresse à la raison diminue au profit de ce qui appelle à l’émotion. Notre univers est aujourd’hui visuel, au sens étroit du terme.

Les affiches ont des effets sur le monde social : on les pose, on les déchire, etc. Il y a des tas de etechniques autour de l’affiche, avant, maintenant et après la création, qui sont tout aussi importants. »

André Gunthert : « Ce qui me frappe, c’est l’angle de cette exposition qui privilégie le texte sur les affiches qu’elle présente. Mais ce qui est frappant dans l’exposition, c’est la dimension visuelle du texte et de la typographie. Le texte fait l’image. Les placards de Luther en 1514 sont de simples feuilles de livre, mais au 19ème siècle déjà, l’organisation est beaucoup plus aboutie. Cette exposition nous fait réfléchir à la dichotomie un peu mécanique entre texte et image, alors que les choses sont plus compliquées : l’investissement de l’espace public impose ce travail sur les éléments visuels.

La tension entre raison et émotion est intéressante : l’affiche est l’endroit où elle se met en scène, car c’est un objet qui doit vous happer, car on n’a pas le temps de lire comme on le ferait avec un livre. La typographie et l’organisation du texte montrent qu’il faut jouer de cette rapidité. Le slogan est une formule politique, émotive, qui vise à réduire dans une forme frappante une proposition politique.

L’idée de l’investissement des murs dans l’espace public est en train de redevenir quelque chose de politique. On le voit à Athènes, à Rio. En Grèce, il y a un jeu sur les slogans. Les représentations contextuelles des affiches avec une superposition désordonnée d’affiches, montre la vie du message quand il apparaît dans l’espace public. Il ne suffit pas d’avoir un bon slogan, il faut ensuite se battre pour occuper l’espace d’affichage. »

Sons diffusés :

  • Michel Wlassikoff, dans A plus d’un titre , le 6 mai 2008.

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table.

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 19 décembre intitulée « Entretien avec le comédien et metteur en scène Didier Bezace », cliquez ici.

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